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Quand la tête mène le crayon

Quand la tête mène le crayon

Temps de lecture : 2 minutes

Pendant longtemps, j’ai cru qu’écrire consistait à trouver les meilleurs arguments. À bâtir une démonstration impeccable. À faire en sorte qu’aucune phrase ne puisse être contestée. J’avais l’impression que plus un texte était démonstratif et maîtrisé, plus il était réussi.

Puis la littérature m’a rappelé que je ne savais pas tout. Parce qu’elle ne demande pas d’abord de convaincre. Elle demande de toucher. Et ces deux verbes n’habitent pas toujours la même maison.

Il m’arrive encore d’écrire avec la tête. Je pèse chaque mot. J’organise les idées. Je construis des ponts entre les faits. Le texte est solide. Il tient debout. Mais il ne respire pas toujours comme je le voudrais. Il ressemble à ces maisons parfaitement dessinées par un architecte où personne n’a encore vécu.

Et puis il y a les autres jours.

Les jours où quelque chose craque à l’intérieur. Où une phrase arrive avant le raisonnement. Où les souvenirs, les peurs, les joies et les blessures se mettent à écrire sans demander la permission. Ces textes-là sont souvent moins parfaits. Ils trébuchent parfois. Mais ils possèdent parfois une chose que la technique ne fabrique pas : une vérité.

Je préfère cette vérité.

Je préfère un texte qui sort des tripes à un texte qui sort d’un procès d’intention contre le monde. Je préfère une émotion maladroite à une démonstration irréprochable. Les idées vieillissent. Les arguments changent avec les époques. Le cœur, lui, me semble parler une langue qui traverse les décennies.

Je ne dis pas que la tête est inutile. Elle est un excellent éditeur. Elle sait couper, déplacer, clarifier. Mais je me méfie lorsqu’elle veut devenir l’auteur. J’aime croire que la tête corrige et que le cœur écrit.

Les livres qui m’ont accompagné toute ma vie ne m’ont presque jamais convaincu de quelque chose. Ils m’ont fait sentir quelque chose. Ils ne m’ont pas demandé d’être d’accord. Ils m’ont demandé d’être humain.

Alors, de plus en plus, j’essaie d’écrire ainsi. Je laisse d’abord parler ce qui tremble. Je laisse sortir ce qui brûle. Ensuite seulement, j’invite la raison à remettre un peu d’ordre dans la pièce.

Parce que je crois qu’un lecteur oublie souvent une idée brillante. En revanche, il se souvient peut-être très longtemps d’une émotion sincère.

Au fond, je n’aspire pas à avoir raison. J’aspire simplement à être vrai.

Et, chaque fois que j’hésite entre ma tête et mes tripes, j’essaie encore de confier le stylo aux secondes.

Montréal-Ottawa

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Poète, romancier, chroniqueur et essayiste. Passionné par l'écriture, j'explore à travers ce blog divers sujets allant des chroniques et réflexions aux fictions et essais. Mon objectif est de partager des perspectives nouvelles, d'analyser des enjeux contemporains et de stimuler la pensée critique. (Photo : François Couture)

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