Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 10 ans et 11 mois
Vox Populi, vox Dei… vox Satani !
Malheur au plus populaire Malheur au plus progressiste Malheur à sa maison Malheur à son entreprise Malheur à son entourage Malheur à ses amis les plus loyaux Car il n’a pas été chez l’oncle Sam Chez la tante France Chez la cousine Germanie Vox Populi, vox Dei… Nous calculons nos malheurs De présidence en présidence Et le cinéma politique Et la comédie démocratique Les comédiens tiennent bien leurs rôles Partout à tous les niveaux Ils nous font rire. Une campagne électorale qui fait rage Plus de 50 candidats à la présidence ! Vox Populi, vox Dei… Nous, petit peuple, nous aimons élever la voix Pour creuser une voie Sous le chaud soleil Sous la pluie Dans les files longues et interminables Pour affronter nos plus amères déceptions La voix du peuple est la voix de Dieu Et si seulement c’était vrai ? Et si seulement la volonté populaire Pouvait s’accorder avec celle de Dieu ? La voix du peuple est aujourd’hui Le cancer des tympans De nos chefs d’orchestre occidentaux Tout ce qui est patriotique progressiste ou populaire dérange Vox Populi, vox Dei… vox Satani Le peuple Haïtien cherc Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans
Eduardo Galeano, la mort d'un géant !
Dans la matinée du 13 avril 2015 il est mort à Montevideo, victime d’un cancer du poumon à l’âge de 74 ans. L’Uruguayen Eduardo Galeano, icône de la gauche latino-américaine, est l’un des écrivains les plus prolifiques de notre continent. Il a écrit environ 39 ouvrages, y compris des essais et textes narratifs, mais son plus grand travail non condensé dans un livre fut réalisé dans le journalisme où il s’est distingué. Mon humble hommage à l’écrivain des sans-voix, l’écrivain de ceux d’en bas, ceux qui attendent depuis tant d’années dans la file d’attente de l’Histoire. Pour nous, déshérités des Amériques, il laissera le souvenir d’un personnage profondément humain, engagé pour son continent et ses habitants les plus humbles. Son message profondément latino-américain est universel. Parmi ses nombreux aphorismes, toujours empreints d’une fine ironie, celui-ci me revient aujourd’hui: «la justice est comme les serpents, elle mord toujours les va-nu-pieds». Il était l’un des fervents porte-paroles et défenseurs des pays les plus appauvris et dépouillés de ce riche continent: tels que la Bolivie, le Honduras et Haïti. Eduardo Galeano restera dans l’histoire de la littérature grâce à ses livres, mais l’écrivain n’a jamais négligé sa facette politique et de penseur de la gauche latino-américaine. Le 7 avril dernier, Galeano a ajouté sa signature à un manifeste contre le décret des États-Unis estimant le Venezuela comme une menace pour la sécurité de ce pays. En 2009, l’ancien président vénézuélien Hugo-Chavez a interrompu le Sommet des Amériques à Trinité-et-Tobago, pour livrer à Barack Obama, président des États-Unis, un exemplaire dédié de Les veines ouvertes de l’Amérique latine, livre culte et anti-impérialiste des cercles de la gauche latino-américaine écrit par Galeano au début des années 70, dans lequel il fustige l’injustice sociale et l’exploitation du sous-continent par les grandes multinationales américaines. Obama, assis à côté de son homologue chilien, Michelle Bachelet, se leva pour saluer celui qu’on a surnommé El Comandante de son vivant. Moment gênant, mais le président américain a accepté le cadeau, tout en le feuilletant devant les caméras. (voir vidéo ci-dessous) On doit aussi reconnaître l’incroyable sens de l’autocritique de l’écrivain. Malgré les éloges de partout, il a lui-même à un moment donné, sévèrement critiqué Les veines ouvertes de l’Amérique latine qu’il a estimé écrit trop jeune, à 31 ans, sans véritable formation, en référence à sa génération, politiquement très active à l’époque. L’actuel Garde des Sceaux, ministre français de la Justice Christiane Taubira le qualifie d’esprit rebelle. #EduardoGaleano esprit rebelle savant des mystères de cette Amérique latine amérindienne métisse et noire, aun canta a la luna y al sol ChT — Christiane Taubira (@ChTaubira) 13 Avril 2015 Après avoir perdu Carlos Fuentes en 2012, Elena Poniatowska en 2013, Gabriel Garcia Marquez en 2014, la littérature latino-américaine vient de perdre un autre parmi de ses plus célèbres auteurs. Il est presque impossible de le décrire à bien des égards, car il restera une figure inclassable. Edouardo Galeano, brillant homme de gauche, amoureux de l’Amérique latine et de ses habitants. Nous pouvons tout simplement le remercier pour son combat idéologique. Des idées qui ont également survolé le «phénomène Haïti». Haïti, ce pays qui continue à expier son pêché de dignité. N’importe quelle encyclopédie te dira que le premier pays d’Amérique devenu indépendant c’étaient les Etats-Unis. Ces Etats-Unis là comptaient 650 000 esclaves qui ont continué à l’être durant cent ans. La première Constitution établissait d’ailleurs qu’un « noir équivaut aux trois cinquièmes d’une personne ». Interroge n’importe quelle encyclopédie pour savoir quel pays a, le premier, aboli l’esclavage, t’auras toujours la même réponse, l’Angleterre. Sauf que ce pays ce n’est pas l’Angleterre, mais Haïti, un pays qui continue à expier ce pêché de dignité. Les esclaves noirs d’Haïti ont mis en déroute les glorieuses armées de Napoléon Bonaparte, une humiliation que l’Europe ne leur a jamais pardonnée. Durant un siècle et demi, Haïti, coupable de sa liberté, fut obligée de payer à la France une indemnisation gigantesque. Mais cela n’a pas suffi : cette insolence nègre continue de contrarier les âmes blanches. De tout cela, nous ne savons peu ou rien. Haïti est un pays invisible. Il n’est devenu visible que quand le tremblement de terre de 2010 a tué 200 000 haïtiens. Il faut le répéter jusqu’à ce que les sourds l’entendent : Haïti est le pays fondateur de l’indépendance de l’Amérique et le premier au monde qui a banni l’esclavage. Il mérite bien plus que la notoriété due aux disgrâces. Actuellement, les armées de différents pays, dont le mien, occupent Haïti. Comment justifie-t-on cette invasion militaire ? Haïti menacerait la sécurité internationale ? Rien de nouveau. Tout au long du 19e siècle, Haïti a déjà été une menace pour la sécurité des pays qui continuaient à pratiquer l’esclavage. D’après Thomas Jefferson [troisième président des États-Unis, de 1801 à 1809, ndr], c’est d’Haïti que provenait la peste de la rébellion. En Caroline du Sud, on incarcérait tout marin Noir d’un bateau à quai, à cause du risque de contagion de la peste antiesclavagiste. Au Brésil, cette peste on l’appelait « haïtianisme ». Au 20e siècle, Haïti fut envahie car c’était un pays « peu sûr pour ses créanciers étrangers ». Les marines ont commencé par prendre le contrôle des douanes et par livrer à la City Bank de New York la Banque nationale d’Haïti. Et ils y sont restés pendant 19 ans. Le passage de la frontière entre la République Dominicaine et Haïti est surnommé ‘malpas’ « la mauvaise passe ». S’agit-il par ce nom de mettre en garde ? Tu t’apprêtes à entrer dans un monde noir, de magie noire, de sorcellerie… Le Voodoo, importé d’Afrique par les esclaves a pris racine à Haïti. On prétend que ce n’est pas une religion. Pour les propriétaires de la Civilisation, le Voodoo est une affaire de Nègres : ignorance, arriération, pure superstition. Pourtant, l’Eglise catholique ne manque pas de fidèles capables de vendre les ongles des saints et les plumes des archanges ! Depuis quelques années, ce sont les sectes évangéliques qui se chargent de combattre la superstition en Haïti. Elles viennent des Etats-Unis, un pays où il n’y a jamais de 13eétage, dont les avions n’ont pas de rangée numéro 13, et habité par des chrétiens civilisés qui croient que Dieu a fait le monde en une semaine. Dans ce pays, le prédicateur évangélique Pat Robertson avait expliqué le tremblement de terre de 2010 par le fait que les Noirs auraient arraché l’indépendance à la France à partir d’une cérémonie Voodoo durant laquelle, cachés au fond de la forêt, ils auraient invoqué l’aide du Diable. Le tremblement de terre ne serait que le prix de son aide ! L’occupation, qui dure depuis sept ans, coûte aux Nations Unies plus de 800 millions de dollars par an. Si ces sommes allaient à la coopération technique et à la solidarité sociale, ce serait une bonne impulsion pour l’énergie créatrice d’Haïti. Haïti se sauverait ainsi de ses sauveurs armés qui ont une certaine tendance à violer, tuer et propager des maladies mortelles. Haïti n’a pas besoin qu’on vienne multiplier ses calamités. Elle n’a pas besoin non plus de la charité. Comme le dit un vieux proverbe africain, la main qui donne est toujours au dessus de celle qui reçoit. Elle a besoin de solidarité, de médecins, d’écoles, d’hôpitaux, d’une véritable collaboration qui lui permettre de retrouver la souveraineté alimentaire assassinée par le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et autres philanthropes. Cette solidarité est notre gratitude, de nous, latino-américains, envers cette petite grande nation qui grâce à son exemple contagieux, nous a ouvert les portes de la liberté. [¹ Eduardo Galeano, Haïti, ce pays qui continue à expier son pêché de dignité] Je salue la mémoire de ce géant, au nom de ceux qui luttent aujourd’hui et d’autres qui ont lutté hier pour nous épargner du joug de la domination, de la servitude et du bourbier de l’esclavage, dès la création de ce modeste et pauvre petit pays. De ceux qui se battaient et qui continuent à se battre contre les injustices de ce monde cruel. Au nom de ceux qui ont osé brandir l’oriflamme de la Liberté, de l’Égalité (la vraie en droit) et de la Fraternité. Bon voyage à Galeano. Gloire à sa plume et à son esprit glorieux. Que sa belle âme puisse reposer en paix ! ¹ Extait d’un texte d’Eduardo Galeano paru dans dans Brecha, Montevideo, le 5 janvier 2012. Mis en ligne le 18 mars 2012 sous le titre : «Cette insolence nègre qui continue de contrarier les âmes blanches».- Publié sur Parole En Archipel le 16 septembre 2014 sous le titre : «Haïti, ce pays qui continue à expier Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans
Les masques du style : l'évolution des identités sociales de l'ère victorienne à aujourd'hui
À l’époque victorienne, le terme « gentleman » ne désignait pas simplement le fruit du hasard de la naissance, mais incarnait un véritable art de vivre, une philosophie du quotidien. Certes, la naissance au sein d’une certaine famille pouvait constituer une condition préalable, mais être un véritable gentleman allait bien au-delà de ce simple critère. Il s’agissait de se conformer à un mode de vie spécifique, d’acquérir une éducation raffinée, de cultiver des manières distinguées, de porter des vêtements élégants, d’adopter des distractions bien choisies et de résider dans une demeure cossue, richement meublée. En somme, le gentleman devait constamment veiller à afficher cette « supériorité » inhérente à sa classe prétendument bien élevée, une supériorité qui se devait d’être non seulement vue, mais aussi ressentie. À cette époque, chaque classe sociale – qu’il s’agisse des marchands ou des paysans – cultivait son propre mode de vie, un ensemble complexe d’éléments distinctifs allant de l’habitation à la profession, en passant par le langage, l’habillement, les manières, et même les pratiques religieuses. Ces modes de vie formaient des identités sociales clairement définies, ancrées dans un contexte de rigidité hiérarchique. Aujourd’hui, cette conception du style de vie a évolué. Le mode de vie n’est plus une simple émanation de la position sociale, ni une manifestation rigide d’une appartenance de classe. Les classes sociales elles-mêmes se sont fragmentées en une multitude d’unités plus petites, où les facteurs économiques perdent de leur pertinence exclusive. De nos jours, ce n’est plus seulement l’appartenance à telle ou telle classe qui définit le style de vie d’un individu, mais plutôt les affiliations qu’il forge avec divers groupes sociaux. Prenons le cas du Québec : un étudiant issu de la classe ouvrière et un autre provenant de la bourgeoisie peuvent partager les mêmes bancs dans des institutions comme l’Université de Montréal, l’UQAM, McGill, ou HEC, tout en restant profondément ancrés dans leurs milieux d’origine. Bien qu’ils évoluent côte à côte, leurs styles de vie restent influencés par leur appartenance à des sous-groupes distincts. L’ère moderne, caractérisée par une prolifération incroyable de sous-cultures et de sectes au sein de la société, a entraîné une explosion tout aussi phénoménale de styles de vie diversifiés. Un étranger propulsé dans une société comme celle du Canada ou des États-Unis se trouve face à une myriade de choix. Le problème fondamental qui se pose est alors celui du choix du mode de vie, un choix aux implications psychologiques profondes, car il détermine l’avenir de l’individu en lui imposant un ordre, une série de principes ou de critères qui guident ses décisions quotidiennes. Cette multiplicité des choix se manifeste clairement dans les situations ordinaires, telles que l’aménagement d’un appartement. Lorsque quelqu’un décide de meubler son intérieur, il est confronté à un éventail infini de possibilités, des centaines de meubles dans une variété de tailles et de styles. Ce processus de sélection, qui peut sembler anodin, est en réalité un enchaînement d’investigations et de décisions qui, bien qu’il puisse être inconscient, est lourd de conséquences. Chaque choix effectué, qu’il s’agisse d’une table, d’une lampe ou de chaises, est conditionné par les décisions précédentes, créant ainsi une continuité dans la recherche d’un style personnel. Cette quête de cohérence n’est pas limitée à l’ameublement, elle s’étend à tous les aspects de la vie, de l’élaboration des opinions à la sélection des amis, en passant par la construction d’un vocabulaire et la définition d’une échelle de valeurs. Le « gentleman moderne », avec son col boutonné, ses chaussures à bout carré et son attaché-case, incarne cette continuité dans le choix du style de vie. Par son allure dynamique et son expression déterminée, il cherche à se rapprocher de l’image archétypale du cadre. Il sait, par une intuition affinée ou une observation des autres membres de la société, que certains vêtements, attitudes, manières de parler et opinions s’accordent entre eux, tandis que d’autres détonnent. Cette connaissance, qu’il en soit conscient ou non, conditionne toutes ses actions. À l’opposé, le rastafari, avec ses vêtements décontractés aux couleurs de la Jamaïque, ses dreadlocks et ses chaussures ouvertes, incarne un mode de vie distinct, éloigné du tumulte et du stress de la vie moderne. Ce style de vie, tout comme celui du gentleman, est guidé par une quête de cohérence et d’intégrité. Le rastafari, en cultivant son image, rejette toute forme de distinction qui pourrait briser l’authenticité de son personnage. Pour lui, comme pour le gentleman, le style de vie est bien plus qu’une simple apparence; il est une expression profonde de l’identité et de l’appartenance à un groupe, un fil conducteur qui lie chaque choix, chaque action, dans une quête ininterrompue d’harmonie avec soi-même et avec Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans
Quand la passion devient destin : l’écriture comme ultime exutoire
Le monde est en proie à un profond malaise, un mal-être qui semble provenir d’une incertitude quant à sa destination, ou peut-être d’une sombre intuition : si nous savions où il allait, ce serait pour découvrir que nous nous dirigeons vers la catastrophe. Mais qu’est-ce que le malheur ? Peut-on vraiment, par la seule force du raisonnement, comprendre comment il se lie au bonheur ? Il est à craindre que non. Pourtant, une forme de bonheur, un bonheur essentiel, réside dans la lecture. La lecture, tout comme l’écriture, se manifeste souvent comme une éruption, une évasion, une pratique qui dépasse l’apprentissage ou le simple récit pour devenir un exutoire, un moyen d’exorciser nos démons intérieurs. Lorsque vous vous asseyez pour écrire, vous ressentez un soulagement. L’auteur qui voit l’encre se répandre sur la page blanche éprouve le désir irrésistible de partager ce qui n’était, au départ, qu’un instinct d’écriture. Cet instinct devient rapidement une urgence, et cette urgence se transforme en une nécessité. Mais l’écriture, bien plus qu’un métier, est avant tout une passion, qu’elle soit pratiquée à travers un blog, un magazine ou un livre. Pour ceux qui aspirent à en faire leur profession, la question se pose toujours : comment concilier cette passion avec la réalité économique ? C’est là que réside l’une des plus grandes contradictions : transformer l’acte d’écrire en une profession. À quelques exceptions près, écrire ne signifie pas que l’on pourra vivre de sa plume. La plupart des écrivains doivent chercher d’autres sources de revenus, en donnant des cours, en animant des conférences, ou en travaillant dans le journalisme. Et si l’on décide de prendre ce risque, il devient impératif de consolider l’écriture entre le temps de créer, de construire une image, et celui de publier. Cependant, les impératifs financiers ne peuvent attendre ; si vous devez travailler dans un secteur non lié à l’écriture, il est possible que vous disposiez de peu de temps pour ce qui est pourtant essentiel à vos yeux. La question “Vivez-vous de votre plume ?” est celle que chaque auteur entend le plus souvent. Pourtant, en jonglant avec les factures mensuelles, on se demande comment les écrivains parviennent à vivre de leur art, surtout dans des pays où la lecture n’est pas une pratique courante. En moyenne, l’auteur reçoit environ 10 % du prix de vente de chaque livre, le reste étant réparti entre l’éditeur, qui supporte tous les coûts liés à l’édition, la publication et la promotion, le distributeur et le libraire. Le problème ne réside pas seulement dans le faible nombre de lecteurs, mais aussi dans l’impossibilité de faire de l’écriture une profession viable, un dilemme qui a toujours imprégné la littérature, lui conférant parfois un charme particulier. Il suffit de penser à Jack Kerouac et ses amis dans Sur la route ou à Henry Miller dans Tropique du Cancer, tous deux figures de bohèmes misérables. L’urgence des grandes villes, cette vie qui nous oblige à posséder une maison, une voiture, impose une dure réalité à tout le monde, y compris aux écrivains. Il semble qu’un signal constant nous murmure que l’écriture n’en vaut pas la peine. Le monde n’a pas besoin de littérature, et il ne vous aidera pas à écrire. Virginia Woolf l’a exprimé ainsi : « Écrire une œuvre géniale est presque toujours un exploit d’une prodigieuse difficulté. Tout semble s’opposer à ce que l’œuvre sorte entière et achevée du cerveau de l’écrivain. Les circonstances matérielles lui sont, en général, hostiles. Des chiens aboient, des gens viennent interrompre le travail ; il faut gagner de l’argent ; la santé s’altère. De plus, l’indifférence bien connue du monde aggrave ces difficultés et les rend plus pénibles. Le monde ne demande pas aux gens d’écrire des poèmes, des romans ou des histoires ; il n’a aucun besoin de ces choses. Peu lui importe que Flaubert trouve le mot juste ou que Carlyle vérifie scrupuleusement tel ou tel événement. Et, bien entendu, il ne paie point ce dont il n’a cure. C’est pourquoi l’écrivain, qu’il soit Keats, Flaubert ou Carlyle, est atteint de toutes les formes de déséquilibre et de découragement, et cela surtout pendant les années fécondes de la jeunesse. Une malédiction, un cri de douleur s’élève de leurs livres d’analyses et de confession. « Grands poètes dans la misère », tel est le refrain de leur chant. Si, en dépit de toutes ces difficultés, quelque chose naît, c’est miracle ; et sans doute aucun livre ne vient-il au jour aussi pur et aussi achevé qu’il fut conçu. » (Une chambre à soi, Ed. Denoël 1977). L’exemple de Malarky, le premier roman de la Canadienne Anakana Schofield, en est une illustration frappante. Publié au Canada, puis au Royaume-Uni, ce livre lui a valu une avance de 6 500 £ de son éditeur. Cela peut sembler beaucoup, mais il lui a fallu douze années d’efforts acharnés pour l’écrire. Cet argent peut-il réellement compenser une décennie de travail non rémunéré ? À cette question, son éditeur a simplement répondu : “Vous avez de la chance d’être publiée”, soulignant ainsi la rareté et la chance qu’un éditeur ait pris un pari sur elle. L’écriture ne peut donc être qu’une affaire de passion. Sinon, quelle est cette folie qui pousse à travailler gratuitement, à dépenser son énergie jusqu’à la dernière goutte ? Il est indéniable que, dans notre culture dominée par les réseaux sociaux, un besoin constant de partager nos opinions a provoqué un véritable boom de l’écriture. Les ateliers littéraires, les groupes, et les cours se multiplient ; de nombreuses personnes veulent désormais créer un blog ou publier un livre pour raconter leurs histoires. Certains parviennent même à gagner des milliers de dollars dans cette blogosphère mondiale. Mais au-delà de toutes ces difficultés, persistent ceux qui préservent la valeur des mots, animés par une urgence presque surnaturelle. Ce que vous choisissez de faire doit vous passionner, sinon vous n’aurez pas la motivation nécessaire pour le mener à bien. Steve Jobs, figure majeure de l’électronique grand public et souvent qualifié de visionnaire, croyait que la passion était un élément déterminant du succès. Dans son discours d’ouverture à l’université de Stanford en 2005, qui a été visionné des millions de fois, il a déclaré : « Vous devez trouver ce que vous aimez. Et ce qui est vrai pour votre travail, l’est aussi pour vos amours. Votre travail va remplir une large partie de votre vie, et l’unique façon d’être vraiment satisfait est de faire ce que vous croyez être du bon travail. Et l’unique façon de faire du bon travail est d’aimer ce que vous faites. Si vous n’avez pas encore trouvé, continuez à chercher. Ne laissez pas tomber. Comme toutes les questions de cœur, vous saurez quand vous aurez trouvé. » C’est probablement le meilleur conseil de carrière que l’on puisse donner à de jeunes gens. Mais Steve Jobs lui-même n’a pas suivi son propre conseil. S’il avait suivi sa passion pour le mysticisme oriental plutôt que de fonder Apple, il aurait probablement été l’un des enseignants les plus populaires du Zen Center. La lecture et l’écriture sont des pratiques cathartiques, bien plus abordables qu’une thérapie. Elles apportent une intégrité, un sens à une vie et un monde en crise. Si vous écrivez uniquement pour décrocher un prix ou une distinction, ou parce que vous avez rêvé d’être écrivain enfant, votre motivation n’est pas suffisante. Cela dit, je ne saurais vous décourager : si vous souhaitez écrire, que ce soit par le biais d’un blog, d’un magazine o Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans et 1 mois
La démocratie politique haïtienne, du bipartisme au multipartisme
La démocratie haïtienne est née le 27 décembre 1806, avec la nouvelle constitution d’Alexandre Pétion et de Jean-Pierre Boyer, la troisième à l’Assemblée constitutionnelle.¹ Elle fut la première à lancer les bases d’une société dans laquelle le peuple devait exercer sa souveraineté.² Cette démocratie s’est enrichie en 1876 du bipartisme,³ suite à une polarisation régionaliste Nord et Sud. Du bipartisme politique haïtien, on relevait les partis Libéral et National. La structuration de ces deux partis politiques et leur intégration dans la réalité sociopolitique étaient de faciliter le développement social et économique du pays. Le parti Libéral et républicain était composé d’industriels. Ce parti était favorable à une limitation du pouvoir dans le temps et dans l’espace. Il avait pour devise le pouvoir au plus capable et croyait que le développement d’Haïti devait passer avant tout par l’industrialisation. Pour ce parti, on n’ira nulle part si le peuple ne peut produire par exemple, ses propres souliers et ses propres chemises. Son esprit républicain rejetait les mandats à vie qui ont fortement marqué le pays depuis 1804. Il entendait détenir le monopole du commerce extérieur et souhaitait que les directives économiques et financières fussent endogènes et non exogènes, tout en promouvant le développement industriel. De son côté, le parti National aussi républicain, mais légaliste et agricole avait pour devise le plus grand bien, au plus grand nombre. Ce parti croyait que seule l’agriculture pouvait conduire, Haïti «essentiellement agricole», au chemin du développement. Il réclamait une limitation spatio-temporelle du pouvoir et n’était pas favorable à l’ingérence étrangère dans les affaires économiques et financières du pays. Le parti National revendiquait le règne de la loi, le respect sacro-saint des prescrits juridiques de la constitution et le développement de l’agriculture pour répondre aux multiples besoins des Haïtiens. L’historien Dantès Bellegarde, dans L’histoire du peuple haïtien[4], écrit : Un programme politique ne vaut en Haïti que par l’homme qui le propose. Le plus souvent, on n’en demande pas au chef de parti ses idées : son nom suffit ou la couleur de sa peau, ou le lieu de sa naissance. Mais si l’on souhaite adapter leurs stratégies à la réalité d’aujourd’hui. Par une étude comparative des partis Libéral et National, on pourrait estimer l’option libérale plus rationnelle, plus efficace et même efficiente ; étant donné que les transformations sociales, techniques et économiques du présent sont des variables dépendantes de l’industrialisation. Le multipartisme Suite au départ de Jean-Claude Duvalier pour la France le 7 février 1986, on a assisté à une prolifération de partis politiques en Haïti. Le pays est passé du bipartisme qui a précédé les périodes de grandes instabilités politiques, (la grande lutte de Boyer pour la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti, la difficulté de construction de l’unité nationale, l’occupation américaine et la dictature des Duvalier) au multipartisme. Profitant du climat de «bamboche démocratique» décrété par le Conseil National de gouvernement, le CNG d’Henri Namphy, plusieurs Haïtiens présents à la capitale ou venant de la diaspora s’improvisent carrément en leaders politiques. Le refrain à l’honneur était: changement, démocratie et Haïti libérée. Profitant d’une ère d’attentisme politique, de populisme et d’opportunisme, plusieurs leaders et «pseudo-leaders», connus et inconnus, se veulent marchands d’illusions et multiplient leurs promesses fallacieuses à un «peuple bon enfant». Parmi les multiples partis politiques de l’après Duvalier, on peut citer les plus importants, comme : le PAIN de Louis Déjoie II, le PSCH Parti Social Chrétien haïtien du professeur Grégoire Eugène, le Konakom du Professeur Victor Benoit, le PUCH Parti unifié des communistes haïtiens de René Théodore assisté de Marx Bourjolly, le RDNP Rassemblement des démocrates nationalistes et progressistes du professeur Leslie Manigat, la MDN Mobilisation pour le Développement national du professeur Hubert De Ronceray, le PDCH Parti démocrate chrétien d’Haïti du pasteur Sylvio Claude, le MIDH Mouvement pour l’Instauration de la Démocratie en Haïti de Louis Marc Bazin et le FNCD Front national pour le changement et la démocratie du prêtre Jean Bertrand Aristide.[5] Aujourd’hui les partis politiques en Haïti pullulent, ils sont plus de 180 Partis, (plus fictifs que réels) groupements et regroupements inscrits officiellement au Conseil électoral provisoire (CEP) pour participer à la joute électorale de cette année. Les politiciens haïtiens, ont-ils la volonté de faire rivaliser Haïti à la République démocratique du Congo, qui elle bat le record dans le monde, avec 477 partis politiques officiellement agréés ?[6] Parlant d’élections, qu’en est-il réellement ? Elles devaient avoir lieu au cours de l’année 2013 pour renouveler le tiers du Sénat de façon à maintenir fonctionnel le Parlement en 2014. La non-tenue des élections législatives depuis l’arrivée au pouvoir du musicien Michel Martelly fait état de la grande faiblesse de l’État, de l’incompétence démocratique de son équipe et une plus grave violation de la Constitution. Elle traduit également une absence de programme politique de son parti Repons Peyizan (Parti Réponse Paysanne) aujourd’hui Parti Ayisyen Tèt Kale (Parti Haïtien Crâne Rasée, le PHTK) que beaucoup de secteurs avaient dénoncée au départ. À l’analyse, la majorité des partis politiques haïtiens n’a pas de programme politique. Si le programme politique appelé encore projet de société où une plate-forme électorale est la boussole, la carte de voyage, le fil conducteur, on comprend qu’il s’avère d’une impérieuse nécessité. À moins qu’on veuille promouvoir la logique de l’improvisation propre aux démagogues invétérés. Au lieu de former un front uni ou un rassemblement, plusieurs Haïtiens, porteurs du virus de la candidature, s’autoproclament en leaders politiques et s’estiment détenir le pouvoir nécessaire pour sauver Haïti de son tunnel. Yes we can ! Dans ce dédale de labyrinthes indescriptibles, certains de ces «pseudo-leaders» aidés par des cercles douteux, professent un activisme de mauvais aloi et néfaste pour la bonne marche du pays et de son économie. Ils forment des groupuscules et des mouvements de protestations qui réclament toujours et toujours le départ immédiat de n’importe quel président élu et de gouvernement démocratique. Refusant toutes négociations pouvant mener à des résolutions à l’amiable aux multiples crises politiques qui empêchent au pays d’avancer sur le chemin du progrès. Ce sont des adversaires radicaux qui créent toujours le chaos et le désarroi marqué par des manifestations qui sont tout sauf pacifiques, dans les quatre coins du pays. Le commerce, l’industrie et le tourisme se trouvent atrophiés. Les investisseurs dégoûtés se dirigent donc vers la République dominicaine. À l’acquis démocratique de la liberté de réunion et d’association à des fins politiques de l’article 31, alinéas 1, 2 et 3 de la Constitution haïtienne, il y a ce multipartisme qui regroupeprès de 200 partis politiques inscrits au dernier décompte[7]. Cependant l’alternance politique c’est-à-dire la succession de partis idéologiquement opposés avec un projet de société et de développement durable relève du rêve, du fantasme et de l’utopie. Notes [1] La fondation de la république d’Haïti par Alexandre Pétion, (F. Dalentour, p. 56-87) [2] Le sens d’une large démocratie (B. Ardouin t.6, p. 430-433) [3] Corvington,Georgese «Port-au-Prince au cours des ans» [4] L’histoire du peuple haïtien, écrit aux (D. Bellegarde, p. 188-189) [5] Partis et Coalitions Politiques en Haïti – Haïti-Reference [6] RDC Actu : 477 partis et une trentaine de regroupements politiques agréés [7] Le Nouvelliste Haiti – Plus de 180 partis et regroupements Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans et 1 mois
La République dominicaine ou le mépris du bon sens et du droit international
La Communauté des États de la Caraïbe (Caricom) vient de décider de suspendre pour une seconde fois le traitement de la demande d’adhésion de la République dominicaine à l’organisation. Cette décision intervient à la suite de celle de la Cour constitutionnelle dominicaine de révoquer la citoyenneté et d’expatrier plus de 250 000 Dominicains notamment ceux nés de parents haïtiens à partir de 1929. Cette décision de la Caricom, prise non sans retard, sanctionne une victoire diplomatique pour Haïti dans une escalade qui n’est, semble-t-il, pas prête à prendre fin. En effet, malgré les déclarations dénonçant ce choix antidémocratique venant des organisations de droits humains, comme le Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) ou des personnalités importantes comme le prix Nobel Mario Vargas Llosa (y compris l’écrivaine Edwidge Danticat, la journaliste Michèle Montas et le philosophe américain Noam Chomsky), les dirigeants dominicains persistent et signent dans une loi qui va à l’encontre du très républicain principe du droit du sol et du jugement de 2005 prononcé par la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) lui demandant d’adapter ses pratiques d’immigration aux dispositions de la Convention interaméricaine relative aux droits de l’homme. Ainsi, méprisant le bon sens et le droit international, les soldats dominicains ont commencé leur rafle après l’adoption par la Cour constitutionnelle dominicaine de l’arrêt TC/0168/13, le 23 septembre 2013. Ce qui n’est pas sans rappeler (il y a 78 ans de cela) le lent début du massacre de 35 000 Haïtiens inspiré par le dictateur dominicain Rafael Leonidas Trujillo, 3 ans après l’occupation « manu militari » américaine d’Haïti. Si on prétend que certains Dominicains d’ascendance haïtienne ont volontairement pris le chemin du retour, il n’en est pas moins évident qu’ils ont été arbitrairement refoulés par l’armée dominicaine. Comment parler de retour quand la majorité n’a jamais été en Haïti, ne parlant ni français, ni créole-haïtien ? Pourquoi ne pas parler plutôt d’injustice ou de barbarie ? Une fois encore, les autorités dominicaines prouvent qu’elles ont beaucoup fait. Elles ont si et tant fait pour attiser la haine entre deux peuples et détériorer les relations bilatérales avec un pays qui, raison historique oblige, a accepté de lui partager l’île Quisqueya. Malgré tout, beaucoup d’Haïtiens et Dominicains refusent d’être unis dans l’horreur imposée, car la haine pour plusieurs est le produit de petits esprits obscurcis. Comme en témoigne cette photo de médecins dominicains et haïtiens exerçant ensemble leur métier en République dominicaine et qui disent NON à toutes formes de barbarie, où qu’elles se trouvent. Pour un espoir de paix et de vivre ensemble sur l’île Boyo. Les personnes au pouvoir en République dominicaine persistent et signent, elles refusent effrontément de laisser à des hommes, des femmes et des enfants de vivre dans leur propre pays, à l’endroit même ils prononcèrent pour la première fois : « Nous sommes chez nous ». Ce qui nourrit dans l’immédiat la barbarie ultranationaliste dominicaine en la renforçant graduellement, c’est l’arrêt TC/0168/13 de la Cour de constitutionnelle. Le 11 février 2015, un mois, après la Marche républicaine à Paris en réaction à l’attentat de Charlie Hebdo, le cadavre de Harry Claude Jean a été retrouvé. Ce jeune Haïtien d’une vingtaine d’années est pourtant reconnu par les gens de la localité d’Ercilia Pepin comme étant quelqu’un de paisible qui cirait des chaussures. Il a été roué de coups et poignardé avant d’être pendu, pieds et poings liés sur une place publique à Santiago, deuxième ville de la République dominicaine. Le même mois, un autre Haïtien a été décapité. Ces meurtres qui ne sont pas les seuls qui accompagnent les manifestations anti-haïtiennes en République dominicaine, où l’on peut apercevoir des individus brûler le drapeau haïtien, sont aussi des résultats de la décision de la Cour constitutionnelle dominicaine, qui a statué que les personnes nées en République dominicaine entre 1929 et 2010 de parents étrangers (précisément les Haïtiens) ayant émigré dans le pays n’auraient jamais dû recevoir la nationalité dominicaine et que celle-ci devait leur être retirée. Au point où des journalistes et défenseurs de droits civiques dominicains qui dénoncent fermement la discrimination envers leurs compatriotes Dominicains d’ascendance haïtienne (traités de traîtres à la patrie) ont signalé plusieurs menaces de mort à Amnistie Internationale. Imaginez une seule seconde, des Afro-descendants, souvent victimes de racisme aux États-Unis se voient enlever d’une manière rétroactive leur nationalité américaine, pour devenir ipso facto « des apatrides » déportés vers l’Afrique, ailleurs dans des pays où ils n’ont jamais vécu. Décision qui pourrait changer le cours de l’histoire pour les enfants d’immigrants, et du fils de l’étudiant kényan devenu le premier président noir des Etats-Unis. Vous devez savoir aussi que dans cette affaire, il y a la question de la couleur de la peau et le racisme. En témoigne, l’affaire Wilson Sentimo, ce Dominicain expulsé par l’armée de son propre pays vers Haïti, avant de retrouver sa terre natale. C’est par la couleur de sa peau que Sentimo a été identifié par l’armée dominicaine. Comme quoi le Noir n’aurait jamais dû recevoir la nationalité dominicaine ? Parmi tant d’autres cas, il y a le cas de madame Deisy Toussaint, journaliste et ancienne fonctionnaire du gouvernement, née sur le territoire dominicain et y a fait ses études, elle non plus, n’est pas épargnée par l’arrêt totalitaire TC/0168/13. Voici une situation profondément bouleversante, qui malheureusement ne fait pas la manchette de nos médias. Finalement, cette décision de la Caricom de suspendre le traitement de la demande d’intégration de la République dominicaine à l’organisation est de bon augure pour l’espoir de tous celles et ceux qui défendent le respect des droits humains. Espoir, qui peut être aussi trompeur que vain, ne viendra pourtant pas résoudre le problème lié à la résurgence du sentiment anti-haïtien en République dominicaine. N’empêchera pas non plus aux ultranationalistes xénophobes de se couvrir de honte. © cré Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans et 2 mois
Traduire Wikipédia en créole? Il y a d'autres défis pour un ministre de l'Éducation en Haïti
Monsieur Nesmy Manigat, Le 21 février 2015, était à la fois une journée de deuil national pour chaque Haïtien et la journée internationale de la langue maternelle sous le thème « L’éducation inclusive grâce aux langues – les langues comptent ». En ce jour, j’attendais de la classe dirigeante haïtienne quelque chose qui dégagerait une politique éducative et linguistique consistante, élaborée entre le dire et le faire. Mais en lisant votre annonce dans HPN-Haïti, je me suis posé la question, à savoir: quand est-ce que le politicien haïtien cessera-t-il de faire violence à l’intelligence de sa population ? Je vous cite : « Le ministère de l’Éducation nationale va formellement mandater l’Académie du créole haïtien (ACH) et la Faculté linguistique appliquée (FLA), afin de procéder à la traduction de Wikipédia, cette encyclopédie internationale en créole. Un financement sera disponible pour ce projet ». Monsieur le ministre, Wikipédia c’est déjà plus de 4 675 000 articles en anglais, 1 573 000 articles en français, 1 145 000 articles en espagnol sans compter les autres langues, en activité depuis 14 ans. Je ne sais pas combien cette initiative va coûter à l’État haïtien, et je ne dis pas non plus qu’elle est mauvaise, mais avez-vous réellement l’intention d’investir l’argent des pauvres contribuables haïtiens dans un projet qui est loin d’être leur nécessité en ce moment ? Je ne vois pas la priorité, à l’heure des contraintes budgétaires de votre gouvernement qui se traduisent par des irrégularités démocratiques : une législation inadéquate, des normes et des pratiques sociales défavorables, des capacités organisationnelles faibles, un investissement public et une gestion très limitées de votre ministère. Sans parler des crises récurrentes telles que les désastres naturels dont vous êtes incapables de faire une bonne gestion, notamment le séisme du 12 janvier 2010 (5 ans après, des gens sont encore sous des tentes). Dans un pays déjà très appauvri, j’ai comme l’impression que vous voulez faire trop et finalement rien, en annonçant au hasard et sans discernement des projets accessoires. En ce moment précis, vous devez mettre la pédale douce. Je ne dis pas de réduire les dépenses (pas d’austérité, s’il vous plaît), mais d’en ralentir dans la moindre des choses, afin de lancer la croissance de ce pays une bonne fois pour toutes, par une saine gestion. Pire encore, il semblerait que vous n’avez personne dans votre entourage pour vous informer que la version de « Wikipédia en créole haïtien » existe déjà. Allons faire un petit tour ici. Pourquoi ne vous occupez-vous pas davantage des vrais enjeux et des énormes défis de votre ministère? Tels que : l’illettrisme qui touche près de la moitié de la population, l’offre et l’accès à l’éducation publique (seuls 20% de l’offre éducative vient de l’État), la qualification des maîtres et le décrochage scolaire qui constituent des handicaps majeurs pour le système éducatif haïtien. Les gens en ont marre de vos projets simplistes. Cette volonté de traduire tout et n’importe quoi me paraît inintelligente, quand on sait que Wikipédia, cette encyclopédie universelle et multilingue (287 langues) est de nature bénévole, ce qui sous-entend que le travail se fait depuis toujours sans obligation et gratuitement à partir de la participation de tout le monde. Qui plus est, l’édition de Wikipédia en créole haïtien (Wikipedya Ayisyen) a été fondée depuis août 2004, il y a 11 ans de cela. Elle compte aujourd’hui quelque 52 925 articles et 13 061 utilisateurs enregistrés. C’est l’une des rares versions de Wikipédia à être rédigée en langue haïtienne. Pourquoi projeter quelque chose qui existe déjà cher ministre ? En plein 21e siècle les principaux défis à relever dans l’immédiat pour un ministre de l’Éducation en Haïti, avec le maigre budget dont il dispose (autour de 10% du budget annuel en moyenne), à mon avis, devraient être de préférence : de garantir l’accès équitable à une éducation de qualité aux enfants les plus vulnérables, l’amélioration du niveau des services éducatifs, l’égalité des chances entre filles et garçons, le renforcement du secteur de la petite enfance, le renforcement des structures de gouvernance et de régulation du système éducatif. Parce que, voyez-vous cher ministre, si nous continuons à perpétuer les mêmes comédies, nous ne pouvons pas espérer des résultats dif Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans et 2 mois
Antihaïtianisme en Rép. Dom: Une lettre ouverte à Leonel Fernandez
Le mercredi 11 février 2015, le cadavre d’un jeune Haïtien, Henry Claude Jean, a été retrouvé, pendu à un arbre sur la place publique Ercilia […]Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans et 3 mois
Alain Génestar : « Nous ne sommes pas tous des Haïtiens »
Le 12 janvier 2010, à 16h53, la terre trembla en Haïti, et avec elle, l’histoire d’une nation tout entière se fissura, révélant au monde la douleur profonde et intemporelle d’un peuple trop souvent oublié. Cinq jours plus tard, un éditorial inoubliable et historique fut diffusé sur les ondes de Radio France Internationale (RFI), signé par Alain Génestar, ancien directeur de la rédaction de Paris Match. Intitulé « Nous ne sommes pas tous des Haïtiens », ce texte résonna comme un coup de poing dans la conscience collective, déchirant le voile de l’indifférence qui recouvre trop souvent les tragédies du Sud global. À l’approche du cinquième anniversaire de ce tremblement de terre, alors que les souvenirs commencent peut-être à s’estomper pour certains, il est crucial de revenir sur ces mots, de les réécouter avec une attention renouvelée, car ils portent en eux une vérité amère mais nécessaire. La puissance de cet éditorial réside dans sa capacité à transcender l’émotion éphémère pour atteindre une réflexion profonde sur les responsabilités historiques et morales que nous portons, en tant que citoyens du monde, envers ce petit pays des Caraïbes. L’Éditorial Nous ne sommes pas tous des Haïtiens « Que dire qui n’a pas été dit mille fois ? Mais pourquoi faudrait-il s’interdire de redire ce qui a déjà été dit ? À chaque fois qu’une catastrophe de l’ampleur de celle d’Haïti se produit, les analystes rivalisent dans leurs commentaires pour trouver des mots plus forts, pour exprimer des émotions plus sensibles les unes que les autres, pour rechercher des explications originales ou bien lancer des condamnations qui interpellent avec plus ou moins de talent la bonne conscience universelle. Mais parler d’une catastrophe aussi dramatique et bouleversante que celle qui frappe le peuple Haïtien, parler des morts, des blessés, des disparus, de toute cette misère n’est pas une affaire de style, ni un concours pour décrocher la palme d’or du commentaire le plus émouvant. D’autant que ces déluges verbaux ne débouchent sur rien, ne riment à rien sinon à satisfaire leurs auteurs. Écrire « Nous sommes tous des Haïtiens » après avoir écrit, il y a cinq ans au lendemain du tsunami, nous sommes tous des Thaïlandais ou des Sri Lankais est un mensonge. Non, nous ne sommes pas tous des Haïtiens, même si nous sommes sincèrement émus humainement c’est-à-dire en tant que frères de la même humanité. Mais nous ne sommes pas tous des Haïtiens, car dans quelques semaines, au mieux dans deux, trois mois, nous serons passés à autre chose, à une autre émotion, une nouvelle chassant l’autre. Il y aura même des prétendus experts en cause humanitaire qui nous expliqueront à coup sûr que finalement on en a beaucoup trop fait pour Haïti, qu’il y a trop d’argent et que de toute façon la corruption est telle que les fonds, nos dons, nos aides sont détournés. Car, c’est ainsi qu’on les traite, les damnés du monde. On les traite de corrupteurs, de corrompus comme si nous les riches, nous étions des petits saints. Comme si nous les riches, nous n’avions pas exploité, sucé jusqu’à la moelle leurs ressources, ni asservi tout au long de l’histoire leurs pères et leurs enfants. Comme si nous les riches, nous étions prêts à partager nos biens et nos fortunes. Prêts à les aider, non pas au lendemain d’une catastrophe aussi spectaculaire, mais avant, après, en permanence ! Alors, ce dont il faut parler aujourd’hui, sans effet de style, compte tenu de tout ce que nous savons, de tout ce que nous avons fait, de tout le mal dont nous avions été autrefois les auteurs puis plus tard les complices, ce n’est pas d’aides charitables, mais d’indemnités, de dédommagements. Nous ne sommes pas tous des Haïtiens. Nous sommes des Français, des Espagnols, des Américains qui doivent rembourser leurs dettes au peuple d’Haïti !!! » – Alain Génestar Ces mots, écrits par Génestar, résonnent encore aujourd’hui avec une intensité presque insoutenable. Ils dénoncent l’hypocrisie qui se cache souvent derrière les déclarations d’empathie mondiales, cette tendance à proclamer une solidarité éphémère tout en fermant les yeux sur les injustices structurelles qui perdurent depuis des siècles. Il ne s’agit pas simplement de réagir face à la catastrophe, mais de reconnaître les responsabilités historiques et de rendre justice à un peuple trop longtemps marginalisé. Cinq ans après ce tremblement de terre sans nom, l’appel d’Alain Génestar reste d’une actualité brûlante. Ce n’est pas seulement un éditorial, c’est un rappel à l’ordre, une invitation à dépasser les discours de circonstance pour s’engager véritablement dans un processus de réparation et de justice. À l’heure où Alain Génestar dirige Polka Magazine, un magazine trimestriel de photojournalisme qui propose un autre regard sur le monde à un rythme plus lent, il est essentiel de se rappeler que la véritable solidarité ne peut être ponctuelle. Elle doit être continue, ancrée dans une compréhension profonde des injustices passées et présentes. À l’approche de cet anniversaire tragique, je vous invite donc à réécouter cet éditorial, à en saisir la portée, et à réfléchir sur ce que signifie vraiment être solidaire avec Haïti, non seulement dans les moments de crise, mais aussi dans la longue r Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans et 3 mois
#JeSuisCharlie, parce que rien ne peut justifier un crime
Parfois, le silence est plus éloquent qu’un long discours, surtout dans le tumulte ambiant. En signe de solidarité avec Charlie Hebdo et la France, et plutôt qu’un long article, moi, aspirant dessinateur, je partage ce dessin accompagné de quelques mots sincères, venant du cœur. Douce France. Toi qui couds les déboires de l’humanité avec les crayons de tes fils restes belle… #JeSuisCharlie en solidarité, car rien ne saurait Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans et 3 mois
Haïti à l'aube d'un cataclysme politique
Cinq ans se sont écoulés depuis que le tremblement de terre dévastateur de janvier 2010 a ravagé Haïti, et pourtant, le pays semble toujours errer sans cap. Le premier ministre Laurent Lamothe a quitté ses fonctions, laissant la place à Evans Paul, ancien journaliste et figure éminente de la scène politique, en passe de le remplacer. Cet homme, présenté comme un citoyen au-dessus des clivages partisans, apparaît comme la dernière tentative du pouvoir pour apaiser une situation tendue, un pouvoir qui tente de désamorcer une crise alimentée par des élections législatives sans cesse repoussées. Mais qu’en est-il vraiment des élections promises ? Ces scrutins, initialement prévus en 2013 pour renouveler un tiers du Sénat et assurer ainsi le bon fonctionnement du Parlement en 2014, n’ont jamais eu lieu. En Haïti, la politique est loin d’être une science exacte, et les manipulations incessantes laissent penser que le pouvoir en place joue un jeu dangereux en refusant d’organiser les élections attendues. Sans élection, il n’y a pas de démocratie, et l’État ne fait que s’affaiblir davantage. Dans une démocratie bicéphale comme celle d’Haïti, le Parlement joue un rôle de régulateur indispensable face à l’exécutif. Le 12 janvier 2015, date symbolique coïncidant avec le cinquième anniversaire du séisme, marque également la fin du mandat du second tiers des sénateurs et le départ de la Chambre des députés. Sans Parlement, le président Martelly pourra gouverner par décret, ouvrant ainsi la voie à un potentiel séisme politique. L’absence de Parlement risque de plonger le pays dans une crise majeure, rappelant les tumultes de 2004. Sans contre-pouvoir, Martelly pourrait régner en maître absolu, allant jusqu’à amender frauduleusement la Constitution de 1987 sans avoir à rendre de comptes à quiconque. Le souvenir de l’ancien dictateur Duvalier, proche de Martelly jusqu’à sa mort, plane comme une ombre menaçante sur cette situation. Martelly a même tenté d’honorer Duvalier par des funérailles nationales, un geste qui aurait certainement amusé le défunt s’il voyait aujourd’hui les facilités avec lesquelles une nouvelle dictature pourrait émerger. Face à ce scénario inquiétant, l’opposition ne reste pas inactive. Des manifestations antigouvernementales se multiplient, réclamant la démission de Martelly pour éviter le pire. « Si le Parlement est caduc, Martelly devra partir aussi », avertit le président du Sénat, Dieuseul Simon Desras. Élections différées, démocratie bafouée L’incapacité du gouvernement à organiser les élections législatives met en lumière la faiblesse criante de l’État haïtien et l’incompétence flagrante de ceux qui le dirigent. Elle témoigne également d’une absence de vision politique, une carence déjà dénoncée par de nombreux observateurs dès le début du mandat de Martelly. Cette situation inquiétante annonce des jours sombres pour les citoyens haïtiens et devrait alerter la communauté internationale. Les promesses électorales non tenues et les décisions politiques inadaptées qui se sont succédé sous l’actuel gouvernement révèlent une absence d’expertise criante. Le président, autrefois chanteur populaire, semble désormais perdu, tâtonnant sans direction claire. Les changements de premiers ministres à répétition et les remaniements ministériels fréquents sont autant de signes d’un échec gouvernemental patent. L’incapacité à élaborer ou mettre en œuvre un projet de développement durable en est la preuve la plus éclatante. Compétence et pouvoir, un mariage impossible ? Au final, la compétence semble être devenue une variable négligeable. Ce qui importe réellement, c’est de s’entourer d’hommes capables de suivre la danse politique, de s’intégrer rapidement aux jeux de pouvoir, et d’oublier ensuite le « petit peuple ». Ceux qui détiennent les compétences nécessaires pour redresser la situation tardent à se faire entendre, tandis que les politiciens manœuvriers, sans scrupules, continuent de diriger le pays. La patience des Haïtiens est à bout. Depuis trop longtemps, les hommes qu’il faudrait à la tête de l’État ne sont jamais ceux qui y accèdent. Haïti, riche en ressources humaines et naturelles, ne manque que de politiciens ayant une réelle vision et un souci sincère du peuple. Les Haïtiens, sa Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans et 4 mois
Corruption : les rouages invisibles d’un système mondial compromis
. La corruption, cette hydre à multiples têtes, s’insinue dans les moindres recoins de nos sociétés, n’épargnant ni les nations les plus pauvres ni les plus puissantes. Selon l’Organisation des Nations Unies, elle érode les fondements mêmes des institutions démocratiques, retardant ainsi la croissance économique et semant les graines de l’instabilité gouvernementale. Ce fléau, souvent décrit comme le plus grand obstacle au progrès social et économique, cache derrière son apparence locale une réalité bien plus vaste et complexe. Chaque année, le 9 décembre, la Journée internationale de lutte contre la corruption résonne d’un appel global à l’action. Le thème « Briser la chaîne de la corruption », mené par le Programme de développement des Nations Unies et l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, invite la société civile mondiale à unir ses forces contre cette menace tentaculaire. Mais la véritable question est : comment démanteler un système dont les racines plongent si profondément dans l’ordre mondial établi ? Joseph Stiglitz, lauréat du prix Nobel d’économie, et James Wolfensohn, ancien président de la Banque mondiale, apportent un éclairage essentiel dans leurs œuvres respectives. Ils dévoilent une vérité souvent occultée : les nations économiquement avancées, malgré leur image de modèles de transparence, jouent un rôle crucial dans la perpétuation de la corruption dans les pays dits « Tiers-Monde ». Par le biais de leurs multinationales et Organismes non gouvernementaux, ces pays exportent des pratiques corrompues qui enchaînent les économies fragiles à un cycle sans fin de dépendance et de détournement des ressources locales. Derrière l’altruisme affiché se cache un réseau de connivences et de collusions qui exacerbe les inégalités et compromet le développement durable des nations émergentes. Cette réalité bouleverse notre compréhension habituelle de la corruption : ce n’est pas simplement un problème de gouvernance locale, mais bien une question de domination globale. Les experts soulignent avec force que la corruption est avant tout un phénomène politique. Elle s’enracine dans les structures de pouvoir, où elle prospère en toute impunité. Cette dimension politique explique pourquoi les formes mineures de corruption, bien qu’omniprésentes, ne représentent que la surface d’un iceberg bien plus vaste et menaçant. Pour réellement briser la chaîne de la corruption, il est impératif de s’attaquer à ses aspects les plus profonds : ceux qui sont fonctionnalistes, structuralistes et systémiques. Le rapport de l’Indice de corruption des pays exportateurs (ICPE) éclaire d’un jour nouveau ce phénomène en révélant que de nombreuses multinationales des pays industrialisés continuent de recourir aux pots-de-vin pour remporter des contrats à l’étranger. Cette pratique, loin d’être un simple incident isolé, est le reflet d’un système global où la corruption est non seulement tolérée, mais souvent institutionnalisée au service des intérêts économiques puissants. La corrélation entre corruption et mauvaise gouvernance est tout aussi frappante. L’exemple du Québec, avec la Commission Charbonneau, offre un aperçu des efforts déployés pour dévoiler et combattre la corruption institutionnalisée. Cette commission, chargée d’enquêter sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction, incarne une rare volonté politique de faire face à la réalité d’un système gangrené par la corruption. Toutefois, cette initiative louable ne doit pas masquer le fait que des mécanismes de contrôle similaires sont souvent inexistants dans d’autres juridictions, laissant la corruption prospérer en toute discrétion. Il est crucial de reconnaître que l’absence de telles mesures ailleurs ne signifie pas l’absence de corruption, mais plutôt un manque de volonté politique pour l’affronter. Par ailleurs, les firmes transnationales continuent de siphonner des milliards de dollars des pays pauvres et en développement, notamment par l’évasion fiscale et d’autres pratiques illicites. Ces flux financiers illicites, bien qu’insuffisamment documentés, aggravent la pauvreté et creusent encore davantage les inégalités mondiales. La corruption, dans ce contexte, ne se présente pas simplement comme une cause de pauvreté, mais comme une conséquence directe d’un système économique mondial profondément inégalitaire, où les richesses circulent de manière asymétrique, au détriment des populations les plus vulnérables. La carte de l’Indice de perception de la corruption (CPI) de Transparency International, bien qu’elle offre une vision globale, ne suffit pas à elle seule pour saisir l’ampleur du problème. Les réalités locales ne peuvent être pleinement comprises sans tenir compte des dynamiques mondiales qui alimentent la corruption. Les principales causes de la pauvreté dans les pays du « Tiers-Monde » ne se trouvent pas uniquement dans les pratiques locales corrompues, mais dans une corruption systémique enracinée dans la gouvernance mondiale. Les partis politiques corrompus, les paradis fiscaux, et les réseaux financiers opaques sont autant de rouages d’un système qui perpétue l’injustice économique. Le rapport annuel de Transparency International, publié le 2 décembre 2014, confirme cette sombre réalité : de nombreux pays en développement, malgré leur croissance économique, restent en proie à des niveaux élevés de corruption. Ce constat devrait nous inciter à repenser notre approche du problème. Si nous voulons sérieusement lutter contre la corruption, il est temps de porter notre regard là où il compte vraiment : sur les véritables sources de pouvoir et de richesse qui alimentent ce fléau. Il est impératif d’exiger une transparence totale non seulement des gouvernements locaux, mais aussi des institutions financières internationales, des multinationales, et des élites économiques. La lutte contre la corruption ne peut se limiter à des initiatives ponctuelles ou à des dénonciations isolées. Elle nécessite une approche holistique, une volonté politique inébranlable et une transparence totale à tous les niveaux de la société. Ce n’est qu’en adoptant une telle approche que nous pourrons véritablement briser la chaîne de la corruption et construire un monde plus juste et équitable pour tous. Classement Transparency International – 2014 1. Danemark 92 2. Nouvelle-Zélande 91 3. Finlande 89 4. Suède 87 5. Norvège 86, ex-aequo avec la Suisse 7. Singapour 84 8. Pays-Bas 83 9. Luxembourg 82 10. Canada 81 12. Allemagne 79 14. Grande-Bretagne 78 15. Japon 76 17. Etats-Unis 74 26. France 69 64. Turquie 45 69. Brésil 43 85. Inde 38 100. Chine 36 136. Russie 27 166. Erythrée 18, ex-aequo avec la Libye et l’Ouzbékistan 169. Turkménistan 17 170. Irak 16 171. Soudan du Sud 15 172. Afghanistan 12 173. Soudan 11 174. Corée du Nord 8, ex-aequo avec la Somalie Méthodologie: le rapport de Transparency classe 175 pays sur une échelle de 0 à 100, du plus corrompu au plus vertueux. Pour établir son indice, Transparency rassemble des avis d’experts au sein d’organisations telles que la Banque mondiale, la Banque africaine de Développement, la Fondation Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans et 4 mois
L'illusion de la race : déconstruire les mythes pour révéler notre humanité commune
Le documentaire en question se révèle être une exploration fascinante des origines communes de l’humanité, tout en mettant en lumière la diversité génétique et physique qui caractérise l’Homme moderne. À travers une série d’hypothèses étayées par des dates et des chiffres rigoureusement sélectionnés, l’émission offre une perspective instructive sur les racines de l’espèce humaine et les variations d’apparence qui en découlent. Jamy Gourmaud et Frédéric Courant, les présentateurs emblématiques du magazine scientifique C’est pas sorcier, s’attellent à déconstruire les notions de race humaine, tout en abordant le racisme qui y est souvent associé. Ils démontrent, séquence après séquence, que les différences liées à la pigmentation de la peau ne représentent qu’une infime partie du vaste programme génétique de l’Homme. Le concept de race, tel qu’il est couramment compris, se heurte aujourd’hui à une montagne de preuves scientifiques qui réfutent son fondement. La génétique moderne, en effet, a révélé l’illusion derrière ces catégories superficielles, en soulignant que l’ensemble de l’humanité appartient à une seule et même espèce, avec des variations mineures qui ne justifient en aucun cas les divisions raciales artificiellement créées. L’histoire de ce concept remonte à 1684, lorsque François Bernier fut le premier à proposer l’idée de quatre races d’hommes, une classification basée sur une méthode simpliste et géographique : chaque continent se voyait attribuer un type d’homme particulier. Cette approche rudimentaire, centrée principalement sur la couleur de la peau, a perduré au fil des siècles, alimentant des discours et des conflits racistes qui continuent d’empoisonner les relations entre les peuples. Cependant, la science moderne a pris un virage radical en rejetant ces anciennes classifications. Les découvertes en génétique ont montré que les populations humaines forment un seul et même groupe taxinomique, appartenant à une seule espèce. La diversité que nous observons – qu’elle soit liée à la couleur de la peau, à la texture des cheveux, ou à toute autre caractéristique physique – est le résultat de l’adaptation à divers environnements au cours de l’évolution, et non d’une division fondamentale de l’humanité en races distinctes. Alors que la science avance à grands pas pour dissiper ces mythes, une question demeure : si tous les humains sont effectivement frères, pouvons-nous vraiment considérer comme nos frères ceux qui persistent dans l’intolérance et le racisme ? Cette interrogation soulève des réflexions profondes sur la capacité de la société à évoluer, à transcender les préjugés hérités du passé, et à embrasser une vision du monde où la fraternité humaine n’est pas simplement une notion théorique, mais Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans et 4 mois
Michaëlle Jean n'a pas pour mission de représenter Haïti
Michaëlle Jean n’a pas la responsabilité de représenter Haïti, tout comme Obama n’a pas celle de représenter les Afro-Américains. La candidature de Mme Jean à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie pose question sur les frontières de l’identité. Ancienne gouverneure générale du Canada et première femme à diriger la communauté francophone, elle représente à la fois le Nord et le Sud. Pour certains, cela peut être perçu comme étant trop complexe, en Haïti comme ailleurs, et aller à l’encontre de leur vision figée de l’identité. Je voudrais faire un commentaire sur un paragraphe du journaliste haïtien Nelson Deshommes consacré à Michaëlle Jean : « Mais si vous croyez qu’elle va pouvoir panser toutes les plaies de son pays natal, ne l’applaudissez pas si vite. Je vous le dis très clairement, inutile de vous leurrer, elle ne sera pas à ce poste pour défendre uniquement les intérêts d’Haïti. Pas si simple que cela. Dois-je vous rappeler quand même que la francophonie compte désormais 80 États membres, dont 23 pays observateurs. Michaëlle Jean ne peut porter tous les fardeaux d’Haïti sur ses épaules. » La mission du secrétaire général de la Francophonie est décrite dans la Charte adoptée en 1997 comme ayant un caractère international. Le secrétaire général ne reçoit aucun ordre ou rémunération de la part de gouvernements ou d’autorités externes. C’est en travaillant pour la guérison de tous les pays francophones que Michaëlle Jean pourra aider à guérir son propre pays d’origine, Haïti. Cependant, il est important de noter que Mme Jean n’a pas de mandat pour représenter spécifiquement Haïti et ne pourra jamais être élue présidente en raison de la Constitution haïtienne adoptée en 1987 qui interdit la double nationalité. L’article 15 de la Constitution haïtienne stipule clairement que la double nationalité haïtienne et étrangère n’est pas autorisée. Examinons la situation… Bien que récemment, une version modifiée de la Constitution ait été promulguée par le président Michel Martelly, permettant aux Haïtiens de la diaspora de conserver leur citoyenneté haïtienne, ils ne peuvent toutefois pas exercer de pouvoir politique en Haïti. Cependant, ce document a été révisé et corrigé en collaboration avec les autres branches du pouvoir, en raison d’erreurs nombreuses découvertes dans le texte. L’État haïtien minimise les contributions de la diaspora, qui constitue une source potentielle de richesse pour le pays. La diaspora haïtienne regorge d’experts, de cadres, de professionnels et de personnes impliquées dans le bien-être social des pays d’accueil, il n’est pas nécessaire d’en faire la liste. Cependant, cette diaspora n’est considérée utile que dans d’autres pays. Selon une information de Radio-Canada, les transferts financiers de la diaspora haïtienne ont été estimés à plus de 1,8 milliard de dollars américains en seulement 2008, soit 20 % du PIB. Pourtant, le nationalisme dominant ne donne aucune chance ni aucun pouvoir à cette diaspora, constituée de près de quatre millions d’Haïtiens. D’un autre côté, il y a l’image mignonne de l’Haïtien qui fait briller son pays à l’étranger, que tout le monde adore, parce que cela touche fortement à la fierté. Et le gouvernement haïtien dans tout ça ? D’après le journal Haïti Liberté (disponible en téléchargement ici), le président Martelly, ancien chanteur, est accusé de gaspiller les fonds du Trésor national pour les besoins de sa famille et de ses amis à travers des dépenses coûteuses telles que des voyages à l’étranger, la location d’avions, l’achat de véhicules et des retraits irréguliers de la Banque centrale d’Haïti. Au cours de cette même publication, le sénateur du Nord, Moïse Jean-Charles, critique fermement le président Martelly. En tant qu’opposant du régime actuel, ce sénateur a été insulté et exposé à des gaz lacrymogènes par la police haïtienne lors d’une manifestation il y a quelques semaines. « Dans le passé, quand un président haïtien voyageait à l’étranger, l’État lui versait $5 000 US par jour pour ses frais », a dit le sénateur Jean-Charles à Haïti Liberté. « Aujourd’hui, le président Martelly a quadruplé ce per diem à $20 000 US par jour. Quand sa femme voyage avec lui, elle obtient $10 000 par jour; si ses enfants sont de la partie, ils obtiennent $7 500 par jour, chacun, et les autres personnes de son entourage obtiennent $4 000 par jour. » Le président haïtien et son Premier ministre, connus pour leur manque d’implication dans les activités cruciales pour le pays, ont décidé de ne pas participer au sommet de la Francophonie le 30 novembre pour soutenir l’Haïtienne d’origine. Ils ont choisi de déléguer des représentants à leur place. Cela montre leur absence de sérieux… Cependant, l’histoire retiendra que les Premiers ministres du Canada et du Québec, Stephen Harper et Philippe Couillard, se sont rendus à Dakar ensemble pour soutenir la candidature de Mme Jean. Michaëlle Jean élue pour quatre ans à la tête de l’OIF Michaëlle Jean a été élue pour une durée de quatre ans à la tête de la Francophonie pour poursuivre le travail accompli par M. Diouf. Après avoir exercé avec succès le poste d’envoyée spéciale de l’UNESCO pour Haïti, elle est maintenant à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie pour signer des accords internationaux. Elle peut nommer son personnel sans conflit d’intérêts et diriger les dépenses en faveur de tous les pays membres de la Francophonie, sans privilégier un pays ou un peuple en particulier. En tant que secrétaire générale de la Francophonie, elle doit servir tous les membres équitablement et je fais confiance à Mme Jean pour son impartialité et son sens de l’éthique, démontrés lorsqu’elle était journaliste et présentatrice à Radio-Canada. Michaëlle Jean ne privilégiera pas un pays membre en raison de ses liens personnels avec ce pays, qu’il soit d’adoption ou d’origine. Je sais que beaucoup d’Haïtiens peuvent le voir ainsi, tout comme beaucoup de Noirs l’ont pensé pour Obama. Cela ne fera pas d’elle une traîtresse, contrairement à ce que beaucoup pensent aujourd’hui à propos d’Obama. En tant que secrétaire générale de la Francophonie, son rôle est de présider le Conseil de coopération et de diriger l’organisation, qui comprend 80 États et gouvernements (57 membres et 23 observateurs). Elle est au service de toutes les personnes de ce monde, y compris les Haïtiens. Barack Obama, président des États-Unis ou des Afro-descendants ? Passons maintenant à Barack Obama, comme Nelson Deshommes souhaite en parler en citant Serge Katembera, un chroniqueur talentueux avec qui j’apprécie discuter en raison de son intelligence et de sa capacité à accueillir des idées, même les plus divergentes, ce qui peut parfois stimuler nos pensées. Je me rappelle mon dernier échange avec lui, où je lui ai répondu non, les Noirs ne sont pas des imbéciles, en réponse à son texte intitulé « Désolé, mais les Noirs sont des imbéciles ». Nelson Deshommes a également mentionné le mécontentement de notre ami Serge, qui s’est dit déçu après avoir été fan d’Obama à 22 ans. Je cite un extrait de ses propos : « Beaucoup d’Afro-Américains étaient en liesse pensant que le premier président noir des États-Unis d’Amérique allait travailler pour le bien-être de sa race. » Barack Obama est maintenant confronté à une évaluation sans précédent, pour un homme qui était une vedette populaire auprès des électeurs lorsqu’il a remporté l’élection en 2008. Les critiques sur ses contributions à la communauté noire continuent de pleuvoir. Depuis sa première élection, il y a eu un débat sur l’importance d’Obama pour les Afro-Américains et sa volonté de traiter les préoccupations de l’Amérique noire. Même en Afrique et en Haïti, certains attendaient leur part du gâteau simplement en raison de ses ascendances africaines. Cependant, alors que le président a clarifié son agenda pour tous les Américains, les critiques ont commencé à pleuvoir. Malgré cela, son impact sur la communauté noire est toujours considérable, même si certaines critiques soutiennent qu’il n’a pas fait suffisamment. Pendant son mandat, le président Obama a nommé 287 personnes, dont 55 Afro-Américains et 30 Latinos, surpassant largement ses prédécesseurs. Il a dépassé le président George W. Bush de 10 points de pourcentage et a même battu le président Bill Clinton, populaire auprès de la communauté noire, de deux points. Le travail du président ne s’arrête pas là. La Vice-amirale Michelle Howard, confirmée en tant que nouvelle vice-chef des opérations navales de la Marine, a également été la première femme noire à occuper ce poste sous la présidence d’Obama. Cela montre une volonté du président de promouvoir les compétences noires. Cependant, il reste beaucoup de travail à faire pour améliorer les relations entre les Américains noirs et les forces de l’ordre. Il n’y a que 59 ans que Rosa Parks a changé l’histoire des États-Unis. Avec la réforme de la santé de 2010, le président Obama a mis fin à des pratiques inefficaces en matière de subventions pour les banques. Depuis juillet 2010, les étudiants peuvent recevoir directement leurs prêts étudiants fédéraux du gouvernement, ce qui leur permet d’économiser 67 milliards de dollars sur dix ans. 36 milliards de ces économies seront consacrés au développement du programme Pell Grant pour les étudiants à faible revenu. Cette mesure permettra également aux jeunes Afro-Américains issus de familles à faible revenu de poursuivre leurs études. En 2009, Obama a également signé la loi sur la prévention des crimes de haine, incluant les crimes basés sur l’orientation sexuelle, la race et la religion. Bien que le président soit Afro-Américain, il n’est pas seulement le président de cette communauté. Il sert l’intérêt de tout le peuple américain. Il n’y a pas de races en réalité, car pour mettre fin au racisme, il faut reconnaître son absurdité et l’éliminer de nos pensées. Tout le monde appartient à la même race, la race humaine. Assigner une personne à un groupe en fonction de la couleur de sa peau est à mes yeux la définition même du racisme. Barack Obama a été élu pour diriger les États-Unis en tant que président, pas pour représenter un groupe de personnes de couleur. Il a réussi à redynamiser l’économie américaine et tous les citoyens, quelle que soit leur race, peuvent en bénéficier. Cependant, la politique est souvent complexe et les actes de racisme qui ont augmenté sont souvent destinés à piéger les gens. Barack Obama a répondu adéquatement à ces situations, comme à Ferguson et dans le procès de Zimmerman, où il a déclaré que c’était une tragédie. Il a également souligné la tristesse de se faire suspecter simplement en raison de la couleur de sa peau, ce qu’il a personnellement vécu. Cependant, les critiques de Barack Obama portent également sur sa politique en matière de drones et d’attaques ciblées contre les ennemis. Mais il faut se poser la question : quelles armes démocratiques peut-il utiliser pour se défendre face à toutes les menaces qui existent ? Avant de se faire une opinion, il est important de se baser sur des faits concrets. Je ne suis pas un fervent admirateur d’Obama, mais je tiens à analyser les éléments de manière impartiale. Les réalisations de Barack Obama méritent d’être reconnues. Il a pris les rênes du pays à un moment difficile, alors que l’économie était en crise à cause de la crise des subprimes et de la crise financière de 2008. Obama a mené à bien une réforme financière, une gestion économique efficace et une réforme de l’assurance maladie, qui vise à éliminer les inégalités en matière de soins de santé pour les Afro-Américains et les minorités. Selon l’administration Obama, plus de 8 millions de personnes de couleur bénéficieront de cette réforme. Le ministère de la Santé travaille activement pour sensibiliser les membres de ces groupes à cette loi importante. L’engagement environnemental de l’administration Obama pourrait être considéré comme historique s’il aboutit aux réformes souhaitées. Bien que peut-être imparfaites, ces réformes sont considérées comme des accomplissements concrets et des orientations judicieuses, tout comme la réforme de l’immigration. Cela en fait le plus grand réformateur des 50 dernières années, selon François Durpaire, un expert sur les États-Unis. Plus de 55 indicateurs clés montrent l’ampleur du travail accompli par le président actuel. Le plus significatif est la baisse du taux de chômage, passant de près de 10 % en 2008-2009 à environ 5 % en 2014. Il ne s’agit pas de propagande, mais de faits. Vous pouvez en lire plus sur cet article du Rolling Stone du 8 octobre 2014, écrit par Paul Krugman, économiste récompensé par le prix Nobel et connu pour être l’un des critiques d’Obama. Obama n’est pas le président des Noirs, mais de tous les Américains, y compris les Noirs. De même, Michaëlle Jean n’est pas secrétaire générale d’Haïti, mais de l’ensemble de la communauté francophone, incluant Haïti. Imaginez ce à quoi le monde pourrait ressembler si chaque président américain élu dirigeait le pays en fonction de sa race. N’espérons pas l’impossible En tant qu’Haïtiens, ne nous attendons pas à ce que Michaëlle Jean puisse réaliser des miracles pour notre pays. Évitons de nourrir les mêmes attentes que beaucoup de Noirs dans le monde entier à l’égard de Barack Obama. Elle n’est plus seulement la représentante spéciale de l’UNESCO pour Haïti, mais l’ambassadrice émérite de la communauté francophone dans son ensemble. Ce n’est pas à elle de compenser les carences du président Martelly. Si celui-ci refuse d’organiser des élections libres, honnêtes et démocratiques pour faire avancer le pays vers un développement durable, et s’il s’emploie à violer la Constitution en gouvernant par décrets pour favoriser la corruption, ce n’est pas la responsabilité de la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie. Engageons-nous plutôt à défier ce pouvoir indigne qui bafoue no Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans et 5 mois
L'esprit du Printemps arabe
Encore une fois, la Tunisie attire l’attention du monde, comme il y a près de quatre ans, lorsqu’un soulèvement populaire, la Révolution de jasmin, a conduit à la chute de Ben Ali. C’est le pays arabe d’Afrique du Nord qui a pris le taureau par les cornes, en lançant le mouvement politique qui allait secouer le monde musulman. Le dimanche 23 novembre 2014, la Tunisie a franchi une autre étape importante pour achever sa transition vers la démocratie, avec une première élection présidentielle libre et directe. Ainsi, elle continue de se tenir debout comme le seul représentant de l’esprit du Printemps arabe, qu’elle a ensuite diffusé en Libye, en Égypte, au Yémen et en Syrie, qui ont connu des résultats très différents. Ben Ali a fui vers l’Arabie saoudite, et l’ancien Premier ministre, Mohamed Ghannouchi, a temporairement pris la relève en convoquant des élections parlementaires. Lors de l’élection de l’Assemblée constituante tunisienne de 2011, le parti islamiste modéré Ennahdha a remporté la majorité. Passant d’une mouvance révolutionnaire à un parti politique légaliste, Ennahdha : Mouvement de la Renaissance (Nahda en arabe) s’est alors trouvé contraint de modifier sa stratégie visant à faire de la Tunisie un État islamique. En octobre 2013, un nouveau Parlement a été élu et, en janvier dernier, une nouvelle Constitution, considérée comme la plus progressiste du monde arabe, a été adoptée. Les partis laïques et les islamistes ont agi avec une prudence louable, évitant la radicalisation et la confrontation qui auraient pu tout compromettre. Sous prétexte de vouloir réduire « la polarisation croissante du paysage politique », Ennahdha n’a pas présenté de candidat à la présidentielle du dimanche 23 novembre. Les résultats préliminaires indiquent un second tour le 28 décembre prochain entre Béji Caïd Essebsi, 87 ans, président du Parti laïque et anti-islamiste Nidaa Tounes, qui détient le plus de sièges au Parlement, et Moncef Marzouki, 69 ans, président de la République tunisienne à titre provisoire, écrivain, médecin et militant des droits de l’homme, fondateur du Congrès pour la République. Le plus gros problème d’Essebsi [en tête avec 39,46 % (1 289 384 voix), contre 33,43 % (1 092 414 voix) pour Marzouki], ce sont ses liens avec les gouvernements précédents, ceux de Habib Bourguiba et Ben Ali. Marzouki, quant à lui, est susceptible de recevoir le soutien d’Ennahdha au second tour. Il reste encore beaucoup de problèmes à résoudre, à commencer par le chômage résultant de la faible performance économique tunisienne. Un autre défi est la lutte contre le groupe salafiste extrémiste Ansar al-Charia, qui compte plusieurs milliers de partisans et est responsable d’une série d’attaques ainsi que de l’assassinat de deux dirigeants adverses l’an dernier. Malgré ces difficultés, les Tunisiens, qui ont initié le Printemps arabe, nous démontrent que démocratie et pays musulman ne sont pas incompatibles. _______________________________________ PS: Image à la Une: Un citoyen tunisien montrant son doigt encré après avoir voté à un bureau de vote lors de l’élection présidentielle tunisienne le 23 Novembre 2014, à Tunis, en Tunisie. (Photo Stringer/Agen Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans et 5 mois
Des mots « magiques » à taper sur Google
Sur sa chaîne YouTube Poisson Fécond – Chris, un jeune homme créateur de p’tites vidéos, nous apprend des trucs instructifs, avec une bonne touche d’humour. Dans la vidéo jointe à ce billet, il nous présente des mots-clés «magiques» et des formules mathématiques à taper sur Google. Le résultat est hallucinant. Vous n’avez rien à craindre des virus, puisque l’initiative vient de Google lui-même. Le plus puissant moteur de recherche d’Internet à l’heure actuelle, le plus utilisé dans le monde. Ces mots-clefs et formules avec des fonctions trigonométriques produisent des effets tout à fait uniques. Une occasion pour les petits génies en mathématiques de commencer par développer leurs propres formules pour représenter des objets aussi divers comme: un arbre de Noël, un cœur ou, plus original, le symbole de Batman. Google leur permet de représenter des courbes de fonctions mathématiques. Il suffit d’opérer la saisie dans le champ de recherches (The official Google Search blog). Ces formules reposent sur la technologie WebGL, qui est une spécification d’interface de programmation de 3D dynamique pour les pages et applications HTML5 créée par le Khronos Group, pour les navigateurs Internet (Firefox, Chrome, Safari, Opera), mais pas pour Internet Explorer. Intéressant. Parce que les mathématiques peuvent être aussi un vrai plaisir ! Voici en résumé les mots-clés dans la descriptif de la vidéo. → zerg rush → do a barrel roll → blink html → la réponse de la vie → conway’s game of life → askew (ou tilt) → formules mathématiques Regardez maintenant ce que donne ces formules en les tapant sur Google. ► FORMULE À COPIER/COLLER POUR UN SAPIN DE NOEL 0.2*((8-x)^(5/2))(x)^(1/2))*sin(2x), 12(0.1 – (x-8)^2)^(1/2)*sin(1000x), 10x(-x-1)/(((-x)^(1/2))^2)/(((x+1)^(1/2))^2)sin(1000x), (-x+8)^(3/2)(x^(1/100))*(1+0.2cos(-0.8+3x^(6/4)))*sin(200x) ► FORMULE À COPIER/COLLER POUR UN ŒUF 1.2+(sqrt(1-(sqrt(x^2+y^2))^2) + 1 – x^2-y^2) * (sin (10 * (x*3+y/5+7))+1/4) from -1.6 to 1.6 ► FORMULE À COPIER/COLLER POUR UN CŒUR 5 + (-sqrt(1-x^2-(y-abs(x))^2))*cos(30*((1-x^2-(y-abs(x))^2))), x is from -1 to 1, y is from -1 to 1.5, z is from 1 to 6 ► FORMULE À COPIER/COLLER POUR BATMAN 2*sqrt(-abs(abs(x)-1)*abs(3-abs(x))/((abs(x)-1)*(3-abs(x))))(1+abs(abs(x)-3)/(abs(x)-3))sqrt(1-(x/7)^2)+(5+0.97(abs(x-.5)+abs(x+.5))-3(abs(x-.75)+abs(x+.75)))(1+abs(1-abs(x))/(1-abs(x))),-3sqrt(1-(x/7)^2)sqrt(abs(abs(x)-4)/(abs(x)-4)),abs(x/2)-0.0913722(x^2)-3+sqrt(1-(abs(abs(x)-2)-1)^2),(2.71052+(1.5-.5abs(x))-1.35526sqrt(4-(abs(x)-1)^2))sqrt(abs(abs(x)-1)/(abs(x)-1))+0.9 x is from -9 to 9 y is from -4 to 5 ► FORMULE À COPIER/COLLER POUR UNE FLEUR sqrt(x*x+y*y)+3*cos(sqrt(x*x+y*y))+5 from -20 to 20 Vous êtes libres d Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans et 6 mois
La contradiction américaine
Les États-Unis manifestent une attitude collective de non-conformité, reflet d’une société en tension. Si certains facteurs d’irritation sont liés à la conjoncture économique, d’autres traduisent une frustration profonde face à des enjeux internationaux complexes. Le mécontentement généralisé imprègne un climat politique tendu, qui entrave toute initiative gouvernementale nécessitant l’approbation du Sénat et de la Chambre des représentants. Dans l’hypothèse où les républicains obtiendraient la majorité au Sénat lors des élections de novembre, l’obstruction législative ne ferait que s’intensifier. Cette absence d’harmonie au sein du Congrès ne paralyserait peut-être pas entièrement l’action du président Obama, mais elle pourrait limiter considérablement l’efficacité de son programme, le contraignant à des compromis permanents. Chômage en baisse, inégalités en hausse Les États-Unis semblent engagés sur la voie d’une reprise économique durable. Le taux de croissance annuel anticipé, bien que modeste, dépasse celui des autres pays développés. Dans un article intitulé In Defense of Obama, publié début octobre dans le magazine Rolling Stone, Paul Krugman, célèbre blogueur du New York Times et prix Nobel d’économie, autrefois critique acerbe de Barack Obama, le présente désormais comme l’un des présidents américains les plus performants. Krugman dresse une liste de 55 chiffres clés qui témoignent de l’ampleur du travail accompli par l’actuel locataire de la Maison Blanche. Parmi ces chiffres, celui qui frappe le plus est la baisse significative du taux de chômage, passé d’environ 10 % au moment de la crise bancaire et financière de 2008-2009 à 5,9 % la semaine dernière. De plus, les dernières données macroéconomiques indiquent que le déficit budgétaire a atteint son niveau le plus bas depuis 2008, s’établissant à un tiers de ce qu’il était alors. Cependant, l’économie américaine peine à redistribuer équitablement ses fruits. Le bien-être des familles à faibles revenus et de la classe moyenne demeure précaire, créant un malaise persistant malgré la publication d’indicateurs économiques positifs. Les récentes réformes économiques semblent favoriser de manière disproportionnée les secteurs du patronat, accentuant ainsi la stagnation du revenu réel des travailleurs de la classe moyenne et de la population active. Les inégalités n’ont jamais été aussi criantes depuis un siècle. Le coût de la vie augmente, les riches s’enrichissent davantage, tandis que les pauvres s’appauvrissent. Les coûts associés au sauvetage des institutions financières en situation d’insolvabilité ont révélé que les avantages perçus par leurs dirigeants étaient souvent injustifiés, renforçant le sentiment d’un « modèle économique injuste ». Des études empiriques soulignent une inégalité croissante et des comparaisons peu flatteuses avec d’autres pays industrialisés. Affaires internationales : entre interventionnisme et repli L’attitude des États-Unis face aux problèmes internationaux se manifeste de diverses façons. En ce qui concerne les tensions au Proche-Orient et au Moyen-Orient, les expériences des guerres en Afghanistan et en Irak laissent encore des séquelles douloureuses. Les tentatives d’instaurer des valeurs démocratiques dans des sociétés aux traditions culturelles profondément ancrées se sont avérées infructueuses. L’appareil militaire américain, conçu pour affronter des forces armées étatiques, n’est pas adapté à la lutte contre des groupes irréguliers motivés par le fanatisme religieux. Les interventions limitées, comme l’engagement contre les combattants de l’État islamique (EI), se révèlent difficiles à justifier auprès du public. Pour les conflits périphériques qui ne constituent pas une menace directe pour la sécurité nationale, la tendance à Washington est de maintenir un profil bas, laissant aux puissances régionales directement concernées le soin de prendre leurs propres initiatives. Les critiques incessantes sur l’ingérence et l’impérialisme américains ont contribué à ancrer l’idée que la richesse des États-Unis était due à une exploitation éhontée du reste du monde. Cette perception, oscillant entre stéréotype et cliché, mérite toutefois d’être nuancée. Dans bien des cas, le rôle mondial que les États-Unis ont assumé leur a coûté cher, y compris sur le plan humain. La lassitude face aux responsabilités mondiales se fait également sentir dans le domaine économique. Le soutien politique à des entités comme le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et l’Organisation mondiale du commerce (OMC) s’effrite. Les réformes imposées à certains pays (dévaluation des devises, promotion des exportations au détriment des cultures vivrières, libéralisation du commerce, réduction des restructurations imposées aux investissements étrangers et privatisations) suscitent de moins en moins d’adhésion. Le climat aux États-Unis semble peu réceptif aux propositions visant à renforcer même les mécanismes de coopération é Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans et 6 mois
Ebola : une préoccupation mondiale
Les essais cliniques d’un vaccin expérimental canadien, testé sur des volontaires humains contre le virus de la fièvre hémorragique Ebola, sont en cours. Si ces essais s’avèrent fructueux, le vaccin pourrait être expédié dans les zones touchées de l’Afrique de l’Ouest d’ici quelques mois. Cependant, cela ne signifie pas que le Canada serait immédiatement prêt à éradiquer l’épidémie. « Nous espérons sincèrement que, lorsque ces essais seront terminés, le vaccin pourra être utilisé pour contribuer à sauver des vies et à mettre fin à cette épidémie dévastatrice », a déclaré Gregory Taylor, de l’Agence de la santé publique du Canada. La contamination d’une infirmière aux États-Unis — un pays où le respect des protocoles sanitaires est rigoureux — après un contact avec un patient libérien infecté, ainsi que l’enregistrement de deux autres cas en Europe, sont devenus des signaux alarmants que l’épidémie ne se limite pas à quelques pays de l’Afrique de l’Ouest. Les chiffres de l’épidémie sont terrifiants. Sept pays africains sont ravagés par ce fléau. Le Liberia, dont le système d’assainissement est inadéquat et qui est économiquement en faillite, n’est pas en mesure de répondre aux protocoles minimaux de contrôle de la maladie. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dans cette région, déjà 9 000 personnes sont infectées et environ 4 500 autres sont mortes. Pire encore : les données montrent que le taux de létalité du virus Ebola peut atteindre 70 % dans les pays les plus touchés de l’Afrique de l’Ouest. On prévoit, en décembre, entre 5 000 et 10 000 nouveaux cas par semaine. La lutte contre Ebola est aussi préoccupante que les conflits armés en Irak et en Syrie, ainsi que la crise en Ukraine. Les présidents Barack Obama et François Hollande, les premiers ministres David Cameron et Matteo Renzi, ainsi que la chancelière Angela Merkel, ont tiré la sonnette d’alarme lors d’une visioconférence ce mercredi 15 octobre, au moment où les inquiétudes mondiales ne cessent de croître. Le danger de cette épidémie menace l’humanité entière, de manière aussi sérieuse qu’une menace nucléaire. Nous sommes confrontés à une situation où des populations entières pourraient être décimées dans de nombreux pays si aucune mesure n’est prise. Il ne faut pas sous-estimer le problème. Le pouvoir de contagion du virus est extrêmement inquiétant : un patient contaminé peut produire jusqu’à dix litres de liquide infectieux par jour, vecteur de la maladie. Et comme il est essentiel pour le malade de rester hydraté et sous surveillance constante, cela crée un réseau complexe de transmission. Je crois fermement que le virus de cette épidémie doit être contenu à sa source principale en Afrique de l’Ouest, par des actions continues visant à rompre définitivement sa chaîne de contamination. Mais cette initiative ne peut être menée à bien par ces pays déjà très touchés et souvent dépendants de l’aide internationale, sans un soutien global. Il faut une conscience universelle et une solidarité mondiale pour venir à bout de cette crise. Le monde, en somme, doit s’éveiller face à la gravité de l’épidémie pour éviter une pandémie. Il est encourageant que les pays restent connectés à travers des réseaux permettant l’échange d’informations et l’optimisation des protocoles pour se protéger de la maladie. Chaque nation, qu’elle soit directement ou indirectement concernée, doit participer à cet effort pour vaincre ce fléau persistant, à l’image de ce que l Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans et 7 mois
La vérité sur le premier roman en créole haïtien
En 1965 est apparu chez Boukan «Ti Jak» de Carrié Paultre, un roman en créole qui dramatise les deux pôles d’attraction de la vie haïtienne : la ville contre la campagne. Réédité en 1970, il raconte l’histoire d’un jeune garçon, fils de paysans, intelligent et laborieux, envoyé en ville par ses parents pour poursuivre ses études. «Ti Jak» pourrait être classifié dans le genre littéraire de roman court. Ce type d’œuvre est souvent considéré comme une novella plutôt qu’un roman traditionnel, en raison de sa longueur plus courte. La vie de la ville captive Ti Jak, tout comme une fille du nom de Mago. Avec Mago, il se confronte au dilemme de choisir entre une carrière confortable en ville ou revenir pour aider sa famille en difficulté à la campagne. À la fin, Ti-Jak retourne à la campagne, choisissant de soutenir sa famille, tandis que Mago reste en ville. Les tentations de la vie en ville sont encore plus fortes dans le roman de 1966 «Lérison» (réédité sous forme de livre en 1975). Lérison est attiré en ville par un travail bien payé dans une usine, tombe dans de mauvaises fréquentations et, sur une période de trois ans, subit un sérieux changement de caractère. Finalement, sa santé menacée, il revient à la campagne pour se ressourcer. Grâce à ses effets purificateurs, il retrouve la santé et l’amour. La vie simple de la campagne a de nouveau triomphé. Dans «Amarant», en 1967, (la suite de Ti-Jak ?) les personnages centraux sont Ti-Jak, un aspirant tombeur de femmes raffiné, et Amarant, qui est venue de la petite ville de Port-Margot pour apprendre la couture. C’est une histoire d’amour introspective décrivant la transformation progressive du caractère de Ti-Jak à mesure qu’il apprend à connaître Amarant. Essentiellement, il contraste les conquêtes superficielles avec l’amour, tout en révélant des hypothèses sous-jacentes concernant l’amour et le mariage dans la société haïtienne. Deux personnages secondaires, Luk et Lala, introduisent de subtiles variations thématiques qui ajoutent de la profondeur à l’intrigue. D’autres histoires de Carrié Paultre sont apparues également sous forme de feuilleton, bien qu’elles n’ont jamais été éditées sous forme de livre : «Koté rout la yé», «Tout maladi pa maladi doktè», «Konvèsasyon yon oungan» (Conversation d’un prêtre vaudou), et «I Istoua yon koulèv yo rélé Zoka» (Histoire d’un serpent nommé Zoka). C’est en 1976, cependant, que paraît dans Boukan ce que beaucoup considèrent comme de loin son œuvre la plus importante à ce jour : «Tonton Liben» (réédité sous forme de livre en 1978). On peut bien y voir toute la saga de l’histoire haïtienne de ce siècle, racontée à travers la vie d’un paysan. «Tonton Liben» est une sorte d’Haïtien de tous les temps qui symbolise les épreuves et les tribulations d’un peuple et d’une nation. Il n’y a pas d’événement important dans la vie haïtienne, de 1902 jusqu’au milieu des années 1960, qui ne soit relaté. «Tonton Liben» retrace les vicissitudes d’une grande partie de la nation haïtienne, toujours dépendante de deux facteurs essentiels : la politique et le climat. C’est l’agitation politique de son pays qui répond même à sa naissance ; elle définit son éducation, sa première profession, son ascension au pouvoir local, sa chute soudaine. La situation politique continue de façonner sa vie alors qu’il s’efforce de se rétablir, et le cyclone Hazel dévaste le peu qu’il a pu sauver. Nous ne savons pas pourquoi ces romans de la littérature créole-haïtienne n’ont jamais été réédités à l’heure actuelle. Mais revenons à Ti Jak. Le roman «Ti Jak» de Carrié Paultre nous prouve que, contrairement à ce que disent officiellement des critiques de la littérature créole, «Dezafi» (1975) de Frankétienne [publié la même année que «Lanmou pa gin bariè», roman en trois tomes d’Émile Célestin-Mégie, 1975, 1977, 1981] n’est pas le premier roman en date de la littérature haïtienne d’expression créole. Car, avant «Dezafi», existait déjà «Ti Jak» (1965), « Lerison » (1966) et « Amarant » (1967) de Carrié Paultre. Même si la facture de «Dezafi» dépasse de loin celle de «Ti Jak», on ne peut ignorer le fait que «Ti Jak» a été publié 10 années avant. Les premières œuvres littéraires en créole jouent un rôle fondamental dans l’évolution culturelle et linguistique d’une langue. Bien que des romans comme «Dezafi» de Frankétienne aient reçu une reconnaissance et une acclamation méritées, ils ne représentent pas nécessairement les toutes premières créations romanesques en créole. Des œuvres antérieures, telles que «Ti-Jak», publié une décennie avant, existent. Même s’il s’agit d’un court roman, «Ti-Jak» constitue une étape importante qui n’a pas bénéficié de la reconnaissance qu’elle mérite. Loin de diminuer l’importance de «Dezafi» et d’autres romans créoles, il s’agit de révéler une étape oubliée du développement littéraire haïtien. Loin de vouloir déranger certaines personnes ou plaire à certaines autres, il s’agit tout simplement d’une des perspectives qui visent à remettre l’histoire à l’endroit, au moment des grands débats soulignant la situation des langues créoles et la promulgation par le gouvernement haïtien de la loi sur la création d’une Académie du créole haïtien. Carrié Paultre (1924-1999) Carrié Paultre est né le 8 mars 1924, dans une vieille famille protestante distinguée de Saint-Marc. Il a été formé comme agronome à l’École d’agriculture d’Haïti à Damien, près de Port-au-Prince, après avoir terminé ses études primaires à Saint-Marc et ses études secondaires dans la capitale. En 1948, il travaille pendant deux ans comme agronome au ministère de l’Agriculture d’Haïti dans le Plateau Central, mais la mort de son père l’oblige à retourner à Saint-Marc pour diriger l’entreprise familiale d’exportation de café. De 1961 à 1963, il travaille à nouveau comme agronome, cette fois dans le cadre du programme de développement de la vallée de l’Artibonite. Carrié Paultre était un Haïtien qui aimait la culture, le créole-haïtien, le peuple, et qui était altruiste dans ses efforts pour promouvoir ce qui élèverait et éduquerait les masses en Haïti. C’était un homme du peuple. À LIRE AUSSI: Carrié Paultre : l’architecte oublié de la littérature créole haïtienne Bryant C. Freeman En 2001, Bryant C. Freeman, professeur émérite des études Afro-américaines à l’Université du Kansas, a édité un recueil des œuvres de Carrié Paultre et l’a qualifié de romancier haïtien de premier plan. Parmi les nombreuses publications de Freeman, on compte l’un des dictionnaires les plus complets du créole haïtien vers l’anglais (et plus tard de l’anglais vers le créole haïtien) jamais réalisé, ainsi que des dictionnaires spécialisés dans la terminologie médicale. Bryant Freeman était principalement connu pour être le fondateur et le directeur de l’Institut d’études haïtiennes de l’Université du Kansas, l’un des rares instituts de ce type dans une grande université des États-Unis. Freeman a obtenu son doctorat en français de l’Université Yale, spécialisé dans l’œuvre de Jean Racine. Selon Bryant C. Freeman, l’œuvre en créole de Carrié Paultre symbolise les épreuves et les tribulations d’un peuple et d’une nation. Elle retrace les vicissitudes de la grande partie de la nation haïtienne. Si cela est vrai, il s’agit donc d’un écrivain important que tout le monde doit connaître. __________ Pour accéder à quelques textes gratuits par Carrié Paultre, veuillez visiter cette bibliothèque électronique de l’Institut des Études Haïtiennes de l’Université de Kansas : https://kuscholarwo Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 11 ans et 8 mois
Le lourd héritage du racisme des États-Unis
Le chemin pour éradiquer le racisme aux États-Unis et bâtir une société non ségrégationniste a été long et semé d’embûches. Malgré les nombreux progrès accomplis, la mort tragique du jeune Michael Brown, un Afro-Américain non armé de 18 ans, abattu de six balles par un policier blanc à Ferguson, dans le Missouri, le 9 août 2014, a une fois de plus révélé les cicatrices du passé et souligné l’ampleur du travail restant à accomplir. Les tensions raciales demeurent latentes. Cette fois, c’est le Missouri, un État du Midwest américain, profondément religieux et conservateur, qui se trouve sous les feux de la rampe. Bien que le gouverneur de cet État soit démocrate, les électeurs ont massivement soutenu les adversaires républicains de Barack Obama lors des deux dernières élections présidentielles. La mort de Michael Brown, bien qu’elle se soit produite dans des circonstances troubles, a provoqué des répercussions similaires à d’autres incidents impliquant des Afro-Américains et la police. Depuis plus d’une semaine, des affrontements opposent les manifestants, indignés par l’action policière, à une force locale lourdement militarisée qui tente de contenir la colère populaire. Face à cette situation explosive, le gouverneur Jay Nixon a fait appel à la Garde nationale pour tenter de rétablir l’ordre. Pendant ce temps, le Ku Klux Klan, organisation raciste toujours active aux États-Unis, s’efforce de soutenir le policier responsable de la mort du jeune homme. Ce drame rappelle celui de février 2012, où des violences ont éclaté en Floride et dans d’autres villes américaines après la mort de Trayvon Martin, un adolescent noir de 17 ans, abattu par George Zimmerman, coordinateur de la surveillance de voisinage d’une résidence à Sanford. Pourtant, un jury composé de six femmes, dont cinq blanches, a finalement acquitté Zimmerman. Ces deux affaires font écho aux émeutes violentes et destructrices qui ont secoué Los Angeles en 1992, après le passage à tabac brutal de Rodney King, un automobiliste noir, par un groupe de policiers, scènes capturées par des caméras. Le courage indomptable de Rosa Parks Le racisme, profondément enraciné depuis l’époque de l’esclavage, a persisté bien après son abolition. Ce n’est qu’en 1954 que la Cour suprême des États-Unis a invalidé le principe de ségrégation scolaire. La lutte pour les droits civiques a alors pris son essor, portée par des figures emblématiques telles que Rosa Parks et Martin Luther King, qui ont entrepris la noble tâche de démolir les barrières entre Blancs et Noirs, non seulement en Amérique, mais aussi dans le monde entier. Rosa Parks, en refusant de céder sa place à l’avant d’un bus réservé aux Blancs, a courageusement ouvert la voie à la remise en question des règles strictes de la ségrégation raciale dans les espaces publics, brisant ainsi des barrières symboliques et concrètes. Martin Luther King est devenu l’un des leaders les plus influents de la lutte pour les droits civiques, prônant une campagne de non-violence. Pourtant, malgré son message d’amour et de fraternité, il a été tragiquement assassiné en 1968. Si l’élection de Barack Obama, premier président noir des États-Unis, a symbolisé les progrès réalisés face aux tensions raciales, la mort de Michael Brown rappelle cruellement que les braises de l’injustice raciale restent incandescentes, prêtes à raviver la flamme d’un conflit qui n’est pas e Continue Reading - En afficher davantage




















