Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans et 9 mois
Tann! Tonnè!
Tann! Tonnè! Pou tout jèn powèt kreyolofòn… Jan tan an boloze. Tann…M-fout diw tann Tann Pa tann yo kenbe menwTann yo rale pwent nen-wTann dousmanFè ti souri lakontantmanTann demwazèl voleDèyè pòt kay ou Tann Tann nan lonbrayPase adwatVire agochDesann anbaMonte anwoWa jwenn platon Tann Men se pa tannJiskaske-w tounen pwa tannFò-w tannTann mwen di-wTann ! Tonnè !Lap vin Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans et 10 mois
Barbie, l'icône éternelle de l'éphémère
Barbie, adolescente en plastique de trente centimètres, est la poupée la plus iconique et la plus vendue de l’histoire. Depuis son lancement en 1959, elle a conquis les cœurs de millions de petites filles à travers le monde. En un an, 12 millions de Barbie avaient été vendues, dépassant largement la population de la Belle Province du Québec. Selon les archives de Mattel Inc., l’entreprise derrière cette figure emblématique, plus de 650 millions de poupées ont été vendues jusqu’en 2010, générant un marché estimé à un milliard de dollars par an. Ce succès phénoménal repose sur une combinaison de réalisme et de diversité. Barbie peut être habillée et déshabillée avec une aisance déconcertante, et sa garde-robe comprend une gamme impressionnante de tenues : des vêtements de tous les jours aux robes du soir, en passant par les tenues de bain et de ski. Ce caractère polyvalent de Barbie reflète un monde en constante évolution, où la technologie et les attentes sociétales se métamorphosent à une vitesse fulgurante. Les fabricants de Barbie, anticipant cette dynamique, ont constamment innové. De nouveaux modèles plus perfectionnés ont été introduits, avec des silhouettes plus minces, des cils véritables et des tailles articulées, rendant la poupée plus humanoïde que jamais. De plus, pour la première fois, Mattel a offert aux jeunes filles la possibilité d’échanger leur ancienne Barbie contre une version plus moderne, soulignant ainsi l’aspect éphémère et évolutif de la relation entre l’homme et les objets. Les controverses et les débats Cependant, cette stratégie commerciale ne fait pas que répondre aux désirs des consommateurs ; elle reflète également une tendance plus profonde de notre société technologique. En échangeant leur vieille poupée pour une version améliorée, les petites filles d’aujourd’hui sont initiées à la notion de l’obsolescence programmée, une caractéristique fondamentale de notre époque moderne. Cela illustre parfaitement le caractère provisoire et jetable de nombreux objets qui nous entourent. La popularité de Barbie n’a pas été sans controverse. Certains critiques accusent la poupée de promouvoir une image corporelle irréaliste, contribuant ainsi aux problèmes d’estime de soi chez les jeunes filles. Malgré les efforts de Mattel pour diversifier les modèles de Barbie et inclure différentes morphologies, couleurs de peau et professions, le débat sur l’impact de Barbie sur les standards de beauté reste pertinent. Cette critique s’étend également aux messages implicites véhiculés par les accessoires et les scénarios de jeu, souvent centrés sur des rôles et des stéréotypes traditionnels. Par exemple, bien que Mattel ait introduit des versions de Barbie dans des métiers variés, comme médecin, astronaute et ingénieur, la proportion de ces modèles par rapport aux versions plus traditionnelles reste faible. Cette réalité soulève des questions sur l’authenticité de l’engagement de Mattel envers la diversité et l’égalité des genres. L’impact socioculturel de Barbie Le monde des objets manufacturés, symbolisé par Barbie, est une partie intégrante de notre environnement quotidien. Il nous façonne autant que nous le façonnons. Le grain du plastique, l’éclat d’une voiture sous un réverbère, ou la vue d’un paysage urbain à travers le hublot d’un avion, ces éléments font partie de notre réalité et influencent notre perception du monde. Les objets que nous créons se multiplient à une allure exponentielle, occupant une place de plus en plus grande dans notre conscience et notre quotidien. Dans la société postmoderne, cette prolifération des objets et des technologies va encore s’accentuer, créant une relation de plus en plus complexe entre l’homme et son environnement artificiel. Ce phénomène, souvent désigné sous le terme de “culture de consommation”, modifie profondément notre rapport au monde et à nous-mêmes. Barbie, en tant qu’objet emblématique, joue un rôle central dans cette dynamique. Elle incarne à la fois les aspirations et les contradictions de notre époque. D’une part, elle représente un idéal de beauté et de succès, souvent inatteignable, mais qui continue de fasciner. D’autre part, elle symbolise la nature éphémère et renouvelable des biens de consommation, invitant à une réflexion sur la durabilité et l’impact environnemental. Les innovations et les défis de la modernité L’histoire récente nous a montré que de grandes innovations peuvent naître dans des lieux improbables. Des garages délabrés (comme celui de Steve Jobs pour Apple), des laboratoires universitaires (comme ceux de Sergueï Brin et Larry Page pour Google), ou même des dortoirs (comme celui de Mark Zuckerberg pour Facebook) peuvent être les berceaux de révolutions technologiques. Ces histoires de réussite montrent que l’innovation et la transformation sont au cœur de notre société actuelle. Les antimatérialistes peuvent mépriser ces innovations, mais leur importance ne peut être niée. Elles ont une utilité fonctionnelle indéniable et des conséquences psychologiques profondes. Les objets avec lesquels nous interagissons influencent notre sentiment de continuité ou de discontinuité, et jouent un rôle crucial dans la structure de nos expériences quotidiennes. La vitesse à laquelle ces objets apparaissent et disparaissent accélère le rythme de nos vies, nous plongeant dans une course perpétuelle vers l’avenir. Les exemples de Steve Jobs, Sergueï Brin, Larry Page et Mark Zuckerberg illustrent comment des idées révolutionnaires peuvent émerger de contextes modestes et transformer le monde. Ces innovateurs ont su reconnaître et exploiter les potentialités offertes par les nouvelles technologies, tout comme Mattel l’a fait avec Barbie, adaptant continuellement le produit aux exigences et aux désirs changeants de la société. Une nouvelle génération et ses valeurs Notre relation avec les objets reflète également nos valeurs. La différence entre les petites filles d’autrefois, qui chérissaient leur Barbie jusqu’à ce qu’elle tombe en morceaux, et celles d’aujourd’hui, prêtes à échanger leur poupée pour un modèle plus récent, illustre un changement de paradigme. Ce contraste entre l’attachement à la permanence et l’acceptation de l’éphémère est au cœur de la transition de notre société. Les jeunes générations d’aujourd’hui sont de plus en plus sensibilisées aux questions environnementales et à l’importance de la durabilité. Ce changement de mentalité se reflète dans leurs habitudes de consommation. Tandis que Barbie symbolise encore pour beaucoup un jouet nostalgique et un souvenir d’enfance, elle doit aussi s’adapter aux nouvelles attentes des consommateurs qui privilégient désormais la qualité et la longévité sur la quantité et la nouveauté incessante. Barbie, en tant que symbole, représente cette évolution. Elle est à la fois une constante et une variable, un pont entre le passé et le futur. Elle incarne la transition de la société fondée sur la permanence à une société où l’éphémère est devenu la norme. Cette transition se manifeste dans tous les aspects de notre vie, influençant notre perception du temps, de la valeur et de la réalité. En fin de compte, Barbie n’est pas seulement une poupée ; elle est un reflet de notre société, une icône de l’éphémère et une illustration de notre quête perpétuelle de nouveauté. Elle nous rappelle que, même dans un monde en constante mutation, certains symboles persistent, évoluant avec nous tout en nous ancrant dans une réalité partagée. Barbie, avec son sourire éternel et ses transformations infinies, continue d’être une compagne fidèle dans notre voyage à travers Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans et 10 mois
Ils ont abattu l’espoir…
Demain… Deux mains soudées dans mes poches, je reprendrai ma route. Pèlerin du regard, il est temps de partir. Mon bonheur n’est pas de ce monde. Je dois partir… Ici, trop de bras tendu vers le ciel. Trop de gens fouillant les cœurs. Jaloux de ne pas avoir un bonheur. Rassemblant ce qu’il y a pour écrire, il ne coule que d’encre à travers ces quelques feuilles d’arbres, pour transcrire ces cauchemars qui nous tuent debout. Il ne coule que d’eau pour pleurer, les douleurs d’une municipalité moribonde, refusant d’être stable. De cent voix on crie. De cent voies on marche entremêlé. La honte est son nom. Elle vit sans alliés. Sans frères. D’une funeste joie. D’une mourante liberté. De nature brutale de l’Afrique maltraitée. Ensevelie sous le poids des négriers. Ô! ma terre… La confidence sort de son sépulcre. Et blesse ton histoire. Elle blesse tes fils de jadis. Quel malheureux accident ! Ils ont abattu l’espoir. Des pensées sont toutes menottées. La mort, tel un faucon plane. Et elle guette ses proies, de tout son poids. Une ville se réveille chaque jour pleurant un fils, pleurant un inconnu abattu par la nuit. Par un pistolet. Par une, par deux, par trois cartouches. Froids comme les yeux de leurs porteurs. Ont pénétré dans la maison semant le deuil. Sont repartis calmes. Sont repartis avec sécurité. Laissant un concert de mouches. Vacarme de micros. La justice jongle sur le terrain. Le juge dort sur l’enquête. Terrez-vous pour fuir ! J’appartiens au néant J’habite mon rêve Le traverse sans habit De noir transparent De blanc opaque De la vie blanche noire Ici le temps a perdu son mémorial. Ici le temps commence à peine. C’est l’autre nom de la nudité. Il n’a pas d’âge. Il nage comme de gros nuages. Il ne fait plus jour dans mon cerveau. Le jour s’est caché. Comme pour éviter d’être la proie d’une balle assassine. Le jour se sauve sur le dos du vent. L’on tend la main pour mesurer cette distance. Mesurer sa peur. Mesurer sa soif. Et il se grise de sa folie. Sous ce soleil qui plante ses rayons sur les feuilles jaunies dans les tiroirs de l’enfer. Justice ! Et si ce mot existait ? Les feuilles ne dansent plus. Elles ont vendu leurs voluptés comme des seins de femmes, ayant allaité le monde. Le soleil enfouit son corps dans l’eau. Une meute déjà prend possession de la rue, aboyant après l’inconnu. Le ciel se met un peu de jaune Sur une de mes joues Je m’en vais vite dans ma chambre La pensée emprisonnée dans les murs Écrire un poème Que je n’ai montré qu’à ma poubelle «Inachevé» est son titre «Le rien» est son sujet Thélyson Orélien Extrait de Les Couleurs de ma terre, Éditions Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans et 10 mois
Coupe du monde : Le Brésil en route vers un sixième titre mondial ?
Le moment tant attendu par les fans du ballon rond est enfin arrivé. La Coupe du monde 2014 s’est ouverte à São Paulo, malgré vents et marées. Le Brésil a pris la première étape vers un sixième titre mondial. Malheureusement pour la Croatie, l’arbitrage d’erreur, clairement favorable à la Seleçao, l’a envoyé à la défaite dès le tout premier match, avec un score accablant de 3 à 1. Il est à souligner que, malgré la pénalité inexistante et sans le premier but, par inadvertance, de Marcelo dans son propre camp, la victoire serait toujours brésilienne. Mais l’équipe brésilienne ne peut pas s’enorgueillir d’être la plus forte au monde. Elle n’est pas non plus la plus favorite du fait qu’elle joue chez elle. Rappelons qu’elle a déjà essayé des défaites significatives en coupes du monde, avec de très bonnes équipes, comme celles des années 1950 chez lui, de 1982 en Espagne et de 2006 en Allemagne. Disons, de préférence, qu’après son titre de la coupe des confédérations en 2013, le Brésil a plutôt ses chances de remporter le mondial. Les fanatiques sont prêts à croire à la conquête, mais elle ne sera pas facile ! Le Brésil c’est aussi une équipe équilibrée avec quelques grands joueurs comme Neymar, l’homme du match. Les bonnes performances en compétitions amicales récemment ont prouvé son potentiel. Mais la seleçao est loin d’être imbattable. L’entraîneur doit travailler très durement sur le côté psychologique pour éviter toutes surprises possibles. Le chemin vers le titre sera tendu. Cette heureuse victoire, dans ce premier test contre la Croatie, un adversaire rusé avec un plan tactique défini surprenant, a déjà démontré ce qui attend l’équipe de Luiz Felipe Scolari. Le Cameroun et le Mexique, deux outsiders du groupe A, sont un peu en dessous sur le plan technique, mais s’appuient sur les talents rares de certains joueurs comme Samuel Eto’o et Guillermo Ochoa. Dans la deuxième phase, le Brésil pourrait affronter l’Espagne ou la Hollande, respectivement champion et vice-champion de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud. Voici quelques matchs qui peuvent faire souffrir des fanatiques, ou qui risquent d’avoir des saveurs plutôt agréables. Au cours de tous les jeux, le support des fanatiques restera toujours essentiel. La voix des tribunes sera en mesure de créer le climat favorable pour une croissance émotive. Cela avait fonctionné, il y a un an, durant la coupe des confédérations. C’est bien un facteur positif quand on joue à la maison. Le Brésil a réussi son premier test. Avec deux buts de Neymar et un cadeau de l’arbitre japonais Yuichi Nishimura. Trois points importants remportés sur ses débuts. Mais il a beaucoup à corriger pour un peu plus de garanties à l’équipe de Scolari, en route vers u Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans et 10 mois
Comment Haïti a lutté contre le nazisme
L’histoire d’Haïti, riche en défis, recèle également des moments de grandeur et de solidarité internationale souvent méconnus. L’un des épisodes les plus significatifs de cette histoire est sans doute la manière dont Haïti, sous la présidence de Sténio Vincent, a lutté contre le nazisme et a tendu la main aux Juifs persécutés en Europe. Dès l’ascension d’Adolf Hitler en Allemagne, la condamnation du nazisme fut unanime parmi les intellectuels haïtiens, notamment Dantès Bellegarde et Jacques Roumain, dont les voix résonnaient contre la barbarie et l’antisémitisme. Dantès Bellegarde, diplomate et fervent défenseur des droits de l’homme, dénonça vigoureusement l’idéologie nazie dans ses écrits et discours. Jacques Roumain, écrivain et militant politique, utilisa sa plume pour sensibiliser le public haïtien et international aux dangers du fascisme. Leurs contributions intellectuelles posèrent les bases d’un rejet catégorique du nazisme par la société haïtienne. L’État haïtien ne se limita pas à une désapprobation verbale de l’idéologie nazie. En réalité, Haïti mit en place des mesures concrètes pour venir en aide aux Juifs d’Europe. En anticipant la crise humanitaire, le gouvernement haïtien accepta ces derniers comme réfugiés politiques et facilita leur naturalisation grâce à un décret-loi. Ce décret, promulgué le 29 mai 1939 par le président Sténio Vincent, permit d’octroyer la nationalité haïtienne in absentia aux réfugiés juifs, leur offrant ainsi une échappatoire face à la persécution nazie. Cette initiative audacieuse, entreprise par un pays souvent perçu comme marginalisé, soulignait le prestige d’Haïti à cette époque, encore empreinte de son rôle historique de terre de liberté. Haïti proposa même de créer un refuge pour 50 000 Juifs sur l’Île de la Gonâve, une proposition innovante qui malheureusement fut contrecarrée par le secrétaire d’État américain de l’époque, Cordell Hull. Ce dernier, prix Nobel de la paix en 1945, refusa cette proposition pour des raisons restées jusqu’à ce jour mystérieuses. Pourquoi Cordell Hull a-t-il refusé cette proposition? Plusieurs hypothèses ont été avancées par les historiens. Certains suggèrent des préoccupations géopolitiques, d’autres évoquent des pressions internes aux États-Unis, où des sentiments isolationnistes et antisémites étaient encore présents. Quelle que soit la raison exacte, ce refus a marqué un tournant dans l’histoire de la migration juive durant cette période. L’engagement d’Haïti dans cette cause humanitaire est bien documenté dans des ouvrages historiques. Le docteur Joseph Junior Bernard, infatigable chercheur et passionné des relations internationales d’Haïti, a publié un essai essentiel intitulé « Histoire juive d’Haïti » en avril 2013. Ce livre explore en profondeur les efforts d’Haïti pour offrir un refuge aux Juifs et les implications de ces actions sur la scène internationale. Bernard décrit comment Haïti, malgré ses propres défis économiques et sociaux, a su démontrer une humanité et une générosité exemplaires. De plus, le recueil « L’un pour l’autre », rédigé par des étudiants juifs montréalais et haïtiens après le tremblement de terre de 2010, rend hommage à cette solidarité. Publié sous la direction de Maurice Chalom par Les Éditions du CIDIHCA au Québec, ce recueil témoigne de l’humanité partagée par les peuples haïtien et juif. Ce projet a bénéficié du soutien de la ville de Montréal, du gouvernement du Canada, et du Conseil des Arts du Canada, soulignant l’importance de ces relations historiques et culturelles. Les archives et documents historiques disponibles aujourd’hui permettent de redécouvrir et d’apprécier l’engagement d’Haïti dans la lutte contre le nazisme. Pour ceux qui souhaitent approfondir leurs connaissances sur ce sujet crucial, il est recommandé de consulter les travaux de Frantz Voltaire, Roland Paret, et les archives de Radio Canada International (RCI), qui offrent une perspective riche et détaillée sur cette période. En somme, l’histoire de la solidarité d’Haïti envers les Juifs persécutés est une page d’humanité et de dignité qui mérite d’être célébrée et enseignée, rappelant à tous que même les nations les plus modestes peuvent jouer un rôle crucial dans la défense des droits de l’homme et de la justice internationale. Crédits image: CIDIHCA. Informations: Frantz Voltaire, Roland Paret, Dr. Joseph Junior Bernard, Radio Canada International RCI Thélyson Or Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans et 11 mois
Revue IntranQu'îllités # 3. Un rêve en débordement !
Argumentaire – La revue IntranQu’îllités n°3 est arrivée au port, avec à bord plus de 200 contributeurs généreusement liés et reliés autour de la figure cassée/creusée de Christophe Colomb : une mine d’or. Le prétexte est heureux pour naviguer dans les méandres et les nuances des chimères. Au fil des planctons qui baignent dans l’union libre des 9 rubriques, vieux loups de mer et jeunes flibustiers de la création ont répondu en masse à l’appel, pour brasser et battre les océans comme un jaune d’œuf cassé au cœur du monde. « Oui…, écrit James Noël, ce à quoi nous nous exerçons au fond, c’est de brasser et battre la mer en profondeur pour arriver… à faire vague d’écume dans l’imaginaire: l’imaginaire tumultueux des voyages. Des conquêtes. Des songes. Des mensonges. Du colonialisme. Du sexe. Des pillages. Des frontières. Des massacres. » Il en résulte un rêve en débordement. Un tsunami de beauté. Une revue unique à marée haute. Jean Métellus, Marie Darrieussecq, René Depestre, Hubert Haddad, Stéphane Martelly, Lise Gauvain, Jean-Luc Marty, Gisèle Pineau, Makenzy Orcel, Kettly Mars, Gabriele Di Matteo, Frankétienne, Saul Williams, Louise Dupré, Patrick Vilaire, Dany Laferrière, James Fleurissaint, Yvon Le Men, Roberto Stephenson, Yahia Belaskri, Valérie Marin La Meslée, Laurent Gaudé, Thélyson Orélien, Sami Tchak, Gary Victor, Édouard Duval Carrié, Achille Mbembe, Michèle Pierre-Louis, Nimrod. Ils sont nombreux à jeter l’encre dans la mer intranQu’îllités. Dans un climat où l’altérité est menacée de toutes parts, cette revue permet de convoquer le temps pour une nouvelle éclaircie dans la météo des regards, et rendre notre disponibilité plus poreuse au jeu/je de l’autre. IntranQu’îllités N°3 Revue littéraire et artistique Maître d’œuvre : James Noël Direction artistique : Pascale Monnin & Barbara Cardone Format : 20,3 cm x 29,7 cm ISBN : 978-99970-61-03-4 304 p. 30 € Parution : 30 mai 2014 Diffusion: L’Oiseau Indigo 16 déc. 2013: Christian Éboulé nous parle du précédent numéro de la Revue IntranQu’îllités sur TV5. En librairie en Europe, au Canada et en Haïti: le numéro 3, 304 p. / 30 euros. En ligne: Fnac, sur Médiapart et Archambault. Suivez La Revue IntranQu’îllités sur Facebook Pour entrer en contact avec l’association: passagersdesvents@gmail.com. Argumentaire & Sommaire Pour télécharger l’argumentaire, cliquez ici. Pour télécharger le sommaire, cliquez ici. La Couverture de «IntranQu’îllités», est une réalisation de Pierre Soulages, 94 ans, qui a inauguré le vendredi 30 mai 2014, dans sa ville natale de Rodez le premier musée qui porte son nom. Il a donné au musée 250 de ses œuvres abstraites dominées par le noir, en présence du président Français, François Hollande, dans l’Aveyron. Sourc Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans et 11 mois
Non, les Noirs ne sont pas des cons…
Je rédige ce post en réponse à l’article stimulant publié par mon ami congolais, Serge Katembera Rhukuzage, intitulé “Désolé, mais les Noirs sont des cons“. Bien que je comprenne parfaitement la frustration qui transparaît dans son message et que j’adhère à une grande partie de son contenu, je ne peux m’empêcher de contester le titre choisi. Ce dernier, loin de refléter l’essence de l’argumentation, se trompe de cible. Ce ne sont pas les Noirs qui méritent ce qualificatif dégradant, mais bien les racistes qui persistent à manipuler les causes et les luttes des Afro-descendants à des fins ignobles. Notre système éducatif doit se montrer à la hauteur de ces enjeux, en s’engageant davantage à enseigner l’histoire humaine dans toute sa complexité. Si tel était le cas, il y aurait une fin à l’utilisation du singe comme insulte dirigée envers les Noirs et les métis, et une reconnaissance des blessures profondes que de tels propos infligent. Ota Benga: un symbole tragique de l’inhumanité Voyez le photomontage ci-joint. Ce cliché, largement diffusé sur le web et les réseaux sociaux, montre Neymar tenant son fils sur ses genoux, avec deux bananes posées à côté d’eux, une réponse au racisme dans le football en soutien à Daniel Alves. Cette image est associée à une autre, tout aussi puissante, celle d’Ota Benga, un pygmée congolais exposé avec un singe dans le zoo du Bronx à New York en 1906. Ota Benga, arraché à son Congo natal, fut emmené à New York pour être exhibé lors de l’exposition universelle de 1904, une sinistre parodie de la dignité humaine. L’exposition d’Ota Benga dans un zoo américain illustre la brutalité des préjugés de l’époque, servant de tribune pour les suprémacistes blancs désireux de proclamer la prétendue supériorité de la race blanche, une théorie déplorablement popularisée par Arthur de Gobineau. Cependant, il est crucial de rappeler que cette théorie a été vigoureusement contestée par Anténor Firmin, un érudit haïtien, dans son ouvrage “De l’égalité des races humaines” publié en 1885, un texte qui résonne encore aujourd’hui comme une lumière dans les ténèbres de l’ignorance. L’histoire tragique d’Ota Benga est relatée dans l’essai de Desmond Morris intitulé “Le zoo humain“. Se souvenir de telles erreurs du passé est essentiel pour éviter de les reproduire à l’avenir. Le mépris vaut mieux que la réponse: un enseignement haïtien Faire des comparaisons dégradantes entre les Afro-descendants et des singes est une manifestation d’un comportement vil, cruel et intrinsèquement raciste. Cependant, beaucoup ignorent encore l’impact profondément négatif de l’utilisation du singe comme insulte, une tradition infâme remontant à l’exposition d’Ota Benga. Neymar, je suis désolé, mais cette histoire est bien plus vaste que votre culture personnelle, et votre slogan “Nous ne sommes pas des singes” ne saurait à lui seul suffire à éradiquer le racisme omniprésent. Il est crucial de distinguer deux choses : la réaction de Daniel Alves, qui a choisi de manger une banane face à un acte raciste abject dans un stade européen, et la campagne de soutien orchestrée par Neymar en réponse à cet incident. Alves, dans son geste, a opté pour une forme de protestation non violente qui rappelle l’esprit de Martin Luther King. Cependant, que pouvait-il faire d’autre ? Pleurer, comme Balotelli l’a fait auparavant, pour donner davantage de pouvoir à ses agresseurs ? Non. Alves a choisi de ridiculiser ces imbéciles, offrant ainsi une réponse percutante : le mépris, souvent, vaut mieux qu’une réponse directe. Comme le dit un vieux proverbe haïtien: “Le mépris vaut mieux que la réponse.” Combattre la négativité par des actions positives Le football, comme bien d’autres domaines de la société, n’est pas à l’abri du fléau du racisme. Celui-ci se manifeste sous différentes formes, allant des chants haineux dans les gradins aux bananes jetées par des spectateurs, en passant par les propos racistes proférés sur le terrain. Des joueurs comme Daniel Alves sont souvent la cible de ces attaques en raison de la couleur de leur peau, de leur religion ou de leur origine. Le racisme affecte les individus de manière différente, mais ses conséquences sont toujours destructrices. C’est pourquoi les réactions doivent être proportionnées, tout comme celle de Daniel Alves. Si nous le souhaitons vraiment, nous pouvons trouver des moyens efficaces de combattre ce problème de manière décisive, à l’image de ce qu’a accompli Martin Luther King en son temps. Quant à Neymar, il semble ne pas avoir saisi toute l’ampleur du problème. Manger des bananes avec son fils, aussi symbolique que cela puisse paraître, ne résoudra pas le problème du racisme. En fait, son geste pourrait être perçu comme une stratégie marketing, malgré toute la bonne intention qui l’entoure. Comparer un être humain à un singe constitue une offense culturelle profondément enracinée, une insulte qui trouve ses racines dans l’histoire d’Ota Benga et qui a servi à renforcer les croyances en la suprématie de la race aryenne, non seulement en Allemagne mais aussi en Afrique du Sud. La banane, associée aux singes, ne peut être un symbole de lutte contre le racisme. Le singe, en tant qu’animal, est incroyablement intelligent et fort, mais l’utilisation de cette image dans un contexte raciste déshumanise ceux qu’elle vise, les réduisant à une caricature Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans et 11 mois
Où va le monde ?
Je suis d’une grande maladresse manuelle, et je le déplore. Je serais meilleur si mes mains savaient travailler, si elles pouvaient accomplir quelque chose d’utile, puiser dans les profondeurs de l’être pour en faire jaillir une source de bonté. Mon grand-père, que j’appelais aussi père, m’avait élevé. C’était un ouvrier, autant intellectuel que manuel. Une âme puissante, un esprit véritablement messager, il disait des choses très étranges. Il souriait parfois en disant : « C’est avec les mains que l’on monte au ciel. » Malgré cette maladresse, j’ai tout de même touché à des choses. J’avais douze ans. J’étais alors élève au cours fondamental d’une institution presbytérale dirigée par des Frères de l’Instruction chrétienne. Le samedi après-midi, nous avions le choix entre le travail du bois, le modelage, l’artisanat ou la reliure. À cette époque, je ne lisais pas vraiment de textes scientifiques ou technologiques. Je lisais simplement des poètes, surtout René Char et Philippe Jaccottet. Je me suis forcé à ne pas relier La Parole en archipel, comme une manière de le lire sans y apporter de modification. Mon père possédait une trentaine de livres, rangés dans l’étroite armoire de son atelier, parmi des bobines, des craies, des épaulettes et des patrons. Il y avait aussi, dans cette armoire, des milliers de notes, prises d’une petite écriture appliquée sur le coin de l’établi, durant les innombrables nuits de labeur. Parmi ces livres se trouvait Le Monde avant la création de l’homme de Camille Flammarion, un ouvrage illustré de gravures, de cartes géologiques et d’aquarelles. À ce moment-là, je découvrais aussi Où va le monde de Walter Rathenau. C’est ce dernier ouvrage que je me suis mis à relier, non sans peine. Chaque samedi, dans ce petit atelier, je m’adonnais au travail manuel par amour pour mon père et le monde ouvrier. Dans ce livre, mon père avait souligné au crayon rouge une longue phrase qui est restée gravée dans ma mémoire : « Même l’époque accablée est digne de respect, car elle est l’œuvre, non des hommes, mais de l’humanité, donc de la nature créatrice, qui peut être dure, mais n’est jamais absurde. Si l’époque que nous vivons est dure, nous avons d’autant plus le devoir de l’aimer. » Après avoir lu Rathenau, j’ai commencé à nourrir un immense amour pour la science et à placer une confiance inébranlable dans le progrès technique. Ce fut ma rencontre marquante avec la science et la technologie. À seulement douze ans, une puissante philosophie s’était forgée en moi, une sorte d’illumination scientifique, guidée par la passion des livres de paléontologie, d’astronomie et de physique. Mon père est mort sans jamais cesser de croire en la nature créatrice, sans jamais cesser d’aimer et d’imprégner de son amour le monde douloureux dans lequel il vivait, sans jamais cesser d’espérer voir luire la lumière derrière les lou Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans et 11 mois
À la découverte de la Côte d’Ivoire : de Grand Bassam à Abidjan
Enfin, Internet fonctionne à peu près correctement cette fois-ci. Mais pour combien de temps encore ? Nul ne le sait. Je profite de cette opportunité fugace offerte par la compagnie MTN pour coucher ces quelques mots. Emmener des blogueurs, armés de leurs ordinateurs portables, dans un endroit où chaque clic se traduit par une attente interminable de cinq à dix minutes, parfois plus, avant qu’une page ne daigne s’ouvrir, c’est un peu comme demander à un peintre de réaliser une fresque sans peinture ni pinceaux. Une épreuve de patience, d’endurance, presque une leçon de vie. J’ai été convié au troisième voyage de formation de Mondoblog et de l’Atelier des Médias de Radio France Internationale (RFI) à Abidjan, une invitation qui m’a honoré en tant que l’un des 67 meilleurs blogueurs francophones du monde, représentant 27 pays différents, de l’Afrique à l’Europe, en passant par l’Asie, les Amériques et l’Océanie. Ce voyage a été une véritable odyssée intellectuelle, une plongée dans un océan d’idées, d’échanges, de rencontres, le tout ponctué par des instants de convivialité sur les plages dorées et dans les clubs de vacances. À la fin de cette aventure, je suis ressorti profondément enrichi, non seulement sur le plan professionnel, mais aussi personnel. Pour ceux qui ne connaissent pas encore le projet Mondoblog, son but est de promouvoir une blogosphère francophone internationale, vivante et dynamique, en contribuant à la création de contenu de qualité sur Internet. Les blogueurs qui participent à ce projet ne sont pas de simples auteurs ; ils sont les porte-voix d’une jeunesse connectée, engagée, dont les écrits sont lus, commentés, et souvent partagés aux quatre coins du monde. Ces blogueurs sont devenus des références, invités à des conférences, et plusieurs d’entre eux ont même trouvé un emploi grâce à leur expertise numérique. De Montréal à Abidjan en passant par Casablanca Mon périple vers la Côte d’Ivoire a commencé avec une pointe d’appréhension, ce pays ayant été récemment marqué par des conflits violents. Les médias internationaux n’ont relayé que des nouvelles sombres au sujet de la crise ivoirienne, ce qui a alimenté mes inquiétudes. Cependant, j’ai choisi de me faire ma propre opinion, convaincu que l’exploration de nouveaux horizons est toujours enrichissante. Le 29 avril, j’ai pris mon envol en direction d’Abidjan, avec une escale à Casablanca. Le vol fut loin d’être paisible, entouré de bébés pleurant et de deux adolescents indisciplinés qui n’ont cessé de malmener le dossier de mon siège. J’ai fini par changer de place, cherchant un peu de répit. À mon arrivée au Maroc, une longue escale m’attendait. Un policier, avec un sens de l’hospitalité certain, m’a conseillé de visiter Casablanca en prenant le train. Ce fut une suggestion que j’ai suivie avec enthousiasme. Le premier train m’a conduit au cœur de Casablanca, la capitale économique du Maroc, une ville magnifique en pleine effervescence, figurant parmi les 77 villes candidates pour être classées parmi les sept nouvelles merveilles urbaines du monde, aux côtés de Paris, New York, Montréal, ou encore Singapour. Le policier avait vu juste : à partir de ce moment, mon voyage a pris une tournure véritablement captivante. J’ai finalement atterri à Abidjan dans la nuit du 1er mai, aux alentours d’une heure du matin. La chaleur étouffante de la ville m’a immédiatement enveloppé. Seydou, le chauffeur, m’attendait patiemment à l’aéroport pour m’emmener à Grand-Bassam. Ce dernier, en plus de ses talents de conducteur, s’est avéré être un guide précieux, me prodiguant des conseils sur la sécurité et partageant avec moi des bribes de la mémoire collective de son pays, jouant ainsi le rôle d’un protecteur vigilant tout au long de mon séjour. Je me suis immergé dans les odeurs, les sons, les couleurs et les saveurs d’Abidjan, une ville qui ne dort jamais, où chaque coin de rue raconte une histoire. Abidjan est bien plus qu’une simple métropole ; elle est le carrefour culturel de l’Afrique de l’Ouest, la ville la plus peuplée de l’Afrique francophone, un centre névralgique qui a connu une expansion économique fulgurante, au point d’être surnommée “le Paris de l’Afrique de l’Ouest”, comme me l’a si bien raconté Seydou. Selon une légende locale, le nom d’Abidjan serait né d’un quiproquo entre un vieil homme, portant une brassée de branches, et un explorateur européen égaré. Le vieil homme, pris de panique, aurait crié “Ntchan mbidjan”, signifiant en Ebrié “Je viens de couper des branches”. L’explorateur aurait alors mal interprété ces mots, pensant qu’ils désignaient le nom du lieu : Abidjan. Cette histoire pittoresque, rapportée par la revue Jeune Afrique, ajoute une touche de mystère à cette ville fascinante. Immersion à Grand-Bassam, patrimoine mondial de l’UNESCO Nous n’avons peut-être qu’une connaissance superficielle d’Abidjan, car la majorité du temps, les Mondoblogueurs l’ont passée à Grand-Bassam, l’ancienne capitale de la Côte d’Ivoire, aujourd’hui inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Notre séjour à l’Hôtel Tereso, bien que modeste, offrait une vue imprenable sur l’Océan Atlantique, une vue à couper le souffle qui compensait largement les quelques inconforts matériels. C’est là que se sont déroulées les sessions de formation, du 2 au 12 mai, en journalisme et en outils numériques. Ces ateliers intensifs étaient animés par huit formateurs, parmi lesquels des journalistes chevronnés de RFI, de France 24, ainsi que des experts de Reporters sans Frontières. Les nuits à Grand-Bassam avaient une saveur particulière. Le climat nocturne y est agréablement doux, et les options de divertissement ne manquent pas. Les Mondoblogueurs ont découvert les night-clubs locaux comme No Limit et Épilogue, ainsi que les maquis, ces bars dansants où l’on peut déguster une cuisine de rue savoureuse. Les discothèques, à l’instar de l’esprit généreux ivoirien, ne facturent pas de droit d’entrée ; il suffit de commander une bière à 1000 Francs CFA après quelques danses endiablées sur le rythme du Coupé-Décalé pour faire partie de la fête. Nous avons effectué deux allers-retours entre Grand-Bassam et Abidjan. Le premier, pour l’enregistrement de MondoRadio, avec une sélection de blogueurs, au Latrille Events, l’endroit où RFI célébrait ses 20 ans de diffusion en Côte d’Ivoire. Le second, pour visiter l’Assemblée nationale, l’Office National du Tourisme, qui nous a honorés en nous désignant comme Ambassadeurs volontaires du tourisme ivoirien, et enfin le quotidien Fraternité Matin. Ce journal, le plus ancien du pays, est bien connu pour son soutien au pouvoir en place, ce qui n’est pas sans poser des questions sur sa capacité à demeurer une source d’information véritablement indépendante. Plus troublant encore, Fraternité Matin est le seul journal subventionné par l’État, équipé d’imprimeries ultramodernes, lesquelles servent également à produire la quasi-totalité des autres journaux du pays. Cette situation soulève d’évidents problèmes pour la liberté de la presse en Côte d’Ivoire. Exploration d’Abidjan et de ses trésors cachés Mon séjour en Côte d’Ivoire ne pouvait être complet sans une immersion dans le quotidien d’Abidjan. J’ai eu l’occasion de découvrir le Plateau, le quartier d’affaires, véritable cœur économique de la ville, où s’élèvent de nombreux gratte-ciels modernes. Mais Abidjan ne se résume pas à son aspect urbain. Les nombreuses lagunes qui entourent la ville offrent un contraste saisissant, des havres de paix loin de l’effervescence citadine, à l’image de Grand-Bassam. La musique ivoirienne, véritable reflet de la diversité culturelle du pays, est tout aussi captivante. Elle se distingue par l’usage des tambours et des polyrythmies complexes, un mariage unique de sons qui raconte l’histoire de cette nation. Des artistes tels que Tiken Jah Fakoly ont su exporter cette richesse sur la scène internationale, faisant résonner les rythmes de la Côte d’Ivoire aux quatre coins du globe. Côté gastronomique, l’Aloko est une spécialité à ne pas manquer : des bananes plantains mûres, frites avec une touche d’huile de palme épicée, accompagnées d’oignons cuits à la vapeur et de piment. Ce plat simple mais savoureux peut être dégusté auprès des vendeurs de rue ou dans les Maquis, souvent servi avec de la viande ou du poisson, pour un repas complet. Abidjan, surnommée la Perle des Lagunes, est bordée de plages magnifiques, où des maisons et hôtels accueillants se sont installés le long des côtes. Les villes côtières avoisinantes, telles que Grand-Bassam, ont su tirer parti de ces paysages enchanteurs pour développer des stations balnéaires luxueuses. Cependant, il convient de rappeler que les courants marins, bien que parfois tentants, peuvent s’avérer puissants et imprévisibles. Une culture vibrante et une identité forte La Côte d’Ivoire est un pays où la culture se vit au quotidien. Dans les rues d’Abidjan, les tissus colorés racontent l’histoire des peuples, les motifs et les couleurs variant selon les événements, que ce soit un mariage, une fête ou un deuil. Ici, l’appartenance ethnique prime souvent sur le sentiment national, chaque communauté exprimant son identité à travers des traditions vestimentaires qui lui sont propres. Je tiens à exprimer ma gratitude envers les organisateurs et animateurs de Mondoblog et de l’Atelier des Médias pour cette opportunité inestimable. Un merci particulier à Ziad Maalouf, Simon Decreuze, Raphaëlle Constant, Dylette Sadaoui, Manon Mella et au fondateur du projet, Philippe Couve, pour avoir donné vie à ce magnifique projet du “Tout-Monde”, épaulé par Cédric Kalonji. Un remerciement spécial également à Raphël Moreau de l’OIF, ainsi qu’à Chantal du blog KongoYetu, une Congolaise d’une élégance rare qui me rappelle l’une de mes grandes sœurs, et à Marek, dont la fraternité m’a profondément touché. Je ne saurais oublier mes deux frères d’outre-Atlantique, Debellahi et Adebayo, “deux Mondoblogueurs matures”, qui m’ont offert le privilège de porter pour la première fois un boubou en Afrique. Ce geste, d’apparence simple, résonne en moi comme un symbole d’appartenance, une passerelle entre nos cultures respectives. Ces deux hommes, ce Mauritanien et ce Béninois, font désormais partie de mon héritage personnel. Visiter Abidjan a été une expérience marquante, malgré quelques moments de malaise. Il est difficile de croire que cette ville lumineuse se trouve dans un pays qui, il y a quelques années à peine, était déchiré par une guerre civile entre deux candidats revendiquant chacun la victoire à l’élection présidentielle de 2010. Grâce à l’intervention de la Force Licorne de l’Armée française, en soutien aux forces rebelles dirigées par Guillaume Soro, alors chef des forces rebelles, Laurent Gbagbo a été délogé, permettant à Alassane Ouattara de prendre la présidence. J’ai eu l’occasion de visiter une dizaine de pays auparavant, mais ce voyage en Côte d’Ivoire revêt pour moi une signification particulière. Abidjan, surnommée à juste titre “la Ville lumière de l’Afrique de l’Ouest”, a laissé en moi une empreinte indélébile. En conclusion, j’espère de tout cœur que l’aventure Mondoblog continuera de prospérer, qu’elle s’étendra à d’autres régions du monde, et que les frontières s’ouvriront encore davantage, permettant à cette belle initiati Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 12 ans
Et moi, je préfère les chats…
Ce n’est pas que je n’apprécie pas les chiens. Au contraire, je les trouve charmants, aimables, et remarquablement altruistes. Ils semblent prédisposés à réagir avec une sensibilité immédiate à nos signaux émotionnels, capables même d’une empathie qui mérite tout l’amour que l’être humain peut offrir. Et pourtant, malgré toutes ces qualités, je préfère les chats. La raison fondamentale de ce choix réside dans une valeur que je chéris par-dessus tout dans toute relation : l’équilibre. Je ne parle pas ici d’une relation sacrificielle, où un dévouement à sens unique nourrirait une illusion de symétrie parfaite, mais d’un lien véritablement réciproque. Une interaction où chaque partie s’investit avec la même intensité, où l’affection, le respect, et l’attention sont mutuels. Il est indéniable que l’amitié avec un chien est plus accessible. Leur affection inconditionnelle est un don spontané, offert sans aucune exigence préalable. Pour qu’un chien vous aime, il ne vous demande rien d’autre que de l’intégrer dans votre vie, et en retour, il vous offrira une source inépuisable de dévotion. Peu importe que vous l’ignoriez, l’enfermiez, ou même que vous le traitiez mal : un chien restera fidèle, remuant la queue, toujours heureux de vous revoir. Pour beaucoup, cette loyauté indéfectible est la plus grande vertu des chiens. Pour moi, toutefois, c’est aussi leur grande faiblesse. Je ne souhaite pas ici dresser un réquisitoire contre les chiens ou les affubler d’adjectifs péjoratifs. Je les trouve adorables, et ils sont souvent bien plus dignes de confiance que bon nombre d’êtres humains. Leur présence apporte une affection incomparable, particulièrement précieuse pour ceux qui recherchent une émotion immédiate et inconditionnelle. Mais encore une fois, je préfère les chats. Avec un chat, la relation ne peut jamais être décrite comme celle d’un maître et de son animal. Un chat vous force à réévaluer votre approche, à construire une relation sur des bases différentes. Son amitié se gagne, elle ne se donne pas aveuglément, et c’est précisément cette rareté qui la rend si précieuse à mes yeux. Le processus par lequel cette relation se développe est fascinant. Il est lent, progressif, et nécessite une patience attentive. Si l’harmonie est possible, alors des progrès subtils mais significatifs se dessinent. D’abord, vous l’observez; puis, si vous avez su vous montrer digne de sa confiance, il s’approchera de vous, courbant son dos et levant la queue pour vous saluer à sa manière. Si vous restez calme et réceptif, il finira par sauter sur vos genoux, comme par un acte de magie, et se laissera caresser tout en ronronnant doucement. La nature inconditionnelle de l’amour d’un chien, qui donne sans jamais rien attendre en retour, est pour moi un signe de déséquilibre. J’aime autant donner que recevoir, et j’éprouve une profonde satisfaction à savoir que ce qui m’est offert est le fruit d’un mérite partagé. Il y a quelque chose de particulièrement gratifiant dans le fait de voir ma compagne rentrer chez elle, accueillie par ses deux chats, « Ti-gris » et « Tite-chouette », avec une affection sincère, joyeuse, et pleinement acquise. C’est dans ces moments, entouré de cette atmosphère de tendresse tranquille, que je trouve l’inspiration pour écrire ces lignes. Ti-gris ronronne sur mes genoux, tandis que Tite-chouette dort paisiblement à mes pieds nus, et je me sens profondément en paix, reconnaissant de cette communion silencieuse et équilibrée qui me lie à Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 12 ans
Gabriel García Márquez, un vrai immortel !
. Il a eu l’honneur et le mérite exceptionnels d’avoir apporté plus de prestige à son pays que quiconque dans son histoire, surpassant même chacun des présidents successifs. Sous le pavillon de la Colombie, Gabriel José de la Concordia García Márquez, Prix Nobel de littérature en 1982, demeure le plus grand Colombien de tous les temps. La première fois que j’ai lu l’histoire véridique de l’aventure malheureuse du marin dans Récit d’un naufragé — une histoire que le gouvernement et les médias colombiens avaient récupérée, glorifiée et déformée dans le but d’occulter une scandaleuse affaire de contrebande — j’avais peut-être 12 ou 13 ans. Soudainement, j’ai eu l’envie irrésistible de me rendre en Colombie, ce pays où ce récit a été écrit par un jeune journaliste nommé Gabriel García Márquez, qui, par la force de son écriture, parvenait à transformer un simple reportage en un joyau littéraire. Je n’y suis jamais allé. Mais avec le temps, j’ai compris que l’histoire de la Colombie est indissociable de la biographie de García Márquez, tout comme l’histoire de García Márquez est ancrée dans celle de la Colombie. Menacé de mort, et pour éviter une arrestation imminente par l’armée colombienne, qui le soupçonnait de liens avec le M-19 (Mouvement du 19 avril), en mars 1981, Gabriel García Márquez a décidé de s’exiler au Mexique avec son épouse Mercedes Barcha. À cette époque, il rapportait que plusieurs intellectuels, comme le poète Luis Vidales, la pianiste Teresita Gómez et la sculptrice Feliza Bursztyn, avaient été arrêtés et maltraités par le gouvernement de Julio César Turbay. Il est intéressant de rappeler que Gabriel García Márquez avait été arrêté le 17 octobre 1961 par la police française, qui l’avait pris pour un Algérien lors des manifestations des nationalistes algériens. Il fut également interdit de séjour aux États-Unis en raison de ses engagements contre “l’impérialisme américain”. Écrivain de l’exil, García Márquez a su consolider l’idée diffuse d’être un citoyen du monde. Ayant vécu à Paris, à New York et à Mexico, il a parcouru la planète, traversant l’Europe et les Amériques par monts et par mots, avec une écriture qui transcende toutes les frontières nationales, et qui connecte ses personnages dans un univers fictif. Sa vision du monde pourrait se résumer dans la nostalgie d’une société traditionnelle, construite puis défaite par les progrès, la crise de la société patricienne et la solitude des hommes et des femmes — après Macondo, ce village fictif où se déroule Cent ans de solitude, inspiré du vrai village de sa naissance, Aracataca. Carthagène des Indes, où il vivait avant son exil, était son deuxième univers fictif. Dépeignant des personnages et des situations, García Márquez est devenu la référence d’un courant littéraire appelé le “réalisme magique”, qui a profondément imprégné la culture occidentale. Cependant, il n’y a rien de fictif dans ce qui a été décrit comme tel. Selon lui, tout reflète la réalité. En tant que journaliste professionnel, sa fidélité aux faits imprégnait sa fiction d’un réalisme “journalistique” typique. La “magie” émerge dans sa manière de voir et de donner une voix aux personnes et aux situations surréalistes, si proches et pourtant si tangibles. Gabriel García Márquez a évoqué l’Amérique latine et son identité propre avec douceur, douleur, plaisir et espoir. En filigrane, il a lancé des alertes extraordinaires sur les relations entre le Nord et le Sud, attirant l’attention du monde sur la solitude de l’Amérique latine et les atrocités commises par l’autoritarisme dans ce continent. Il a parlé de l’exil, cet exil qui devient la “nation dispersée” des millions de Latino-Américains ayant échappé aux atrocités des régimes politiques dictatoriaux. Pour les intimes, “Gabo” était à la fois cet intellectuel apprécié et respecté, une personnalité engagée qui se distinguait des autres, et avec qui tout le monde souhaitait être ami, qu’il s’agisse du président des États-Unis Bill Clinton ou du leader de la Révolution cubaine Fidel Castro. Gabriel García Márquez est décédé à l’âge de 87 ans des suites d’une infection pulmonaire, mais ses paroles lui ont déjà conféré l’immortalité. La vraie. Im Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 12 ans
L’immense folie de la victoire c’est l’espoir
Le poème du mois Le poème devenu cristal de mots fragmentés. La fleur fourmille à ses yeux au son d’or, au son pur et éclatant. La musique continue à jouer librement à la proie de nos misères, ces mines perdues dans la fange. Je l’écrirai en de profonds actes, pensant l’empire du sanglier dans ma jungle. Aussi puissant que le Wireless, aussi frustrant qu’un pauvre lapin, nous irons prendre toutes les secondes de notre vécu à l’idéal d’une faveur. Nous sommes l’oiseau sans nid ni reposoir. Sans affection ni protection. Nous sommes un avis de recherche sur de sombres feuillages. La fourmi s’exclame à son feu, inhibons-nous à notre gré ! J’aurais pu écrire la beauté des circonstances Mais je refuse d’écrire la raison en perte La nocivité du vent La non-motricité du vivant Le malgré Le hélas Les cris-larmes des ressentiments Les remords absurdes Les grasseyements au calme du sentiment De l’espace tendu aux dégâts de l’âme lasse Bifurquant l’ornière de l’excellence. On doit la faire l’Acceptation D’ores et déjà c’est l’heure pour qu’on vive l’Histoire L’aspect somptueux aux virages des plaies Te re-voilà en beauté Misère tu es belle Terriblement en cascade assoupie Les opacités à la vue d’or te réclament, t’acclament en purs pouvoirs. Je dirais Je parlerais J’aurais pu écrire la sobriété Ce foisonnement qui m’invoque les chaleurs de l’âme L’étendard ira à l’homme ayant fait ses preuves. Allez ! Crierai-je comme un enfant sans mère Rarement je le pense en l’imaginant en ayant vécu la muse me salue en saison nuptiale. On ira… On le connaîtra On le croira peut-être À l’avant-garde L’immense folie de la victoire c’est l’espoir ! Nous avons dû connaître notre survie dégustée par désolation endurée. À l’apparence tout irait bien, l’endroit à l’envers. Parler c’est pitié. Je le veux, ce jeu de corps, en savane ; l’immense bateau qui tire un revolver de feu. Qu’est-ce donc une autre route pour un soi-disant chemin orné d’épines ? On en a parlé On est foutu On crie la perle On fend l’espace Je les inhale toutes mes douleurs. Je refuse les maux de tête dans le poème Pour tout hommage à la clarté Je la veux ma parole qui fait rire Méditer Pleurer Récuser le non-sens. Et je refuse tout paternalisme conformiste Rassurant et rétrograde qui infantilise Voulant à tout prix nous apprendre les bonnes manières Sorte d’adoubement, d’allégeance requise ava Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 12 ans et 1 mois
Bonne Journée Mondiale de la Poésie
Aujourd’hui c’est la journée mondiale de la poésie et hier a été celle du Bonheur et de la Francophonie. Depuis l’an 2000 avec le Printemps des Poètes, le 21 Mars de chaque année a été désigné par l’UNESCO comme un jour spécial pour la poésie à travers le monde afin de la promouvoir comme un moyen de communication et de compréhension entre les hommes de toutes les nations. Il a été observé depuis dans plusieurs pays, et sera à nouveau, marqué cette année par différentes activités artistiques partout à travers le monde. La poésie serait parole d’espoir malgré tout De tous les côtés, il me revient un son de cloche. Un son de cloche dont il m’est pénible de me faire ici l’écho. Ayant beaucoup aimé. Aimant encore beaucoup les plaisirs que cette cloche condamne. Mais c’est à chaque instant que j’entends dire autour de moi: « Je ne lis plus de poésie ». Répété par tant de bouches dignes de considération ou d’estime, cela finit par impressionner fâcheusement des poètes de mon espèce qui ne poursuivent guère dans la force des mots que leur agrément. Et voilà que maintenant mon ami Bruno Lalonde (vidéo-jointe), cet illustre libraire du quartier Côte-des-Neiges me confirme l’arrêt en le déplorant: « Faut-il donc se résigner à ne vendre que de rares recueils de poésies », me dit-il avec amertume. « Les gens ne lisent plus de poésie. » Je m’efforce de le réassurer, car si j’interroge, si je pousse davantage ceux qui viennent de prononcer cette condamnation, j’apprendrais qu’ils ne délaissent pas la beauté, les images et le pouvoir incantatoire des mots pour se jeter dans les voyages, les émotions et les imaginations. Je n’ai pas manqué de demander sur mon chemin ce qu’ils cherchaient dans leurs lectures – d’un usage plus relevé sans doute, plus sérieux – et je n’ai laissé d’être un peu surpris d’apprendre qu’ils n’aspiraient à satisfaire dans leurs lectures que le goût de l’aventure et du dépaysement qu’offre totalement la poésie, la vraie, la bonne, en somme brimée par la vie courante dont la satisfaction faisait jusque-là le principal attrait. La réalité c’est donc que nos contemporains en sont réduits à chercher séparément dans trois genres différents ce que la poésie avait pour objet essentiel de leur fournir dans le même ouvrage et qui constituait proprement le message poétique. Cette constatation ne m’a pas fait le plus grand bien, je l’avoue, ne me rassurant sur moi-même, car il est toujours pénible de se croire une exception, mais elle m’a apporté un brin de consolation en ce qui concerne certaines poésies d’hier. Il est clair que sous quelques prétextes d’esthétique ou de style, la poésie est devenue, à part des exceptions, la proie de certains discoureurs ou de néophytes. Mais attention ! Il ne faut surtout pas confondre un jeune à un néophyte, car on met longtemps pour devenir jeune nous dit Picasso. Cela tient peut-être à ce qui est aussi le domaine quasi exclusif de ceux qui tendent à tout ramener à la forme qui leur est plus naturellement propre que celle d’une méthode établie. On comprend que le public s’en détourne et refuse d’entrer dans un jeu qui n’est pas le sien et qui n’a plus rien de commun avec l’aventure qu’il recherche. Il se jette vers d’autres livres ou d’autres genres littéraires qui malgré les étiquettes parlent davantage à son imagination et à son cœur. La vie moderne est pleine de discours, notre temps quotidien en est de plus en plus encombré. Je vois que les ateliers, les bureaux, les boutiques, les rues sont pleins de beaux raisonneurs qui ont chacun leur explication de la crise, leur plan de réforme, leurs vues générales et définitives sur le monde. C’est une conséquence inévitable des régimes en place. Mais qu’au moins ceux et celles qui ont pris la charge de nous amuser ne nous entraînent pas dans les mêmes errements et ne viennent pas nous accabler de leur rhétorique quand il nous faudrait des émotions. Dans une de mes discutions toujours fructueuses, progressistes et approfondies avec des lecteurs de Parole En Archipel, une lectrice me dit ceci : « Je ne suis pas poète, mais je pense que si j’en étais une, la poésie aurait pour moi plusieurs utilités: Tout d’abord, probablement comme dans tout type d’art, il y a dans un poème le moyen de faire passer un message, qu’il soit présenté sous la forme d’une métaphore, qu’il soit engagé ou non. Cela peut être également une invitation au voyage, qui nous emmène dans un ailleurs inexploré. Je trouve personnellement que la poésie sert principalement à procurer et à transmettre des émotions au lecteur ». Oui chère lectrice, tu as tout à fait raison, l’une des principales missions de la poésie c’est se transmettre des émotions. Il y a bien proprement la difficulté et le secret peut-être de ce que des personnes appellent défaillance de la poésie moderne (si on peut vraiment appeler cela défaillance, du fait que les poètes font moins d’argent). On dirait des fois que la poésie a été faite pour des poètes seulement, qu’à chaque fois que je rencontre une personne lire ou acheter un recueil de poésie à la librairie de mon ami, je dis : voici un poète. Et cette poésie est là pour faire ressentir et ramener à cette personne des émotions. Et ayant beaucoup aimé. Aimant encore beaucoup les émotions fortes, il faut continuer de se rencontrer dans les cafés littéraires, les marchés de poésie, les nuits de poésie, les cabarets littéraires et les marathons de lectures pour ramener le chant qui peut narguer le son de cloche qui a comme pour but à lui seul de tout monopoliser. J’ai le désir de revoir un autre Tranströmer. Et puisque j’existe, j’ai le droit de penser que la poésie est loin d’avoir pour intention d’enfiler des idées et des raisonnements pour les assembler en un faisceau qui se tienne où seulement les poètes y sont entraînés. Elle répond aussi à des besoins personnels et sociaux de la société actuelle dans laquelle nous vivons, elle permet aussi de réfléchir aux thèmes universels. C’est aussi un moyen de communication et de fraternisation entre les peuples. La poésie est également une arme contre la violence et les guerres ! Cocteau disait : « la poésie dévoile, dans toute la force du terme. Elle montre nue, sous une lumière qui secoue la torpeur, les choses surprenantes qui nous environnent et que nos sens enregistraient machinalement. » Et moi je ne me fatigue toujours pas de répéter : la poésie serait parole d’espoir, malgré tout. De tous les avatars que nous traversons durant notre passage terrestre, que restera-t-il sinon ces paroles mille fois enroulées et déroulées, et quelques gestes qui nourriront les légendes ? Elle peut être aussi ce coquillage où résonne la musique du monde. Une épiphanie par essence. Le lieu d’une véritable incantation et de charmes, où l’intimité peut devenir cette charnière de l’identité. J’ai recueilli à ce sujet les confidences d’un de mes amis poètes, un peu plus âgés que nous, qui, il y a quelques années de cela, s’était passé de la poésie au roman, un poète qui avec son talent et selon la toute vraisemblance pouvait réussir dans son genre romanesque, j’avais croisé les doigts en son nom, je l’avais souhaité du succès, j’avais eu la joie de pouvoir le féliciter de sa persévérance, parce qu’il voyait bien justement, indépendamment de ses passeurs, où gîtait le lièvre. Ce jeune écrivain, quand il commençait à se sentir le goût des fictions, m’avouait toute la peine qu’il se donnait et sa surprise de trouver plus de rigueur dans les faits que dans les idées, tant de résistance pour assembler et plier à quelque vraisemblance les actions et les sentiments. Ce sont les actions ou les faits d’une vie osée, les sentiments d’une existence qui a de quoi à étonner les gens, mais écrit sous une plume qui n’oublie pas sa poésie. Mais poète, il restera. Il est toujours bon d’être poète avant tout. Même s’il lui reste beaucoup à apprendre. Dans un livre ancien intitulé Débats rempli des plus nobles soucis de l’art, dont je compte recommencer la lecture sous peu, et que je recommande à tous, son auteur Henri Massis, figure majeure de la scène intellectuelle française au commencement du XXe siècle indique bien la cause de cette désaffection du public à la poésie. Il faut bien prévoir que le lecteur s’en écarta aussi longtemps qu’il trouvera cette impression de désert ou de flanc battu, suivant que sa nature est plus sensible au vide qu’il constate ou à l’effort qu’il devine. Massis l’inventeur du pathétique des idées et d’un certain romanesque de l’histoire rappelle dans son ouvrage l’exemple de Barrès et la nécessité de ces hautes préoccupations spirituelles et morales qui n’est plus de mise aujourd’hui et que nos écrivains semblent avoir perdues. Le vrai dans les plus grandes comme dans les plus petites choses me paraît inaccessible, sinon aux poètes dans leurs poésies, aux romanciers dans leurs histoires. Pour ma part, je dois avouer que comme dans la poésie, j’ai trouvé dans le roman comme dans les essais savants quelques-unes des meilleures joies de mon existence qui ne se plaît pas seulement qu’aux images du passé, du temps où tout ce que nous aimons avait encore de l’importance, où les jours nous paraissaient moins bousculés et que la paix suffisante pour se plaire à ces divertissements de l’esprit était de plus en plus de saisons. Cocteau l’a dit. Et si la poésie dévoile, dans toute la force du terme. Si elle montre nue, sous une lumière qui secoue la torpeur, les choses surprenantes qui nous environnent et que nos sens enregistraient machinalement. Alors, vous êtes libres de concevoir la poésie à votre façon. Bonne journée mondiale en poésie! Thélyson Orélien VIDEO: Bruno Lalonde, libraire « Li Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 12 ans et 1 mois
L'Ukraine, la Crimée et les ombres d'une nouvelle guerre
La Syrie, l’affaire Snowden, les droits des minorités sexuelles : autant de sujets brûlants auxquels vient désormais s’ajouter la crise ukrainienne. Ce qui se joue actuellement dans la péninsule sud de l’Ukraine est d’une gravité inquiétante pour le reste du monde. La situation politique de la nouvelle “République de Crimée”, reconnue par Moscou, ravive les tensions entre les grandes puissances nucléaires que sont les États-Unis et la Russie, renouant avec une rivalité qui, jadis, a plongé le monde dans un état de choc pendant plusieurs décennies. Rien n’est plus souhaitable aujourd’hui qu’un règlement pacifique des différends pour éviter une résurgence de la guerre froide, à un moment où les nations, toutes confondues, aspirent à une reprise économique et à une stabilité sociale, après des crises mondiales successives. L’autoritarisme de la Russie s’est manifesté par l’invasion armée du pays voisin, sous le prétexte de protéger les intérêts de la population russophone, majoritaire à plus de 80%, après le renversement du gouvernement ukrainien par un soulèvement populaire. Cette invasion russe est peut-être brutale, et l’on ne saurait la justifier ; mais l’histoire récente nous enseigne que les invasions, et parfois pire, ne sont pas l’apanage d’une seule nation. Les exemples de l’Irak en 2003, de l’Afghanistan en 2001, du Panama en 1989, ou du Vietnam en 1954 en témoignent. Inutile de remonter jusqu’à Hitler pour trouver des antécédents d’ingérence et d’occupation. L’annexion de la République autonome de Crimée par la Russie, officialisée ce dimanche 16 mars 2014 par le président Vladimir Poutine, a été soutenue par un référendum aux résultats écrasants de 96,7 % en faveur de cette annexion. Un plébiscite réalisé sous occupation militaire russe et boycotté par les minorités ukrainiennes et tatares de la région. Il est difficile de ne pas douter de la transparence d’un tel processus. Les représailles annoncées par les États-Unis et leurs partenaires européens, sous forme d’interdictions de visas et de gel des avoirs à l’étranger pour les fonctionnaires russes, sont certes une réponse diplomatique forte, mais plusieurs nations européennes dépendent de l’approvisionnement en gaz russe, ce qui limite leur marge de manœuvre. Le référendum, aussi illégitime et illégal soit-il selon les déclarations conjointes des États-Unis et de l’Union européenne, reste néanmoins un fait accompli. Face à cette réalité, il ne reste plus qu’à espérer que Russes et Ukrainiens retrouvent le chemin de la tolérance et de la coexistence pacifique, afin d’éviter des affrontements sanglants entre militaires et civils, déjà engagés dans des milices d’autodéfense. Les sanctions occidentales semblent destinées à isoler la Russie, mais elles pourraient bien précipiter le monde dans une nouvelle guerre froide, aux conséquences potentiellement catastrophiques pour tous. En cette ère de mondialisation, où les conflits régionaux peuvent rapidement dégénérer en crises internationales, chaque petit conflit, s’il est mal géré, peut provoquer des frissons dans les superpuissances et déclencher des turbulences mondiales. Le poète René Char l’avait prédit : « Viendra le temps où les nations, sur la marelle de l’univers, seront aussi étroitement dépendantes les unes des autres que les organes d’un même corps, solidaires en son économie. » Devons-nous encore espérer et attendre qu’un tel moment advienne ? Y a-t-il encore une place pour le dialogue entre les parties impliquées (Russes et Occidentaux), alors que les accusations mutuelles semblent avoir atteint un point de non-retour ? La communauté internationale se doit de rester attentive et vigilante face à ce conflit, qui, bien qu’éloigné, a des répercussions potentielles sur la stabilité mondiale. Là où les principes du droit international et de l’autodétermination des peuples sont bafoués, c’est toute la planète qui est en danger. Les États-Unis et l’Union européenne envisagent des sanctions supplémentaires, les pays du G7 ont déclaré le référendum illégal, mais aucun bloc occidental ne semble en mesure d’empêcher le démembrement de l’Ukraine ou de sa péninsule du sud, ni de prévenir le début d’une nouvelle guerre, dont les répercussions pourraient être globales. La question qui se pose alors est la suivante : est-ce que la Syrie, déjà ravagée par des années de guerre, devra payer le prix de l’affaire ukrainienne en subissant à son tour les contr Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 12 ans et 1 mois
Le mirage du Libre arbitre : sommes-nous vraiment maîtres de nos choix ?
Comment un individu peut-il se prétendre libre alors que chacune de ses actions semble inexorablement dictée par des lois immuables ? La q […]Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 12 ans et 1 mois
Coupé Cloué : le roi du « compas mamba » et l'écho panafricain"
Les cousins africains l’avaient surnommé « Coupé Cloué », un nom qui résonne encore comme une légende dans les annales de la musique haïtienne et caribéenne. Jean Gesner Henry, plus connu sous ce pseudonyme évocateur, fut l’un des musiciens les plus emblématiques du Compas direct haïtien, un genre musical qui marie les racines profondes du folklore haïtien aux influences venues d’ailleurs. Son groupe, « L’Ensemble Sélect », s’est imposé comme l’un des plus illustres de toute la Caraïbe, capturant l’essence même de cette fusion musicale. Le Compas, tel qu’il fut popularisé par le saxophoniste et guitariste Jean-Baptiste Nemours en 1955, prenait sous les doigts de Coupé Cloué une tournure résolument unique. Sur scène, il offrait un spectacle où se mêlaient rythmes folkloriques, troubadour, jazz et méringues haïtiens, donnant naissance à ce qu’il appela lui-même le « Compas Mamba », un terme aussi savoureux qu’évocateur de l’énergie contagieuse de sa musique. Qui était Coupé Cloué ? Né le 10 mai 1925 à Léogâne, en Haïti, Jean Gesner Henry, de son vrai nom, ne semblait pas destiné à devenir l’icône culturelle qu’il est devenu. Pourtant, dès son plus jeune âge, il montra un talent naturel pour la musique. Chanteur, guitariste et chef d’orchestre, il s’était fait connaître non seulement pour sa maîtrise musicale, mais aussi pour ses chansons à double sens, qui étaient souvent grivoises et gorgées d’un humour décapant. Ces textes, d’une apparente simplicité, cachaient une profondeur et une subtilité qui rappellent les œuvres des grands maîtres de la chanson française tels que Josephine Baker avec « La canne à sucre », Lynda Lemay avec « J’veux pas d’chien dans ma maison », Alain Bashung avec « Madame rêve », ou encore Serge Gainsbourg avec « Les sucettes ». Ceux qui connaissent ces morceaux comprendront aisément de quoi je parle : une chanson qui semble innocente mais qui cache en réalité des significations bien plus profondes, souvent liées à la sensualité et à la critique sociale. Au cours de sa carrière, Coupé Cloué a conquis bien des cœurs à travers le monde, notamment en Afrique de l’Ouest, où sa musique a trouvé un écho particulier. Issu d’une éducation musicale classique, il travailla d’abord comme ébéniste avant de se tourner vers le football professionnel, jouant en tant que défenseur pour le club Aigles Noirs de Port-au-Prince. C’est là qu’il acquit son surnom de « Coupé Cloué », une allusion à sa capacité à faucher les attaquants adverses avec une précision et une vigueur redoutables. Une carrière entre musique et panafricanisme Influencé par la musique cubaine, il commença à jouer de la guitare en 1951 et forma en 1957 le « Trio Cristal », qui devint plus tard le « Trio Select » lorsqu’il s’associa à un autre guitariste et à un joueur de maracas. Son premier album, paru en 1960, fut le début d’une carrière prolifique qui le verrait enregistrer des dizaines d’albums, chacun enrichissant davantage son répertoire et son influence. Au début des années 70, le groupe évolua pour inclure davantage de musiciens, devenant ainsi « L’Ensemble Sélect ». C’est au cours de cette période que Coupé Cloué commença à intégrer des contes et des récits dans ses chansons, faisant de cette approche narrative une véritable signature. Cette capacité à raconter des histoires, à captiver le public par des récits aussi savoureux que subversifs, fit de lui une figure à part dans le paysage musical haïtien. Mais Coupé Cloué n’était pas qu’un simple musicien ; il était aussi un fervent promoteur du panafricanisme, utilisant sa musique pour renforcer les liens entre Haïti et le continent africain. En 1975, il découvrit la République du Congo et l’Afrique de l’Ouest, où il fut profondément touché par les similitudes entre les rythmes de sa musique et ceux des autochtones africains, notamment le soukous. Ce voyage marqua le début d’une relation étroite entre Coupé Cloué et le continent africain, où ses fans, en reconnaissance de son immense talent et de son rôle de pont culturel, lui attribuèrent le titre de Roi Coupé Cloué. Un héritage impérissable Au cours des années 1980 et au début des années 1990, il continua à jouer et à enregistrer de manière prolifique, malgré une santé déclinante. Diagnostiqué du diabète, il donna son dernier spectacle en décembre 1997, avant de s’éteindre un mois plus tard, le 29 janvier 1998, dans son royaume natal, Haïti. Son départ laissa un vide immense, mais aussi un héritage musical riche et durable, transmis à de nombreux héritiers musicaux. En reconnaissance de sa contribution inestimable à la culture haïtienne et panafricaine, le ministre intérimaire de la Culture de l’époque décréta un deuil national en sa mémoire, le consacrant ainsi comme un véri Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 12 ans et 1 mois
Ne mettons pas nos héros sur un piédestal
Chronique publiée dans le Journal La Presse, et le Huffingtonpost. Vouloir être des héros, cela fait aussi partie de notre condition humaine. Nous sommes presque tous à la recherche d’un modèle ayant réalisé quelque chose d’extraordinaire. Qui pouvons-nous regarder pour aller vers l’avant ? Il existe des candidats méritants pour de telles adorations dans une myriade de domaines donnés. Les idoles pleuvent de partout et les plus populaires, de ceux que les médias nous présentent le plus souvent, proviennent de secteurs divers, généralement le cinéma et le monde du sport. Il y en a des dizaines de héros sportifs, bien sûr. Il y a ceux qui, faisant partie d’une équipe, sont devenus célèbres. Et puis ceux qui se démarquent en tant que personnes, que ce soit simplement parce qu’ils éclipsent les autres dans l’équipe, ou parce qu’ils excellent dans ce qui est en soi un sport individuel. Ces superstars appartiennent à un groupe sélect encore plus restreint – le groupe de ceux qui, parce qu’ils ont bravé des difficultés sportives apparemment insurmontables, deviennent encore plus célèbres et plus admirés à des raisons qui transcendent leurs sports respectifs. On peut citer : Tiger Woods, Lance Armstrong et Oscar Pistorius. Ce sont des athlètes qui ont tous rompu toutes sortes d’obstacles, pour ensuite éclater en morceaux aux yeux de leurs fans. Tiger Woods Avec son style flamboyant et athlétique, ses origines afro-américaines, asiatiques, amérindiennes et européennes, on le crédite d’avoir popularisé le golf aux États-Unis et dans le monde, surtout auprès des minorités et des jeunes qui ne s’intéressaient pas à ce sport – il a remporté le Tournoi des Maîtres à 21 ans, le plus jeune. Un héritage racial mixte dans un sport traditionnellement élitiste et généralement conformiste. Tiger Woods, bon garçon, dont l’image a été brisée le jour où la presse a publié un article, alléguant qu’une hôtesse de bar californien qui se présente comme l’une de ses quelques 10 maîtresses, aurait adressé des excuses télévisées à la femme du golfeur et s’est dite blessée d’apprendre qu’il avait eu d’autres liaisons. Peu de temps après, plus d’une douzaine de femmes ont commencé à sortir de la boiserie. Lance Armstrong Atteint d’un cancer du testicule dans un sport qui exige de passer des heures exténuantes assis sur un vélo, il a remporté le Tour de France, un record de sept fois de suite après le diagnostic horrible. Lance Armstrong a été marqué par l’Agence antidopage américaine en tant que chef de file du plus sophistiqué programme de dopage professionnalisé et réussi que le sport n’ait jamais vu. Il a été dépouillé de tous ses titres et a été banni à vie de sa discipline sportive. Oscar Pistorius Un homme dont les jambes ont été amputées avant son premier anniversaire a eu le courage, l’audace, de participer à des compétitions contre les meilleurs au monde dans la course des 400 mètres aux Jeux olympiques. Il appartenait au cercle restreint des athlètes, finalement tombé du sommet, ou du moins en chute libre. En regardant Pistorius pendant les récents Jeux paralympiques, il était difficile de ne pas être inspiré. Il était sans doute le plus bel exemple de ce que signifiait faire l’impossible. Et maintenant, son visage sanglotant est plâtré dans les pages d’actualité du monde entier comme le premier assassin suspect dans la mort de sa petite amie. Maintenant que les histoires d’un homme qui a peut-être été violent, paranoïaque et obsédé par les armes abondent. Défiants dans le déni, les fanatiques ont tardivement fait preuve de diligence raisonnable. Étant donné que l’athlète sud-africain avait plusieurs pistolets nichés dans sa maison. Il n’est certainement pas ce que les gens pensaient qu’il était. Après avoir perdu les 200 mètres lors des Jeux paralympiques de Londres, il a accusé le gagnant d’avoir un avantage injuste sur lui, se faisant passer pour une victime. Rien n’aurait pu nous conduire à penser qu’il était capable d’assassiner. Des fois, on oublie les signes avant-coureurs, on fait semblant de les ignorer dans l’espoir vain de garder nos idoles. Il y a sûrement des théories de réponses psychologiques à ma question. Ce qu’Oscar Pistorius a atteint est sans aucun doute très inspirant. Grimper au sommet du monde sans ses deux jambes est également loin d’être une mince affaire. Même s’il n’est pas tout à fait tort d’admirer nos idoles, peut-être ne devrions-nous pas nous concentrer davantage sur leurs prouesses et leur poursuite et non pas sur leur personne ? C’est ce qui contribue à la naissance de ces prouesses: la discipline, le sacrifice et la quête de l’excellence. Mais nous faisons bien de nous rappeler que, même s’ils sont héroïques, ils sont encore humains, enchaînés avec des imperfections mortelles. Peut-être que la meilleure chose que nous pouvons faire pour eux, c’est de supprimer les piédestaux sur lesquels nous les avons placés. Thélyson Orélien © Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 12 ans et 1 mois
Femmes de personne…
Le 8 mars célèbre la Journée internationale de la femme : Par ce petit poème inédit, je rends un vibrant hommage aux femmes. À celles qui peuvent porter en leur sein l’avenir qui nous ramène à notre propre humanité, comme à celles qui ne peuvent pas (les femmes de personne). Un hommage à la féminité aux mille charmes des dames, des mesdames et des demoiselles… Femmes de personne… (Pour les femmes…) Parfois une ombre, un rêve agitent la tendresse restée stagnante – sans lit – dans le sous-sol de ton âme. Le sédiment remué, brassé, de cette sourde tendresse qui passe alors comme vague de sang sur ton visage et que vire soudain pour remonter le fleuve de ton sang jusqu’à la racine de ce fleuve ! Et qui est poudre de soleils tamisée par la masse des nerfs de sang ! Une aurore intime et fugitive ! Un feu du dedans qui illumine et qui scelle ta chair inaccessible ! Femme qui ne pourrait même pas être la mère d’une rose, fil qui se briserait sous le poids d’une étoile Mais n’es-tu pas toi-même l’étoile qui replie ses branches ? La rose qui ne va plus loin que son parfum ? (Une étoile qui dans l’étoile se consume, une fleur qui demeure dans la fleur…) Femme d’un rêve qui jamais n’atteint tes bras. Femme fragile, toute soie, air et lumière. L’amour te brûle mais ne réchauffe tes froides mains ! Lente, la vie, très lentement te brûle mais sans que tu flambes ! Tu marches mais tes pas ne te portent vers rien Tu marches mais restes clouée À ta croix, femme délicate femme aux yeux obliques par où fuit de toi vers toi l’Éternel éternellement ! Mère de personne… Quel prisme inversé te projette vers le dedans ? Quel fleuve flue et afflue en toi ? Quelle lune te dissocie de ta mer pour te replonger dans ta mer ? En toi commence et se résout la spirale tragique de ton rêve Rien n’a pu sortir de toi : ni le Bien, ni le Mal, ni l’Amour, ni les mots d’amour, ni l’amertume versée en toi siècle après siècle L’amertume qui t’a remplie jusqu’au plus haut sans déborder, car ce qui est tombé en toi est tombé dans un puits ! Il n’est de hache pour t’ouvrir un soleil dans l’obscurité Ni de miroir qui te copie sans se briser – avec toi dans sa glace –, onde au repos où tu te verrais morte en te penchant sur elle Tu es onde au repos : une eau transie d’étang, gélatine sensible, talc blessé de lumière où dort le paysage inconnu : Le paysage qu’il ne faut pas réveiller Et le Bondieu pourrisse la langue de qui l’animera contre toi, qu’à un mur, inexorablement, il cloue le bras qui osera te signaler ; la main obscure de caverne qui versera un peu plus de vinaigre sur ta soif ! Ceux qui veulent te voir servir à quoi servent les autres femmes ne savent pas que tu es Ève. Ève sans la malédiction ni la douleur de l’enfantement. L’Ève noire Lèvres pulpeuses, savoureuses, dans un jardin de fleurs, et des bois de parfum ! Ils ne savent pas que tu détiens la clef d’une vie. Ils ne savent pas que tu es la mère frémissante d’un enfant qui te hèle depuis le soleil co Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 12 ans et 1 mois
Le Carnaval d'antan aux Gonaïves !
Gonaïves, surnommée “la Cité de l’Indépendance”, a eu l’honneur d’accueillir officiellement le carnaval national d’Haïti les 2, 3 et 4 mars. J’imagine aisément la joie qu’a dû provoquer cette nouvelle parmi les Gonaïviennes et Gonaïviens du pays et de la diaspora, y compris moi-même. Après les Cayes en 2012 et Cap-Haïtien en 2013, c’était au tour de cette troisième ville économique et première ville historique d’être le théâtre des festivités carnavalesques de 2014. En tant que Gonaïvien de naissance, je prends plaisir à rédiger ce petit texte, certes modeste, pour partager avec vous quelques anecdotes de mon grand-père sur les Gonaïves d’antan. Jadis, le carnaval était une période de réjouissance et d’effervescence économique pour la ville. Jour et nuit, les bandes traditionnelles telles que La Branche Aimable, La Reine Sainte Rose, Tana et Tato offraient à toutes les couches de la société gonaïvienne l’opportunité de se défouler dans une ambiance frénétique. Le samedi soir, les maris quittaient souvent leurs épouses pour “épouser” des femmes des quartiers populaires. Ces dernières, éclatantes de fraîcheur, accueillaient avec grâce la foule des danseurs qui se pressaient autour des musiciens de La Branche Aimable et de La Reine Sainte Rose. Ce “mariage” n’était autre qu’une danse lascive, récompensée par un sandwich de poisson garni d’une salade relevée de sauce piquante, appelée salaise. Les couturières, les marchandes de salaise, de pistaches grillées, de fresko, de confiseries, de crème glacée, de griot et de manje-kwit ; les cireurs de chaussures, les artisans, les ébénistes et les charpentiers profitaient tous de cette période carnavalesque. Outre les groupes animant les soirées du week-end, Tana et Tato faisaient danser les jeunes gens des deux sexes les après-midis. Les partisans de Tana se reconnaissaient à leur tenue blanche et rouge, tandis que les admirateurs de Tato arboraient le vert et le jaune. À l’approche des jours gras, ces groupes rivalisaient de créativité et de spontanéité, se taquinant par des chansons parfois improvisées qui dénonçaient les travers et les coutumes des habitants de la ville. Une année, les responsables de Tana prétendirent avoir voyagé en avion de Port-au-Prince à Gonaïves pour prouver à la bande rivale leur prestige. La délégation de Tana, présidée par Solon Jean Baptiste, débarqua d’un petit avion sur le terrain de l’Aviation, aujourd’hui disparu, au sommet de la rue Clervaux, sous les acclamations de ses membres et admirateurs vêtus de blanc et rouge. Nous étions dans les années 50. Dans un concert de klaxons et les vivats de la foule massée tout au long du parcours, la délégation de Tana fit une entrée triomphale dans la ville. Les badauds, par milliers dans ce brouhaha indescriptible, chantèrent à tue-tête : “Prezidan Solon kaka nan avyon” (Le président Solon a déféqué dans l’avion). Peut-être était-ce une riposte ou une stratégie de la bande rivale Tato pour minimiser le spectacle éclatant offert par Tana. Le nom La Branche Aimable de Geffrard fut donné en l’honneur du président Fabre Geffrard, qui s’abritait dans la localité dénommée Souvenance. Le nom Sainte Rose provient d’une grande dame de Léogâne, membre de l’état-major de la Branche Aimable, qui forma un groupe rival en l’honneur du saint patron de Léogâne : Sainte Rose de Lima. Outre les festivités carnavalesques qui rendent les Gonaïves si accueillantes par leur beauté captivante et la grâce de leurs femmes expertes en art culinaire, notamment avec le riz à lalo, l’histoire nous apprend que de nombreuses familles du Sud, de l’Ouest et du Nord d’Haïti s’établ Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 12 ans et 3 mois
Le panafricanisme dans la culture haïtienne
Lors de l’ouverture du sommet de l’Union Africaine, qui s’est tenu du 23 au 30 janvier 2012 à Addis-Abeba en Éthiopie, les dirigeants africains ont favorablement accueilli la demande d’Haïti pour devenir membre associé à part entière de l’Organisation. L’histoire lie profondément Haïti et l’Afrique. Première République noire du monde (1804), Haïti a toujours soutenu l’indépendance des pays africains, notamment la Libye, et a fermement condamné l’invasion de l’Éthiopie par l’Italie. En outre, Haïti a adopté une position progressiste contre la guerre d’Algérie. Ces relations historiques solides justifient, selon Slateafrique, l’entrée d’Haïti dans l’Union Africaine. Le Mouvement de la Négritude Les pères fondateurs de la Négritude ont toujours reconnu le rôle pionnier d’Haïti dans la renaissance du monde noir. Aimé Césaire, dans son ouvrage “Cahier d’un retour au pays natal” publié chez Présence Africaine en 1939, décrit Haïti comme “Terre où la Négritude s’est levée pour la première fois et a déclaré croire en son humanité.” Léopold Sédar Senghor, rendant hommage au philosophe haïtien Jean Price-Mars à l’occasion de son quatre-vingtième anniversaire en 1956, le considère comme un précurseur du mouvement : « Me montrant les trésors de la Négritude qu’il avait découverts sur et dans la terre haïtienne, il m’apprenait à découvrir les mêmes valeurs, mais vierges et plus fortes, sur et dans la terre d’Afrique. Aujourd’hui, tous les ethnologues et écrivains nègres d’expression française doivent beaucoup à Jean Price-Mars… Singulièrement les écrivains. D’abord les Haïtiens, Roumain, Depestre et les autres, mais aussi les Antillais et les Africains : un Damas, un Césaire, un Niger, un Birago Diop, et surtout moi-même. » La Négritude a évolué au fil du temps et des différentes formes de colonialisme, oscillant entre mouvement poétique, philosophique, littéraire et réponse idéologique à l’oppression, la discrimination et le racisme. Il convient de rappeler que la Négritude visait à affirmer les valeurs des cultures noires. L’Occupation Américaine Revenons au début du XXe siècle, avant le mouvement de la Négritude. La chute du président Nord Alexis en 1908 a marqué le début d’une période d’instabilité, avec sept présidents se succédant rapidement : Antoine Simon (du 17 décembre 1908 au 2 août 1911), Cincinnatus Leconte (du 14 août 1911 au 8 août 1912), Tancrède Auguste (du 8 août 1912 au 2 mai 1913), Michel Oreste (du 4 mai 1913 au 27 janvier 1914), Oreste Zamor (du 8 février 1914 au 27 octobre 1914), Davilmar Théodore (du 7 novembre 1914 au 22 février 1915), Vilbrun Guillaume Sam (du 9 mars 1915 au 27 juillet 1915). Cependant, le président Vilbrun Guillaume Sam et le général en chef de l’armée, Charles Oscar Étienne, ont dû faire face à une révolte populaire. Ils ont été lynchés dans les locaux de l’ambassade de France et du consulat dominicain où ils s’étaient réfugiés après avoir ordonné l’exécution de 167 prisonniers politiques, majoritairement des membres des élites intellectuelles et sociales de Port-au-Prince. Le lendemain, le 28 juillet 1915, les Marines américains ont débarqué en Haïti sans rencontrer de résistance. Ils ont pris prétexte de l’assassinat du président et des désordres qui en ont résulté pour installer un nouveau président en environ six semaines. Surde Dartiguenave fut élu et signa un accord pour l’occupation américaine, par lequel les États-Unis contrôlaient les douanes et avaient un droit de veto sur toutes les décisions de l’État. Haïti est ainsi devenu un protectorat américain, une période sombre de son histoire. Pendant l’occupation américaine, une campagne de propagande a présenté le vaudou, une croyance d’origine africaine, comme un “obstacle à la civilisation” pour renforcer le protestantisme et acculturer la population. L’Indigénisme Culturel Pendant l’occupation américaine d’Haïti (1915-1934), un mouvement littéraire majeur, l’indigénisme, a vu le jour. Ce mouvement s’opposait à l’occupation et plaidait pour le rétablissement de la souveraineté haïtienne. Le terme “indigénisme” décrit un ensemble de propositions culturelles et littéraires formulées dans les années 1920, continuant à susciter des débats. C’est en grande partie grâce à ce mouvement que l’identité culturelle littéraire du pays a été reconstruite, selon Yslande Bossé dans Haïti, l’île aux trésors littéraires. L’occupation a duré jusqu’en 1934, apportant stabilité, infrastructure et développement économique, mais aussi honte. Le mouvement indigéniste a publié pour la première fois en juillet 1927 “La Revue Indigène”, avec des auteurs tels qu’Edmond Laforest, Carl Brouard, Philippe Thoby-Marcelin, Émile Roumer, Ida Faubert, Valéry Larbaud, Lorimer Denis et Jean Price-Mars. Jean Price-Mars a exercé une influence capitale sur l’idéologie collective à partir des années trente. La Revue Indigène incluait également des extraits d’écrivains français comme Georges Duhamel, Henri Brémond, Francis de Miomandre, Raymond Radiguet et Pierre Reverdy. Le mouvement indigéniste en Haïti, selon Hérard Jadotte, se distinguait par sa spécificité : il s’adressait non pas à l’occupant colonial, mais à la minorité bourgeoise ayant pris le pouvoir grâce à son pouvoir économique et politique (Idéologie, littérature, dépendance, p. 74). Jean Price-Mars a exhorté les Haïtiens à abandonner l’imitation pour devenir des créateurs en puisant aux racines africaines de leur identité. Cette invitation s’est exprimée dans la culture orale, les contes, les traditions, les légendes et les innovations issues de l’esclavage afro-descendant. Ce panafricanisme culturel haïtien a été influencé par des intellectuels avant-gardistes tels qu’Anténor Firmin, auteur de “De l’égalité des races humaines” (1885), réfutant les thèses d’Arthur de Gobineau sur la hiérarchisation des races. Les intellectuels haïtiens visaient à encourager les Afro-descendants du monde entier, y compris les mulâtres et les métis, à ne pas ignorer leur héritage africain. Ils transmettaient leurs idées à travers des magazines et des journaux en Haïti et à l’étranger. Dans son ouvrage “Ainsi parla l’Oncle” (1928), le Dr Jean Price-Mars soutient que les Haïtiens ne sont pas des “Français colorés”, mais des hommes nés dans des conditions historiques précises avec un double héritage français et africain. L’indigénisme culturel a également été une réponse nationaliste au monopole du pouvoir politique et économique de l’élite bourgeoise. Finalement, il s’est avéré plus bénéfique pour le peuple haïtien que toute autre idéologie. Il est devenu un mouvement à part entière après l’occupation américaine. Dans les années 1930, il pourrait même être considéré comme “la marque haïtienne de la négritude”, mettant l’accent sur le passé africain, la religion vaudou et la nécessité de retourner à l’héritage ancestral et aux valeurs culturelles africaines. Selon Price-Mars, “il est paradoxal que ce peuple ayant l’une des histoires les plus captivantes et émouvantes du monde, celle de la transplantation d’une race sur un sol étranger sous les pires conditions, ressente une gêne voire de la honte à évoquer son passé lointain. (…) Pour être véritablement nous-mêmes, nous ne devons renier aucune partie de notre héritage ancestral.” Dans la littérature haïtienne d’aujourd’hui… Depuis les premiers jours de la littérature en Haïti jusqu’à aujourd’hui, des auteurs haïtiens continuent à aborder une grande variété de thèmes liés à l’héritage africain, allant de la critique sociale à la mémoire collective. De Louis Joseph Janvier à Jean Price-Mars, en passant par Jacques Stéphen Alexis, Jacques Roumain, Marie Vieux Chauvet, Maurice Sixto, Gérard Étienne, grand poète et écrivain en exil, Jean Fouchard, René Depestre et bien d’autres, tous les genres de la littérature, y compris le théâtre, la poésie et le roman, sont explorés. De la fiction spéculative de Frankétienne aux récits de polar surnaturels imprégnés de mythes vaudou de Gary Victor, le panafricanisme a toujours été mis en avant et n’a jamais été ignoré dans la culture et l’histoire haïtiennes. “Nous sommes tous Africains, nous venons d’Afrique, notre patrie! Nou tout se nèg lafrik, nèg ginen !” Bibliographie – Négritude: héritage et présente pertinence, par Isabelle Constant et Kahiudi C. Mabana – Histoire littéraire de la Francophonie. Littérature d’haïti, L-F Hoffmann. p 151-173-177 – Fouchard J. Les Marrons de la Liberté. Port-au-Prince, Ed. H. Deschamps, 1972. – Price-Mars J. Lettre au Dr René Piquion sur son Manuel de la négritude, Le préjugé de couleur est-il la question sociale ? Port-au-Prince, Ed. des Antilles, 1967. – Houtart F., Rémy A. Haïti et la mondialisation de la culture, Etude des mentalités et des religions face aux réalités économiques, sociales et politiques. Paris, L’Harmattan, 2000. – Hurbon L. Le Barbare imaginaire. Port-au-Prince, Ed. H. Deschamps, 1987. – Janvier L. J. Les Constitutions d’Haïti (1801-1885). Paris, Continue Reading - En afficher davantage




















