
Paris, ou l’art de marcher dans un livre
Temps de lecture : < 1 minutePour les visages, les voix
et ces amitiés nées dans les lumières du 6ᵉ.
.
Paris,
je ne t’ai pas vue arriver
tu étais déjà là
dans le bruit des pages tournées
dans les rêves des provinces lointaines
dans les cafés où des inconnus
refaisaient le monde
avec une tasse devenue froide
tu n’es pas une ville
tu es une conversation
une fête
une phrase commencée il y a des siècles
et que personne n’a encore terminée
le matin
tes boulangers pétrissent la lumière
le soir
tes ponts apprennent aux pavés
la patience des vieux poèmes
même la pluie ici
semble avoir étudié la littérature
j’ai marché dans tes rues
comme on traverse une bibliothèque
chaque façade cachait une histoire
chaque fenêtre
une solitude
chaque terrasse
une révolution minuscule
Paris
tu as le génie des rencontres
tu prends un inconnu venu de loin
tu l’assois à ta table
tu lui offres un verre
une conversation
un sourire
et soudain il a l’impression
d’avoir toujours vécu chez toi
j’ai vu tes librairies
tenir tête au temps
j’ai vu des livres
passer d’une main à l’autre
comme des secrets précieux
j’ai vu des lecteurs
avec dans les yeux
cette faim tranquille
que seuls les mots savent nourrir
et puis il y a la Seine
cette longue phrase d’eau
qui traverse la ville
sans jamais hausser la voix
elle connaît les amours
les départs
les promesses
les défaites
elle les emporte doucement
vers la mer
comme un éditeur patient
corrigeant le manuscrit du monde
Paris
tu n’es pas parfaite
c’est peut-être pour cela
que je t’aime
tes pierres portent des cicatrices
tes murs gardent des souvenirs
tes places savent
que la beauté n’est pas l’absence de blessures
mais la façon de continuer à briller
malgré elles
je te quitte
pour mieux revenir
je te quitte
mais tu demeures
dans l’odeur du café
dans le bruit d’une rame de métro
dans une couverture de livre
dans une photographie
oubliée
au fond d’une valise
car certaines villes se visitent
d’autres s’habitent
toi
tu t’installes dans le cœur
comme un vers de poésie
que le temps est incapable d’effacer
Paris, 06-06-26
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