Le 12 janvier 2010, en quelques secondes, Port-au-Prince s’est effondrée comme si la terre avait décidé de retirer son appui. Des milliers de morts, des quartiers rasés, des familles disloquées, et un pays (ou l’idée même d’un pays) réduit à la poussière et au bruit des cris. Nous sommes le 12 janvier 2026 : seize ans plus tard, la date reste une cicatrice ouverte, et la mémoire refuse de se taire. Cette chronique revient sur ce jour qui a tout brisé, sur l’après où l’on ne “voyait plus de pays”, et sur le Québec, cette terre d’accueil qui, par ses gestes concrets, m’a rendu une part du possible.
Et à quoi bon 1804 ?
Chaque 1er janvier, Haïti célèbre 1804 comme une évidence. Cette chronique choisit une voie plus inconfortable : interroger ce que cette liberté est devenue, sans nostalgie ni colère spectaculaire. Ni règlement de comptes, ni lamentation, mais une tentative de lucidité, à partir de l’histoire, du présent et de faits trop réels pour être ignorés. Car regarder une nation en face, sans complaisance ni indignation facile, est peut-être le geste le plus risqué (et le plus nécessaire) qui soit.
Un vèvè sur le torse
Haïti : ce n’est plus un pays, c’est un otage !
Dans les livres d’histoire, les bandits portaient des chapeaux, vidaient des diligences, et finissaient pendus à l’arbre le plus proche. En Haïti, ils portent des lunettes Gucci, roulent en Hilux volés, et organisent des conférences de presse. Ce n’est pas une farce : c’est notre quotidien.
Haïti n’a pas trahi l’Histoire : c’est l’Histoire qui l’a trahie
Ce drapeau que je ne peux plus saluer sans colère
France-Haïti : Et si la dette n’était qu’un prétexte pour fuir nos responsabilités ?
En ce 17 avril 2025, Haïti commémore les 200 ans de l’ordonnance infâme imposée par le roi Charles X, obligeant la jeune République noire, née d’une révolution sans précédent, à verser 150 millions de francs-or à la France pour « dédommager » les anciens colons esclavagistes.
Haïti, le seul pays où fuir devient patriotique
En Haïti, on ne quitte plus le pays. On s’exfiltre. Et ce n’est plus une fuite, c’est un acte civique. Une déclaration d’indépendance personnelle. Une manière de dire : Je refuse de devenir complice.
