Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 12 ans et 3 mois
Non, nous ne sommes pas tous des Haïtiens
Parler d’une catastrophe aussi dramatique et bouleversante que celle qui frappe le peuple haïtien, parler des morts, des blessés et des disparus, de toute cette misère n’est pas une affaire de style ni un concours pour décrocher la palme d’or du commentaire le plus émouvant. D’autant que ces déluges verbaux ne débouchent sur rien ne riment à rien sinon à satisfaire leurs auteurs. Écrire : Nous sommes tous des Haïtiens, après avoir écrit il y a cinq ans, au lendemain du tsunami : Nous sommes tous des Taïwanais ou des Sri-Lankais est un mensonge* AUDIO : L’Éditorial de RFI du 17 janvier 2010 d’Alain Genestar La terre a tremblé en ce mardi 12 janvier 2010. Il était quatre heures cinquante-trois minutes dans l’après-midi. Au moins une vingtaine de secondes pour que tout soit basculé, en voyant des gens mourir écrasés vifs par des bribes de béton. J’avais vu des plaies en liquéfaction, des taches sanglantes, coagulantes, en beau milieu de rues en gravats. Des ponts de bâtiments tordus et le palais présidentiel en fragments. D’abord j’avais entendu des grondements, puis des effondrements. J’étais à l’intérieur de cette maison encore restée debout dans un coin de l’Avenue Poupelard, bas Saint-Antoine. Ce fut la destruction de Port-au-Prince. Une ville que j’ai appris à aimer au rythme trépidant des jours. Une ville belle à mes yeux, qui se tenait fièrement débout et magnifique. La première fois que j’ai entendu la terre crier sous mes pas, tel un coup de tonnerre venant de son ventre qui secoua violemment tout, et même les plantes. Quatre ans après, nous y sommes là, et nous ne cessons pas de trembler systématiquement dans le profil de notre existence en tant que peuple. La mort ne prendra pas le nom d’Haïti, Haïti n’a plus besoin de larmes. Haïti n’est pas un pays pauvre. C’est plutôt le pays le plus appauvri des Amériques. Le plus appauvri. Oui ! Les gens avisés le savent. Au lendemain du douze janvier l’éditorialiste de Radio France Internationale (RFI) Alain Genestar qui connaît bien l’histoire d’Haïti a cité dans son éditorial intitulé Nous ne sommes pas tous des Haïtiens* : « Dans quelques semaines ou mieux dans deux ou trois mois nous serons passés à autre chose, à une autre émotion, une histoire chassant l’autre. Il y aura même des prétendus experts en cause humanitaire, qui nous expliqueront à coup sûr, que finalement on en a beaucoup trop fait pour Haïti, qu’il y a trop d’argent et que de toute façon la corruption est telle, que les fonds sont détournés… comme si nous les riches nous étions des petits saints, comme si nous les riches nous n’avons pas exploité et sucé jusqu’à la moelle leur ressource et asservi tout au long de l’histoire leurs pères et leurs enfants.» Et il continu : « Compte tenu de tout ce que nous savons, de tout ce que nous avons fait, de tout le mal dont nous avons été autrefois les auteurs, puis plus tard les complices, ce n’est pas d’aide charitable, mais d’indemnité et de dédommagement. Non, nous ne sommes pas tous des Haïtiens; nous sommes des Français, des Espagnols, des Américains qui doivent rendre leurs dettes au peuple d’Haïti » fin de citation. Il faut dire que le séisme n’a pas été la seule pire catastrophe qu’a connu Haïti durant ses longues années d’existence, depuis l’esclavage, pire crime contre l’humanité, les occupations dévastatrices et tant d’autres. Le poids de terribles drames le tiraille encore aux épaules. Quatre grandes années d’apparences trompeuses et de faux semblants dans un ciel bouillonnant déchiré de nuages. La conjoncture haïtienne s’embrouille quotidiennement de la connivence des uns et de l’incompétence des autres. Les interminables troubles politiques entremêlés de tensions sociales ne cessent d’occasionner des répercussions économiques critiques et très graves pour l’avenir du pays. La misère bat son plein, déposant plus particulièrement la masse dans un état d’infortune lamentable, chaotique et révoltant. Le sinistre tableau de la société haïtienne, Hector Hyppolite et Jean René Gérôme l’auraient peint avec des larmes. Pas un acte concret n’a été posé pour régulariser la triste réalité, sinon que des palabres à n’en plus finir et des promesses à l’oral. Il y a lieu de s’inquiéter et de se poser continuellement des questions quant aux meilleures d’Haïti : Des suites d’interrogations qui concernent tous les haïtiens et les haïtiennes. Depuis janvier 2010 les fissures sont loin d’être réparées. La terreur des premières secousses est encore là. Mais Haïti, comme toujours, veut rester optimiste envers et contre tout. Parce que nager dans le pessimisme c’est choisir tout simplement de ne pas apporter une pierre participative en adoptant une attitude de spectateur passif face à une situation très compliquée. Quatre ans dans l’impossible, nous peuple d’Haiti, sommes tenus ! Mais il y a de quoi à être sceptique au sujet de l’avenir, quand le présent est très critique. Un lendemain meilleur suppose d’abord des préparatifs de base. Il faut identifier ce qui nous empêche d’avancer. La devise «l’union fait la force» implique aussi de savoir avec qui s’unir pour sortir du bourbier une bonne fois pour toute.- Thélyson Orélien ____________________________________________________________________________ CHRO_GENESTAR_17_01_Nous_ne_sommes_pas_tous_des_Haitiens_2_28 * Extrait de l’édito du 17 janvier 2010 Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 12 ans et 4 mois
Des écrivains haïtiens saluent Dany Laferrière l'immortel…
Il remplacera au fauteuil l’auteur d’origine argentine Hector Bianciotti, décédé en juin 2012. L’écrivain né en Haïti Dany Laferrière a été élu jeudi à l’Académie française au fauteuil de l’auteur d’origine argentine Hector Bianciotti, décédé en juin 2012, a annoncé l’institution dont les statuts n’imposent aucune condition de titre ni de nationalité. Le nouvel immortel a été élu au fauteuil 2 au premier tour par 13 voix sur 23, a précisé l’Académie, fondée par Richelieu en 1635, chargée de veiller au respect de la langue française et d’en composer le dictionnaire. Très solidaires, des écrivains haïtiens saluent ce triomphe. « Notre citadelle a démontré sa force à poursuivre avec une volonté inébranlable son chemin dans la galaxie littéraire. Il est devenu immortel notre Laferrière. Bravo Dany! » Gary Victor « L’élection de l’écrivain Dany Laferrière au sein de l’Académie française montre combien cette institution a cessé d’être un lieu clos pour devenir de plus en plus un champ ouvert au métissage culturel et à l’universalisme. Bravo Dany. » Frankétienne « Avec Dany Laferrière, l’Histoire entre à l’Académie française de manière singulière et belle. » Kettly Mars « Dany à l’Académie française? L’itinéraire, depuis les premières tentations d’écriture au Petit Samedi Soir, d’un ton léger, d’une prose alerte, désinvolte, pleine d’humour, qui n’a cessé d’être une particulière histoire de style dans notre littérature pour dire la trame d’une vie et… enchanter une expérience d’Homme. » Jean-Claude Fignolé « Quelle bonne nouvelle! Du Carré Saint-Louis en passant par Petit-Goâve, la francophonie se réjouit de l’élection de Dany. Depuis plus d’une trentaine d’années, Dany Laferrière travaille à bâtir des ponts. Entre l’Amérique, l’Europe et l’Afrique. Entre le Québec et la francophonie des Amériques, particulièrement Haïti. La contribution exceptionnelle de l’homme de lettres québécois est à la hauteur de cette reconnaissance. Montréal salue aujourd’hui l’un de ses enfants chéris. À titre de président du Conseil municipal de Montréal et poète, je tiens à féliciter l’auteur du Journal d’un écrivain en pyjama. » Franz Benjamin « Ah, le dernier titre de l’immortel Dany Laferrière Journal d’un écrivain en pyjama! Quelle heureuse prémonition! Il y a là une vraie litote, un euphémisme caché. Il fallait carrément dire Journal d’un écrivain en habit vert. » Jean-Robert Léonidas « Sacré Dany! Tu seras comme un poisson dans l’eau, je le sais. Merci d’être une fierté pour nous. » Anaïse Chavenet (Communication Plus, Haïti) « Dany Laferrière : bayaond, chou-palmist, zaboka, diriakdyondyon, kenskof, fursy, citadel-laferièr, peyipam, koté m’fèt, kalite, elegans, umanite, espwa, grandè, diyite… Lespri li se tambou kap bat! Se pipirit chantan! Se demen kap leve! Kenbe Dany, kenbe fèm! Ou toujou ap fèm sonje kamarad Jak Alexi. Mèsi pou peyi a. *** Dany Laferrière, une part immense de mes rêves pour Haïti. Dès que j’entrevois sa silhouette, dès que j’entends le son de sa voix, je suis dans le pays, en charge de sa désespérance et de ses espoirs mêlés. Dany, tambour dont les rythmes descendent des mornes, empruntent les ravines et inondent les pages de nos rêves, de nos espoirs, de notre Histoire. Je mêle ton nom à ceux de mes guides proches, Roumain, Alexis…» Gérald Bloncourt « Je viens d’entendre la confirmation de la bonne nouvelle, notre Dany Laferrière à nous, fait son entrée triomphale à l’Académie française. Quelle belle consécration! Et je ne veux pas laisser cette journée se terminer sans adresser mes félicitations à Dany. En saluant son œuvre, son intelligence, son parcours, son courage; de ce beau cadeau qu’il nous fait. En effet, je suis très heureux et je place beaucoup d’espoir en Dany qui va certainement faire notre fierté à tous et à toutes. Le premier académicien en pyjama. » Thélyson Orélien « J’ai beaucoup pensé à toi ces temps derniers : Au cri des oiseaux fous, à l’énigme, aux petites touches, à tous les chatouillements de cette écriture sobre, empreinte de tendres émotions, alliant la lucidité du soleil à la douceur enveloppante de la lune. Dans ces contrées du Nord, l’automne se déroule dans la douceur avant de s’ouvrir sur la mélancolie; l’hiver, le temps du retrait, du repliement est aussi celui de l’intimité; le printemps ravive l’espérance tout en anticipant la folie; l’été bascule dans l’effervescence et la démesure; mais en toute saison la poésie ne perd pas ses droits. » Claude Moïse « Dany c’est d’abord et avant tout l’enfant de Petit-Goâve qui, entre odeur du café, tendresse et légendes, sourit encore sous la peau du nègre prêt à faire l’amour sans se fatiguer pour exister, traverse l’Amérique avec une légèreté feinte, quand il ne s’alanguit pas auprès de jeunes filles dévoreuses au cœur de Port-au-Prince et de ses faubourgs. C’est encore l’enfant espiègle qui se fera japonais pour nous rappeler que l’encre est la plus belle demeure d’un écrivain avant de marquer une pause érudite et tranquille en pyjama. Et puis, il y a l’énigme de celui qui revient, subtil miroir pour moi qui entre allers et retours vit l’énigme d’habiter. » Yanick Lahens « Il n’y a pas longtemps tout un collier d’enfants à fait le tour d’une ville pour couronner le roi Dany. L’Académie française a compris le message. Une bande d’enfants entoure la grand-mère Da pour lui dire que son garçon est une citadelle. La littérature est déverrouillée par la joie, Haïti a décrété une fois pour toutes, que monsieur Laferrière est une citadelle. » James Noël « L’élection de Dany Laferrière à l’Académie française est une bonne nouvelle pour cette merveilleuse littérature qui persiste à provoquer la rencontre des humanités francophones, d’Haïti à la France en passant par le Québec. » Jean-Euphèle Milcé « Sacré Dany! C’est une créature des sommets. Ce n’est pas pour rien qu’il porte fièrement le nom de cette place forte, Laferrière, que le roi bâtisseur a perchée comme un défi au sommet du Bonnet à l’Évêque. De sommet en sommet, le voilà parmi les immortels qui veillent sur la prestigieuse langue française. Après avoir fui la terreur de Duvalier pour sauver sa peau, immortalisé sa grand-mère Da et le village de ses premiers pas, Petit-Goâve, pouvait-on attendre moins de ce citoyen du monde? » Verly Dabel « J’ai reçu l’information concernant la candidature de Dany à l’Académie française alors que j’animais un débat à la FOKAL. J’ai l’ai partagée avec la salle. Un monsieur s’est mis debout, la main sur le cœur et a répété plusieurs fois « Map priye pou li ». Ce monsieur avait su traduire toute l’émotion qui me traversait alors, moi qui ne prie jamais. La salle aussi a dû ressentir la même chose, le public a applaudi pendant plusieurs minutes. C’est avec la même ferveur que j’accueille son acceptation à l’Académie. Dany est un miracle de générosité, de talent, d’amitié. Son succès est toujours celui de nous tous… » Emmelie Prophète « Dany Laferrière à l’Académie française. C’est un moment heureux et inattendu dans une relation vieille de plus de six siècles avec les peuples nés de la première implantation française sur le continent américain. Les nations haïtienne et québécoise dont se réclame Dany Laferrière ont maintenu et cultivent un rapport amoureux, frondeur et décalé, donc original, à la langue et à la culture française. Dany Laferrière les représentera excellemment dans la vieille maison du quai de Conti. » Hérard Jadotte (Éditeur, Port-au-Prince, Haïti) « Felisitasyon vye frè mwen. Mwen konnen anpil moun pral di : sa se yon gwo onè pou ou. Men pou mwen, se yon gwo onè pou Akademi yan. Ak men m lanmou an, kenbe la, pa lage. » Edwidge Danticat « Nous n’avons pas seulement porté un cercueil ensemble (Gasner Raymond), le premier exemplaire de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, je l’ai donné à un inconnu curieux dans un vol entre Montréal et Mexico, sans oublier la bonne soupe de Maggie les dimanches d’exil en regardant Eisenstein et Fellini. » Michel Soukar « Dany, tu es notre boussole. Honneur et respect, cher maître. » Fouad André « Je suis très heureux pour Dany. Son élection à l’Académie française vient couronner le travail de toute une vie. À travers lui, c’est aussi, d’une certaine façon, Haïti qui est distinguée. Bravo Dany. Louis-Philippe Dalembert « En partant pour l’exil un jour sombre des années 1970, Dany Laferrière emporte pour tout bagage un imaginaire tropical nourri de souvenirs, source inépuisable d’une écriture féconde, et une intelligence du cœur ouverte à tous les vents froids des bourrasques d’hiver. Et voilà qu’en quarante ans, son «autobiographie américaine», mélange de tendresse, d’humour, de culture et d’ouverture sur le monde, ses publications diverses, ses prix prestigieux et autres distinctions lui ouvrent les portes de l’Académie française. Comment ne pas en être fière et le dire au nom de tous ceux, toutes celles qui l’ont lu et le liront désormais. » Michèle Duvivier Pierre-Louis, présidente, Fondation con Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 12 ans et 4 mois
Nelson Mandela : l'héritage inébranlable d'un combattant pour l'Humanité
Le monde a perdu un géant, une figure emblématique du XXe siècle s’est éteinte. Nelson Mandela, le révolutionnaire qui a réussi à mettre fin à l’une des plus odieuses ségrégations raciales institutionnalisées, a quitté ce monde en laissant derrière lui un héritage monumental. Dernier grand homme d’État du continent africain, Mandela a présidé une transition démocratique historique et s’est retiré du pouvoir après un seul mandat, un geste rare qui témoigne de sa sagesse et de son engagement envers la démocratie. Armé de la seule force du dialogue, il a orchestré la plus grande réconciliation que l’Afrique du Sud ait jamais connue, évitant ainsi la tentation d’une revanche contre les Blancs qui avaient instauré le système abject de l’Apartheid, tout en prévenant l’effondrement économique du pays. En dépit des injustices subies, il n’a jamais cédé à la haine, préférant construire une nation unie où la paix et la justice pouvaient prévaloir. Avocat de formation, comme beaucoup de défenseurs de la liberté et de la pluralité, Mandela a, sous son égide, sauvé la nation Arc-en-ciel d’une descente inévitable vers l’effusion de sang, démantelant l’héritage institutionnel de l’Apartheid et du racisme à travers la Commission de vérité et de réconciliation qu’il a instaurée. Cette commission a non seulement permis de rendre justice aux victimes, mais elle a également posé les fondements d’une société plus juste, où les atrocités du passé pouvaient être confrontées avec courage et honnêteté. Peu de dirigeants ont atteint un consensus unanime comme Nelson Mandela. La sacralisation de l’ancien président sud-africain est aujourd’hui un fait incontestable. Sa persévérance, sa vision, sa générosité, et sa méthode de réconciliation ont résisté aux épreuves les plus ardues que la vie puisse imposer. Personne ne peut nier que l’Afrique du Sud d’aujourd’hui est en grande partie le fruit du génie de Mandela, dont l’influence s’étend bien au-delà des frontières de son pays. Le militant révolutionnaire Mandela était un combattant, un guerrier infatigable contre l’apartheid, à une époque où le gouvernement afrikaner blanc d’Afrique du Sud était perçu comme un allié de l’Occident dans le contexte de la guerre froide. Jusqu’à une date relativement récente (1990), Mandela était considéré par les États-Unis et le Royaume-Uni comme un terroriste, inscrivant son nom sur des listes noires, même après la fin de son mandat présidentiel. Aujourd’hui, ces mêmes puissances occidentales, ainsi que des politiciens du monde entier, rendent hommage à l’homme qui symbolise la lutte anti-apartheid. Il est essentiel de rappeler que tout le monde ne partageait pas cet avis pendant son combat. Sa longévité, combinée à une lucidité remarquable, lui a permis de voir ses positions validées par l’Histoire. Dans les années 1950, Mandela a tenté de lutter contre les oppressions brutales et violentes du régime ségrégationniste et xénophobe de son pays en coordonnant des campagnes de boycott contre des cibles militaires et gouvernementales et en planifiant une éventuelle guérilla, conformément au droit de résistance face à l’oppression étatique, reconnu par les lois sur l’autodétermination des Nations Unies. Il déclarait vouloir renverser le gouvernement oppressif pour reconstruire le pays sur les bases de la démocratie, de la liberté, et surtout de l’égalité. Nelson Mandela s’est impliqué activement dans la vie politique dès la trentaine, menant des campagnes de désobéissance civile de 1952 à 1955. Il fut arrêté en 1962 après avoir vécu dans la clandestinité pendant 17 mois. Accusé de sabotage et de tentative de renversement du gouvernement, il fut condamné à la prison à vie sur l’île de Robben Island. Pendant que lui et d’autres dirigeants de l’African National Congress (ANC) étaient emprisonnés, les jeunes Sud-Africains ont continué à se révolter contre le gouvernement de l’Apartheid. Ce n’est qu’en 1990 que le changement est finalement venu en Afrique du Sud. « J’ai combattu la domination blanche, et j’ai combattu la domination noire. J’ai défendu l’idéal d’une société libre et démocratique, dans laquelle toutes les personnes vivraient ensemble en harmonie avec les mêmes opportunités. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et œuvrer. Mais c’est un idéal pour lequel, si nécessaire, je suis prêt à mourir », déclarait Nelson Mandela lors de son procès. Mandela a été libéré après 27 années d’incarcération, et des pourparlers pour instaurer une démocratie multiraciale ont alors été envisagés. Trois ans plus tard, il a reçu le prix Nobel de la paix. Après avoir quitté la présidence en 1999, Nelson Mandela a consacré le reste de sa vie à lutter contre la pauvreté et à résoudre les conflits en Afrique. L’héritage de Nelson Mandela La disparition de Mandela survient à un moment où l’ANC se prépare à des élections qui pourraient voir sa part des voix chuter, un signe du mécontentement croissant des Sud-Africains. L’ANC, ce parti que Nelson Mandela a rejoint en 1943 et qu’il a ensuite conduit à la victoire électorale, a longtemps utilisé le nom de Mandela pour consolider sa position en tant que parti de gouvernement naturel. Mais le plus grand héritage que Nelson Mandela nous laisse est sans doute l’ensemble des valeurs humaines dont toute l’humanité peut tirer des leçons. Il a renoncé à la présidence après un seul mandat, refusant de s’accrocher au pouvoir, malgré une incarcération de plus de 25 ans par le régime raciste blanc. Il n’a jamais nourri de ressentiment envers ses oppresseurs, un témoignage de sa grandeur d’âme. Mandela était un grand rassembleur, dépourvu d’amertume, un être humain rare qui s’est efforcé d’élever le niveau de l’humanité. C’est un homme qui a inspiré des millions de personnes à travers le monde. Il a accompli son devoir envers son pays et son peuple avec une conviction inébranlable, celle d’une société libre pour laquelle il était prêt à sacrifier sa vie. En sortant son pays des horreurs de la ségrégation raciale et de l’apartheid, Mandela a acquis une place prééminente dans l’Histoire de l’humanité. Son exemple reste inégalé. À une époque où tout, des passerelles aux quartiers, des écoles aux clubs, était conçu pour séparer les Noirs et les Blancs, il a œuvré pour une société où chacun pouvait vivre ensemble en harmonie. Alors que le monde pleure la disparition de Mandela, il est crucial de se rappeler ses convictions, qui allaient souvent à l’encontre des intérêts des puissants, mais qui étaient toujours ancrées dans un profond sens de la justice et de l’humanité. J’admire tout ce qu’il a accompli, d’abord en tant que manifestant et révolutionnaire, puis comme président de la réconciliation et philanthrope. J’admire sa force, son courage, et sa détermination à ne jamais abandonner. Nelson Mandela était un véritable combattant, un leader qui a mené un combat acharné pour la liberté et l’égalité. Même s’il a été emprisonné pendant 27 ans, son parcours servira de source d’inspiration pour le monde entier. Ses réalisations et ses paroles continueront d’inspirer des hommes et des femmes à travers les générations. Il restera à jamais u Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 12 ans et 5 mois
L'Europe à travers les destins de Leonarda et Maria
Deux événements récents ont mis en lumière des situations tragiques impliquant deux jeunes filles, Leonarda et Maria, et ont suscité une réflexion profonde sur les problématiques sociales et humaines dans l’Europe contemporaine. Ces histoires révèlent les fractures sociétales et l’injustice qui persistent dans un continent qui se targue pourtant de son avancée démocratique et de son humanisme éclairé. Leonarda : une exilée involontaire La première histoire concerne Leonarda, une adolescente de 15 ans, qui s’est retrouvée au cœur d’une polémique nationale en France. En pleine sortie scolaire, Leonarda a été arrêtée et expulsée vers le Kosovo, un pays dont elle ignorait tout, mais où ses racines familiales se trouvent. Cette scène surréaliste, rappelant les heures sombres des rafles, a secoué l’opinion publique française et mis en exergue les contradictions d’une politique migratoire souvent brutale et déshumanisante. L’expulsion de Leonarda a provoqué une onde de choc à travers la France, déclenchant des manifestations dans les lycées et suscitant une vague d’indignation parmi les citoyens. Beaucoup se sont interrogés sur le sort d’une jeune fille qui, bien que née en Italie, avait grandi en France et s’était construite une identité dans ce pays. Le destin de Leonarda a révélé l’incapacité des institutions à concilier les exigences légales avec les impératifs moraux et humains. La famille de Leonarda est le reflet d’une diaspora complexe, éclatée par les aléas de l’exil et de l’immigration. Son frère réside en Ukraine, tandis que sa sœur, bien que née en Italie, vit en France. D’autres frères et sœurs plus jeunes sont dispersés dans différents pays d’Europe, formant une mosaïque culturelle et identitaire qui symbolise les défis de l’intégration dans un monde globalisé. Lorsqu’il a proposé à Leonarda de revenir seule en France pour terminer ses études, le président de l’époque a fait montre d’une approche déconnectée de la réalité des liens familiaux, un rappel poignant que l’intégration ne peut se faire en sacrifiant l’unité familiale. Maria : l’ange blond et l’ombre de la pauvreté De l’autre côté de la Méditerranée, l’histoire de Maria, surnommée “l’ange blond”, a captivé l’attention du public. Retrouvée dans une famille rom à Farsala, en Grèce, Maria, une fillette de 4 ans, est devenue l’incarnation des angoisses contemporaines autour de l’identité, de l’ethnicité et des migrations. Les soupçons initialement soulevés sur la légitimité de sa présence au sein de cette famille ont rapidement révélé une situation encore plus troublante. Les investigations ont montré que Maria est la fille de parents roms bulgares vivant dans une pauvreté abjecte. Son histoire met en lumière la réalité cruelle que vivent de nombreuses familles marginalisées en Europe, prises au piège de cycles de pauvreté et d’exclusion sociale. Les allégations selon lesquelles sa mère aurait été forcée de la vendre pour survivre illustrent les situations désespérées auxquelles sont confrontées les communautés roms, souvent perçues comme des parias dans leurs propres pays. L’Europe du XXIe siècle : entre progrès et exclusion Ces deux histoires se déroulent dans une Europe qui se veut moderne, prospère, et civilisée. Pourtant, les drames de Leonarda et Maria révèlent les fissures profondes sous la surface de ce vernis de progrès. L’Europe du XXIe siècle, bien qu’ayant fait des avancées remarquables dans de nombreux domaines, semble incapable de résoudre les problèmes sociaux et humains qui ont persisté au fil des siècles. Les Roms, en particulier, continuent de vivre à la marge de la société. Historiquement nomades, beaucoup d’entre eux ont été contraints de se sédentariser, sans pour autant être pleinement intégrés dans les sociétés où ils résident. Cette communauté, qui incarne à la fois l’ancienneté et la modernité, reste l’une des plus stigmatisées d’Europe. Les Roms vivent souvent dans des conditions de vie précaires, confinés dans des camps ou des ghettos ethniques, où ils sont exclus des opportunités économiques et sociales qui sont censées être accessibles à tous dans une Europe unie. Une histoire de persécution : Juifs et Tsiganes L’histoire des Tsiganes (ou Roms) et des Juifs au XXe siècle offre des parallèles troublants. Tout comme les Juifs, les Roms ont été persécutés, marginalisés, et déplacés de force. Pendant l’Holocauste, les Roms ont été ciblés par les lois de Nuremberg, marqués comme indésirables, et ont subi des atrocités inimaginables aux côtés des Juifs. Des événements comme la “Semaine de Nettoyage Gitan” en 1938, ainsi que l’utilisation du gaz Zyklon B sur des enfants roms dans les camps de concentration nazis, sont des cicatrices indélébiles de cette époque de terreur. Alors que les Juifs ont trouvé un refuge et une identité nationale avec la création d’Israël, les Roms n’ont jamais eu une telle chance. Ils demeurent parmi les plus vulnérables et marginalisés d’Europe, souvent sans accès à une éducation de qualité, à des soins de santé décents, ou à des opportunités économiques stables. Les ghettos où vivent les familles de Maria et Leonarda ne sont qu’un reflet de cette exclusion systémique. Ces récits, ceux de Leonarda et Maria, ainsi que l’histoire tragique des Tsiganes en Europe, nous rappellent que malgré ses progrès, l’Europe reste confrontée à des défis profonds en matière de droits humains et d’intégration sociale. Ils soulignent l’urgence d’un engagement renouvelé pour garantir que chaque citoyen, quelle que soit son origine, puisse vi Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 12 ans et 5 mois
Lancement de IntranQu’îllités II : Une Revue de grande magnitude au Salon du Livre de Montréal
Lancement de la Revue IntranQu’îllités II, le samedi 23 novembre 2013 à la Place Bonaventure (Stand 617, de 17:00 à 18:00 UTC-05) avec […]Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 12 ans et 6 mois
Quel cirque que ce pays nommé Haïti !
Mais comment peut-on parler de justice quand les juges tremblent à l’idée de rendre justice ? Quand des pontes de la Police nationale sont complices de bandits ? Comment oser évoquer le progrès lorsque l’on entraîne la population dans la boue, plongée dans un black-out total ? Et que dire du développement, alors que la faim étreint les entrailles de la majorité de la population ? À écouter les dirigeants haïtiens, on pourrait croire que tout est déjà résolu en Haïti. Certaines âmes bien-pensantes jugeront peut-être qu’il est inutile d’aborder ces sujets ici, sur Internet, qu’il vaudrait mieux ne pas entraver le beau projet de relance de l’industrie touristique du pays. Peut-être est-il prudent, pour certains, de se boucher le nez pour mieux avaler l’eau nauséabonde, mais il est aussi essentiel, pour une fois au moins, de parler des véritables problèmes de ce pays, sans peur, sans crainte, avec la volonté de briser le silence. La justice, le progrès et le développement sont devenus des concepts vides de sens, sans cesse engloutis par les vagues de la politique, de l’insécurité, de la pauvreté et de l’insalubrité qui submergent Haïti. Selon l’Agence France Presse, plusieurs milliers de personnes ont encore manifesté, jeudi 17 octobre, dans les rues de la capitale, Port-au-Prince, ainsi que dans la deuxième ville du pays, Cap-Haïtien, pour protester contre la faim, le chômage, et pour réclamer la démission du régime en place. Ces voix meurtries, ces cris de désespoir, seront-ils enfin entendus ? Bientôt quatre ans se seront écoulés depuis ce tremblement de terre sans nom, et pourtant, nous continuons de rêver d’un avenir meilleur. Quatre ans après, Haïti reste à genoux, enfoncée jusqu’au cou dans les sables mouvants de la misère et de l’insécurité. Et 1 103 jours après l’apparition du premier cas de l’épidémie importée par les Casques bleus de la Mission onusienne, quelle justice pour ces nouveaux démunis ? Il n’y a que celle des puissants, toujours inaccessibles aux plus vulnérables. Haïti est à genoux, et le gouvernement persiste à nous mentir sur tous les fronts. Ils célèbrent en grande pompe, dans toutes les places publiques, les deux années de leur accession au pouvoir, alors que, à l’horizon, se dresse un bilan désastreux : le taux d’emploi a chuté de 5,6 % en 2011 à 2,8 % en 2013. Pourtant, le président de la République, sans vergogne, affirme que 400 000 nouveaux emplois ont été créés. Mais où sont-ils ? La ministre des Finances, refusant de corroborer ce mensonge éhonté, a été congédiée. La mauvaise gestion du projet PétroCaribe bat de l’aile, et les projets éducatifs se réduisent à l’envoi de 6 millions d’enfants à l’école fondamentale d’ici 2016, pour une population totale de plus de 10 millions d’habitants sur 27 750 kilomètres carrés. Le gouvernement revendique avoir déjà envoyé 1 288 956 enfants à l’école ; souhaitons-le, mais l’enseignement universitaire est cruellement négligé. Les chiffres sont là, et ils ne mentent pas. Vive la statistique ! Le bilan du gouvernement Martelly-Lamothe est loin de répondre aux aspirations du peuple haïtien, malgré les carnavals à répétition et les mariages princiers conçus pour éblouir les yeux les plus crédules. La manifestation de la semaine dernière en est la preuve éclatante. Aujourd’hui, on nous parle d’élections. Des élections dont on nous assure qu’elles seront irréprochables, tant elles seront crédibles, tant elles paraîtront “potables”. Ces élections à venir, comme si elles seules devaient nous conduire aux rives de la justice, du progrès et du développement. Je vous le jure, mes amis, ce jour-là, pas moins de 45 partis politiques s’engageront dans la course. Quarante-cinq partis, maîtrisant l’art d’entraver le fonctionnement du pays, de la justice, du progrès et du développement. Après les résultats, il sera bien temps de se poser la question : la justice, le progrès et le développement, avec quels acteurs ? En Haïti, ils sont des centaines d’hommes et de femmes cravatés et costumés, malgré la canicule, à faire le pied de grue devant un bureau électoral pour s’inscrire et espérer devenir les champions du changement. Du vrai théâtre, rien de plus ! Et c’est de cette manière même que nous avons aujourd’hui un homme qui ne sait que chanter à la barre des affaires de l’État. Mais pourquoi donc en parler ? Il n’y a qu’une seule certitude dans ce pays : les fonds publics finiront tôt ou tard par être expatriés aux quatre coins du globe, pour au moins dix ans. Dix ans : un zéro. Dix ans. Dix, c’est un nombre maudit. Celui qui a osé mentionner ce chiffre en politique a été évincé la même année. Dix : un zéro. Dix ans : deux mandats présidentiels. Les mandats, voilà ce qui tient encore en vie notre pays, Haïti. P.S. : Après tout ce que je viens de dire, mes amis, ne croyez-vous pas que je mérit Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 12 ans et 6 mois
Derrière le prix Nobel de la paix de l'OIAC
Par Thélyson Orélien En décernant le Prix Nobel de la Paix à l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques (OIAC), le Comité Nobel norvégien a renforcé son objectif de débarrasser le monde des armes de destruction massive. En 2005, le Prix avait été attribué à l’Agence internationale de l’énergie atomique. Il est tentant pour une organisation mondiale de décrocher le Nobel, mais la tâche qui attend l’OIAC, fondée en 1997 en tant que dépositaire de la Convention des armes chimiques, est ardue : superviser la destruction des munitions chimiques de la Syrie. Selon les termes du Traité de la Convention sur l’Interdiction des Armes Chimiques (CIAC), 189 pays se sont engagés à détruire leurs armes chimiques dans un calendrier précis. Contrairement au Traité de Non-Prolifération des Armes Nucléaires, qui accorde un statut spécial aux États-Unis, à la Russie, à la Chine, à la France et à la Grande-Bretagne, le CIAC est non discriminatoire. Cependant, le Comité Nobel a déploré dans son communiqué : « Certains États ne sont toujours pas membres de l’OIAC. D’autres n’ont pas respecté la date limite d’avril 2012 pour détruire leurs armes chimiques, notamment les États-Unis et la Russie. » Le désarmement est particulièrement mis en avant dans le testament d’Alfred Nobel. Les États-Unis et la Russie n’ont pas encore détruit l’intégralité de leurs arsenaux chimiques. L’ironie est que ces deux pays tentent d’obtenir un accord pour éliminer les stocks d’armes chimiques du président syrien, tout en étant en retard sur leurs propres engagements. Cependant, certains pays ont pleinement respecté leurs obligations et ont éliminé entièrement leurs arsenaux chimiques. En plus de respecter leurs engagements en matière de désarmement, les grandes puissances doivent s’assurer de ne pas interférer avec le fonctionnement de l’OIAC. L’organisation repose sur une expertise technique et diplomatique pour atteindre ses objectifs. Pourtant, elle a été entravée par des politiques partisanes dans le passé. Avant l’invasion américaine de l’Irak, le diplomate José Mauricio Bustani, premier directeur général de l’OIAC, a été évincé lors d’une session spéciale en 2002. Il est de notoriété publique que le diplomate brésilien a été congédié sous la pression de l’administration américaine de George W. Bush, qui considérait Bustani comme un obstacle majeur à ses plans pour attaquer l’Irak. Après avoir quitté l’organisation mondiale, Bustani est retourné tranquillement au service diplomatique brésilien. Maintenant que l’OIAC a reçu le Prix Nobel de la Paix, le monde devrait se souvenir du premier chef de l’Organisation qui aurait pu empêcher l’invasion de l’Irak en 2003. Le rôle de l’OIAC en Syrie – compte tenu du temps limité dont elle dispose pour sa mission – sera désormais mis en lumière. Les enjeux sont élevés, et l’Organisation doit avoir l’autonomie nécessaire pour accomplir son travail, sans contrainte ni ingérence extérieure. L’élimination rapide et efficace des armes chimiques de la Syrie renforcerait la confiance du monde dans le multilatéralisme et justifierait le choix du Comité Nobel pour ce qui est sans doute le prix le plus prestigieux de la planète. _______________________________________________________________________________ PHOTO: Reuters/Reuters – Le directeur général de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) Ahmet Üzümcü, à la Haye. Le prix Nobel de la paix 2013 a été attribué vendredi à cette organisation qui supervise la destruction de l’arsenal chimique syrien. /Photo prise le 11 octobre 2013 Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 12 ans et 6 mois
« Terra Nostra » de Carlos Fuentes
Dans le métro de Montréal, je vous invite à faire ce voyage avec moi. Le temps a cette étrange habitude de nous échapper, et pour tout repère chronologique, nous revenons à l’époque de la signature de Château Rouge, le dernier album d’Abd Al Malik, rappeur, poète, et slameur français que j’apprécie beaucoup et que j’écoutais il y a quelques minutes. Comme lui, je dirais : Ramons tous à la même cadence ! Sur la ligne verte, départ : station Honoré-Beaugrand – Est de Montréal. La route s’annonce longue mais douce, avec deux belles correspondances – Lionel-Groulx et Snowdon – et vous êtes avec moi, votre ami lecteur, avec Terra Nostra, le plus grand des romans de Carlos Fuentes, une œuvre d’une richesse immense, empruntée à la Grande Bibliothèque nationale du Québec lors d’une semaine consacrée aux écrivains hispano-américains. Il est toujours bon de lire quelque chose de nouveau, une bouffée d’air frais pour pimenter nos lectures, enfin, de la vraie diversité. Par ailleurs, je dois renouveler ce prêt, car cette ancienne parution des Éditions Gallimard, datant de 1979, me semble infiniment volumineuse, avec ses 829 pages bien remplies en petits caractères. Le temps me fait la guerre, je n’en ai jamais assez pour lire autant que je le souhaiterais, mais je me lance un défi. J’aime cela. Je m’adonne toujours à ce plaisir, cette joie, la joie de lire. Le livre est mon compagnon, et il m’arrive souvent de m’endormir et de me réveiller avec un livre. Ce n’est pas à moi de vous dire si je suis un bon lecteur ou non. Mais je termine toujours mes livres, et j’adore les dévorer. Déjà, je suis à la page 511, et bientôt à la 512e. Vous y êtes ? Nous y sommes ! Et nous sommes ici plusieurs mois avant le départ de Carlos Fuentes, un mardi 15 mai 2012. Selon la critique, il fut l’un des plus grands écrivains hispanophones de tous les temps, d’autres le considèrent comme un géant des lettres hispano-américaines du XXe siècle. Oui ! Les grands écrivains ne sont pas forcément ceux qui ont remporté un Nobel ou qui sont nobélisables, comme on veut me le faire croire. Parfois, cela conduit la littérature à perdre sa vraie valeur, son vrai sens, à cause de ceux qui se comportent trop souvent comme de véritables chiens enragés en quête de prix littéraires, comme s’ils chassaient des beefsteaks. La crise des distinctions. La plume de Carlos Fuentes me rappelle à plusieurs reprises celle de Jacques-Stéphen Alexis, le plus grand écrivain haïtien de tous les temps, ou celle de Victor-Lévy Beaulieu, l’un des plus grands écrivains québécois vivants. Notre voyage avec la Société de transport de Montréal – STM, commence à partir d’Honoré-Beaugrand, pour ceux qui connaissent bien Montréal, et le voyage littéraire se fait avec Terra Nostra, pour ceux qui ne connaissent pas Montréal mais ont au moins entendu parler de Carlos Fuentes. Ce voyage est très significatif pour nous, dans un sens symbolique, pour ceux qui se familiarisent plus ou moins avec l’histoire de ce grand écrivain hispanophone. Né au Panama en 1928, fils de diplomate, il a poursuivi ses études au Chili, en Argentine et aux États-Unis. Ambassadeur du Mexique en France de 1975 à 1977, il avait longuement vécu à Paris auparavant et avait enseigné aux États-Unis. Millénariste, érudit, avec un aspect hallucinatoire, Terra Nostra, ce maître-livre de Carlos Fuentes, scrute pourtant le passé hanté par les fantômes de Charles Quint, Philippe II et Charles II, dit l’« Ensorcelé », facette d’un personnage unique : le Monarque Éternel de toutes les Espagnes. Don Quichotte et Don Juan retrouvent dans ce chef-d’œuvre une jeunesse commune, tandis que Jeanne la Folle continue à traîner le corps momifié de son bien-aimé époux d’un couvent de Castille à l’autre. Autour d’eux, une foule de figures-collages nous restitue l’histoire en même temps que le mythe : chefs du soulèvement paysan des « Communeros », inventeurs d’hérésies, artistes et criminels, saints et fous de la mémoire vécue ou imaginée du monde hispanique. Il y a Célestine, violée par le Souverain le jour de ses noces, qui réapparaît – les lèvres tatouées, fille d’une louve et du Malin, compagne des trois bâtards marqués du sceau de l’Usurpateur, dont l’un fera le voyage initiatique vers les volcans du Nouveau Monde, comme nous allons le faire dans cet extrait : « La place Tlatelolco s’emplissait de vie, d’agitation, de bruits, de musiques, de mille menues activités souriantes ; certains donnaient forme à l’argile avec leurs mains, d’autres tissaient le chanvre, d’autres encore dansaient et chantaient ; les orfèvres façonnaient avec art et habileté d’amusants jouets en argent : un singe qui bougeait la tête et les pieds et qui tenait dans la main une quenouille qu’il semblait filer ou une pomme qu’il avait l’air de manger ; de patients artisans posaient et fixaient plume après plume, examinant chacune sous tous les angles pour voir si elle rendait mieux dans le sens du poil ou à contre-poil ou en biais, à l’endroit ou à l’envers, et qui avec une perfection extrême fabriquaient tout en plumes d’animal, un arbre, une rose ; des enfants assis aux pieds de vieux maîtres ; des femmes allaitant des nourrissons, d’autres préparant les nourritures du pays – la viande de cerf ou de daim, de lièvre, de taupe, du poisson – qu’on mangeait toujours enveloppées dans ce pain à pâte molle, rond et plat comme une omelette, au goût de fumée ; des scribes, des poètes récitant d’une voix forte ou tranquille des vers sur l’amitié, la vie brève, les joies de l’amour, le plaisir des fleurs ; je sentis leurs voix toutes proches, j’écoutai ce matin-là, mon dernier matin, leurs mots épars : Mes fleurs ne cesseront…Mon chant ne cessera…Je l’élève…Nous aussi nous élevons des chants nouveaux ici…Les fleurs nouvelles sont aussi entre nos mains…Grâce à elles nos amis se réjouissent…Grâce à elles notre tristesse se dissipe…Je réunis tes chants, j’en fais un collier d’émeraudes…Pour t’en parer…Sur cette terre, ils sont ton unique richesse…Mon cœur s’en ira-t-il aussi solitaire que les fleurs périssent ?Mon nom ne sera-t-il plus rien un jour ?Au moins les fleurs, au moins les chants… » Le vieillard me regarda écouter et observer. Et lorsque enfin je tournai les yeux vers lui, en un sentiment mêlé de joie et de tristesse, il me demanda : « Tu comprends ? » Nous sommes à la veille de l’an 2000… de l’Amérique latine, il ne reste que des terres ravagées par la publicité ou par des génocides et quelques réfugiés, témoins de ce que fut la culture d’un continent. La Seine bouillonne, les flagellants investissent Saint-Germain-des-Prés. Des tours de Saint-Sulpice s’élèvent les fumées de l’holocauste, tandis que sur les quais, les femmes de tous âges accouchent d’enfants mâles, tous marqués du sceau de l’Usurpateur : croix de chair sur l’omoplate et six orteils à chaque pied. Dans Terra Nostra, Carlos Fuentes se penche sur la naissance, la passion, la mort et la transformation de la civilisation commune à son continent. Abolissant toute chronologie connue au profit du temps réel, qui contient tous les temps, Terra Nostra est le livre des cercles, des spirales convergeant en un seul lieu. Et ce n’est pas un hasard si Carlos Fuentes situe le début et la fin de son récit à Paris – Paris fut pour lui ce point exact d’équilibre moral, sexuel et intellectuel entre deux mondes qui ont façonné notre malheur… l’anglo-saxon et le latin. Terminus ! J’ai fait le voyage dans Terra Nostra avec Carlos Fuentes, et je lui rends hommage. Je profite de l’occasion pour vous inviter à en faire autant et à placer Terra Nostra parmi vos livres de chevet. C’est tout simplement un coup de cœur parmi les vrais classiques latino-américains. Un roman qui nous invite à une quête profonde de notre personnalité cachée. Un roman gigogne, où tout est signe, symbole et allégorie… Nous descendons à la station de métro Université de Montréal, troisième arrêt de la ligne bleue en direction de Saint-Michel, à partir de Snowdon. Et nous allons laisser Carlos Fuentes partir dans son voyage sans terminus et sans arrêt. Merci d’avoir fait ce Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 12 ans et 6 mois
Francis Scott Fitzgerald, le magnifique !
Par Thélyson Orélien La quatrième adaptation cinématographique de Gatsby le Magnifique (The Great Gatsby) met en lumière l’importance du roman éponyme écrit par Francis Scott Fitzgerald. Considéré comme l’un des plus grands écrivains américains du XXe siècle, ce chef-d’œuvre de Fitzgerald, publié le 10 avril 1925, reflète parfaitement les dilemmes et les paradoxes de la dite “Génération perdue”. Le roman se déroule à New York durant l’été 1922 et explore les bouleversements sociaux et économiques provoqués par la Première Guerre mondiale, tout en offrant une critique acerbe du rêve américain. Ce rêve, tant convoité, se révèle ici comme une illusion fatale, idolâtrant les richesses et le glamour au détriment de l’éthique et de la moralité. L’intrigue débute avec l’arrivée de Jay Gatsby, incarné dans le film par Leonardo DiCaprio, un millionnaire célèbre pour ses somptueuses fêtes, qui se lie d’amitié avec Nick Carraway, un jeune marchand du Midwest. Le contraste entre ces deux personnages est au cœur du récit : Gatsby incarne la superficialité et l’excès, tandis que Carraway offre une perspective réaliste et critique de la haute société de l’époque. Dès sa sortie en salle, cette adaptation de Gatsby le Magnifique a connu un succès retentissant au box-office hollywoodien, générant des revenus considérables. Paradoxalement, le roman, tombé dans l’oubli pendant la Seconde Guerre mondiale et la Grande Dépression, n’a retrouvé sa popularité qu’en 1945, lors de sa réédition qui a touché un large public. Je recommande vivement Gatsby le Magnifique à tous ceux qui ne l’ont pas encore lu. Ce roman de Francis Scott Fitzgerald est considéré comme l’un des classiques de la littérature mondiale, se classant au deuxième rang des meilleurs romans du XXe siècle selon plusieurs classements. La nouvelle adaptation de 2013, réalisée par Baz Luhrmann, est portée par des acteurs remarquables tels que Leonardo DiCaprio, Tobey Maguire, Carey Mulligan, Isla Fisher et Joel Edgerton. À travers le film comme à travers les pages du roman, Fitzgerald nous rappelle l’importance de maintenir un regard critique sur les différentes réalités de notre société. Toutefois, il est intéressant de se demander ce que Fitzgerald aurait pensé de cette version post-moderne de son œuvre. En 1927, après avoir vu la première adaptation cinématographique de Gatsby le Magnifique, Fitzgerald a quitté la salle en plein milieu de la projection, exprimant son mécontentement. Ainsi, de toutes les interprétations cinématographiques de Gatsby, seul le roman de Fitzgerald reste véritablement magnifique. Références : – Gatsby le Magnifique, traduction de Michel Laporte, 2013, Hachette. – Gatsby le Magnifique, film de Baz Luhrmann Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 12 ans et 6 mois
Crise haïtiano-dominicaine : Qui viole la loi internationale dans le monde?
Avez-vous déjà entendu parler de la décision du président dominicain Danilo Medina appuyé de son mentor Leonel Fernadez, par le biais de la Cour constitutionnelle dominicaine, cette décision consiste à dénationaliser les dominicains nés de parents haïtiens après 1929. Ces dominicains deviendront automatiquement des apatrides. Mais la question à se poser face dans cette proposition inédite des autorités dominicaines : Que dirait le président dominicain Danilo Medina, si par exemple le président Obama décide de faire pareil, ce qui veut dire, s’il décide un beau jour de retirer la nationalité américaine aux Américains nés de parents dominicains ? Cette décision dominicaine est absurde, parce que, c’est contraire aux principes des lois internationales, ratifiées par les pays membres de l’ONU. Et quel est le mot approprié pour expliquer cette affaire : Haine? Xénophobie? Racisme? Violation des droits de l’homme? Rejet de ses propres citoyens? Par rapport à quoi? À l’origine identitaire? À la couleur de peau? etc… Appelez ça comme vous voulez, de toute façon, elle a un nom… Et ça pue de plein nez le Trujillolisme des années 30. Pendant ce temps le président de l’Association des Dominicains vivant en Haïti (Asociación de Dominicanos Residentes en Haiti), Miguel Martinez Molina estime que ses compatriotes bénéficient d’une grande hospitalité en Haïti. Il exhorte les dirigeants de son pays à respecter les droits des Dominicains d’ascendance Haïtienne et des ressortissants Haïtiens. Et quelle est la diplomatie haïtienne appropriée par rapport à de telle hostilité dominicaine? Et que dire ou que faire de ces quelques ressortissants Dominicains sur la Grande Rue de Port-au-Prince, de Pétionville, et cetera? La république dominicaine devrait être considéré en tant qu’«État voyou» par les Nations Unies et les pays membres, ce qui renvoie à l’idée d’un État qui ne respecte pas les lois internationales les plus essentielles. La participation du président dominicain, à l’ouverture de la XII Conférence Régionale sur les Femmes d’Amérique latine et des Caraïbes à Santo-Domingo, a été interrompue hier par un groupe d’environ 40 délégués étrangers, ils ont scandé des slogans et crié tous «Todos somos Haiti, Nous sommes tous Haiti» pour protester contre la décision de la Cour constitutionnelle dominicaine. Le 1er octobre dernier, le Haut Comissariat des droits de l’homme a condamné la décision Dominicaine d’arbitraire : « Nous exhortons le gouvernement dominicain à prendre toutes les mesures nécessaires pour veiller à ce que les citoyens dominicains d’origine haïtienne ne soient pas dépouillés de leur citoyenneté, conformément aux obligations internationales relatives aux droits de l’homme », a déclaré Mme Shamdasani, porte-parole du Haut Commissariat des Nations Unie Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 12 ans et 6 mois
Les îles des Caraïbes culturellement et linguistiquement fragmentées
Les îles des Caraïbes, par définition, espace très prisé des voyageurs en quête de soleil et de plages de sables fins ont longtemps été considérées comme une région politiquement, culturellement et linguistiquement fragmentée, ayant un fond unique mais varié. Les îles des Caraïbes, par définition, espace très prisé des voyageurs en quête de soleil et de plages de sable fin, ont longtemps été considérées comme une région politiquement, culturellement et linguistiquement fragmentée, ce qui lui donne un fond unique, mais varié. En raison de la longue colonisation des nations des Caraïbes, il y a un débat permanent sur les pays qui composent l’espace caribéen. Certains intellectuels insulaires plaident pour l’inclusion d’un nombre de pays latino-américains dans les Caraïbes sur la base de la similitude apparente des cultures de ces pays, y compris ceux qui étaient auparavant sous la domination néerlandaise. Sont les piliers de la culture littéraire des Caraïbes : Haïti (Jacques Stéphen Alexis, Jacques Roumain, Jean Price Mars, René Depeste, Dany Laférrière), Cuba (Nicolas Guillén), Porto-Rico (Luis Matos Paléso), Guyane française (Léon Gontrand Damas), Martinique (Aimé Césaire, Édouard Glissant), Jamaïque (Louise Bennett), Trinité (CLR James), Sainte-Lucie (Derek Walcott), Guyane (Wilson Harris) et caetera. Colonisés d’abord par l’Espagne, l’Angleterre, la France et la Hollande dans les XVe et XVIe siècles, toutes les influences associées à la culture de l’esclavage et de la tyrannie politique ont continué même après l’indépendance dans la plupart de ces pays, donnant lieu à une littérature profondément préoccupée par les questions de l’identité culturelle et ethnique; la politique, la construction ou la reconstruction des nations. La nécessité de former une identité culturelle, régionale, distincte de leurs ancêtres colonisés a conduit de nombreux intellectuels antillais à développer l’idée des Nations Unies des Caraïbes. Bien que cette notion ne soit pas encore devenue une réalité politique, mais il y a un point commun du point de vue culturel à travers les îles de la Caraïbe qui relie ces sociétés de façon très fondamentale. Une partie intégrante de cette assimilation culturelle a commencé sur les plantations esclavagistes, où une culture commune de création et d’expression se faisait sentir, culture qui continue à prospérer même aujourd’hui. Commençant dans un premier temps par des Amérindiens de la tribu des Arawaks et des Caraïbes (gravures, pétroglyphes, créations vodouesques, areytos, hymnes religieux et/ou spirituels). Les expressions créatives des immigrants africains ont survécu à l’ère de l’esclavage, jusqu’au XXe siècle, où on les a toutes retrouvées dans certaines oeuvres d’écrivains tels que Jean Price Mars, Jacques Roumain, Edward Kamau Brathwaite et Lamming George. En plus des personnes d’ascendance africaine, les îles des Caraïbes sont également une maison aux auteurs espagnols et néerlandophones, dont de nombreux écrits reflètent largement les préoccupations relatives à l’identité régionale et culturelle, à la fois dans la prose et la poésie. Un axe principal dans l’écriture de langue espagnole qui a pour nécessité l’articulation des prises de conscience face à l’existence continuelle des inégalités sociétales, les auteurs de langue espagnole des Caraïbes utilisent le plus souvent des stéréotypes coloniaux dans leurs écrits pour mettre en évidence toute prise de position. L’agitation politique et les conflits qui continuent d’affliger de nombreuses îles des Caraïbes ont également forcé un grand nombre de ces auteurs à quitter leur pays natal pour les États-Unis, le Canada, l’Europe et d’autres parties du monde. Au début, la littérature des Caraïbes était clairement une littérature de l’exil, puisque la plupart des auteurs qui écrivaient à ce moment-là avaient fui leur pays d’origine pour échapper à des sténoses politiques qui leur étaient imposées par leurs nations dominantes ; on peut citer des écrivains, tels qu’Émile Ollivier, René Depestre, Reinaldo Arenas, Dany Laferriere, Carlos Guillermo Wilson, Gérard Étienne, Alejo Carpentier, Gérard Bloncourt, et tant d’autres. Bien qu’ils aient continué à écrire sur leur pays d’origine, ils ont également incorporé leur vie dans leur pays d’adoption par le biais de leurs oeuvres. Bien que modernes, les écrits expatriés en provenance des Caraïbes continuent d’être préoccupés par l’état du pays d’origine, le discours s’est élargi pour inclure d’autres préoccupations au sujet de leurs expériences en terres étrangères. Beaucoup de ces écrivains utilisent aussi la langue d’adoption pour s’exprimer. La littérature contemporaine des Caraïbes n’a pas une tradition indigène. La civilisation précolombienne (Indiens d’Amérique) a laissé peu de gravures rupestres ou des inscriptions (pétroglyphes), et leurs traditions orales n’ont pas survécu à la colonisation du 16e siècle espagnol. On retrouve aussi une carence de tradition écrite chez les Africains de l’Ouest qui les ont remplacés. La littérature des Caraïbes depuis plusieurs siècles fut une émanation et l’imitation des modèles des puissances coloniales: Espagne, France, Grande-Bretagne, et Pays-Bas. Donc, les écrivains de la Caraïbe n’étaient pas conscients de leur propre environnement, jusque dans les années 1920, cependant que le défi d’une forme distinctive littéraire ait été accepté. Puis, dans le cadre de modernisme hispano-américain, espagnol et français, les écrivains des Caraïbes ont commencé à rompre avec des idéaux européens et à s’identifier à leur réalité. Les dirigeants de ce mouvement, principalement des poètes, étaient: Luis Matos Palés (Porto Rico), Jacques Roumain (Haïti), Nicolás Guillén (Cuba), Léon Damas (Guyane française), et Aimé Césaire (Martinique). Jean Price-Mars, un ethnologue haïtien (Ainsi parlait l’oncle, 1928), a déclaré que son but était, de restituer à son peuple la dignité de son folklore dans un discours finement exprimé. Aimé Césaire dans Cahier d’un retour au pays natal (1939), construit dans des formes poétiques des éléments rythmiques et tonals de l’archipel Caraïbes, les rituels et les formes linguistiques, en utilisant les techniques surréalistes et symbolistes. Dans les îles britanniques, le développement de la littérature nationale après 1945, a apporté sa propre contribution dans le roman dialecte populaire: Vic Reid, New Day(1949), Samuel Selvon, A brighter Sun (Un Soleil plus brillant, 1952) et The Lonely Londoners (Les Londoniens solitaires, 1956), George Lamming, In the Castle of My Skin (Dans le château de ma peau, 1953), et de VS Naipaul, The Mystic Masseur (1957) et A House for Mr. Biswas (Une Maison pour Monsieur Biswas, 1961), entre autres, et dans la poésie de Louise Bennett (Labrish, 1966). Paradoxalement, le développement de la Caraïbe anglophone a été officiellement conservateur, mais en un travail «ouvert» plutôt que d’expression autochtone, ou indigène, dans le travail de CLR James (Trinité) et la poésie de Derek Walcott (Sainte-Lucie). Dans les romans de Wilson Harris (Guyana), le symbolisme et les techniques surréalistes de la modernité réapparaissent, et la poésie de Edward Brathwaite Rights of Passage (Droits de passage, 1967), Masks (Masques, 1968), Islands (Les Îles, 1969) tente de réaffirmer la place de l’Afrique dans les Caraïbes. Quelques grandes voix de la littérature caraïbéenne: Aimé Césaire, Earl Lovelace, George Lamming, Malcolm de Chazal, Léon-Gontran Damas, René Despestre, Édouard Glissant, Jacques Aléxis, Jacques Stéphen Alexis, Gilbert Gratiant, Marie Vieux Chauvet, Édouard Maunick, Dany Laférierre, VS Naipaul, Anthony Phelps, Ernest Pépin, Daniel Maximin, Jacques Roumain, Maryse Condé, Mervyn Eustace Morris, Colville Norbert Young, Émile Ollivier, René Vázquez Díaz, Gérard Étienne, Frantz Omar Fanon, Frankétienne, Severo Sarduy, Saint-John Perse, Lyonel Trouillot, Virgilio Piñera Llera, Jean Price Mars, Raphaël Confiant, Louis-Philippe Dalembert, Joseph Zobel, Guy Tirolien, Georges Castara, Gaspar Octavio Hernández, Patrick Chamoiseau, Berthène Juminer, Rodney Saint Éloi, Gisèle Pineau, André Schwartz-Bar, Simone Schwartz-Bart, Edris Saint-Amand, Ernest Pépin, Luis Rafael Sánchez, Derek Alton Walcott, Vic Reid et caetera. Thélyson Orélien Article paru également Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 12 ans et 6 mois
Paradis sur mesure de Bernard Werber : « la vérité est dans le doigt »
Chaque jour, une nouvelle idée jaillit dans mon esprit… Ainsi commence Paradis sur mesure, une œuvre que j’ai découverte grâce à une amie précieuse, qui ne tarissait pas d’éloges sur les interprétations contemporaines des vieux proverbes. Dès la première phrase, j’ai été happé par l’écriture de Bernard Werber, cet auteur à la fois populaire et quelque peu controversé. Le recueil de nouvelles rassemble dix-sept récits où l’imagination débordante de Werber s’exprime sous forme de contes, légendes ou fables. Ces histoires, à la fois fantastiques et philosophiques, invitent à frémir, à rêver ou simplement à sourire, et sauraient charmer même le plus utopiste des rêveurs. Imaginez un monde où il est interdit de se souvenir du passé—tel est le cadre de l’une de ces nouvelles. Werber, avec son style si particulier, n’hésite pas à affirmer des idées qui détonnent avec nos connaissances actuelles. Par exemple, il avance sans aucune gêne que la construction du Grand Collisionneur de Hadrons (LHC) au CERN permettrait d’envoyer des particules à une vitesse supérieure à celle de la lumière. Une telle assertion contredit les fondements de la théorie de la relativité restreinte, établie par Albert Einstein, et ouvre la voie à une réflexion stimulante sur les limites de la science actuelle. C’est à la page 47 que j’ai vraiment commencé à comprendre pourquoi mon amie me recommandait ce livre. Cette page, qui contient la nouvelle intitulée « La vérité est dans le doigt », a agi comme une clé pour déchiffrer la langue parfois hermétique de Werber. Pourtant, cette nouvelle est moins un récit qu’un court intermède : il s’agit simplement d’un proverbe chinois, suivi de quatre variantes qui se déclinent à travers l’histoire. J’ai même pensé que ce proverbe chinois mériterait une discussion approfondie dans la nouvelle section « Lu pour vous » de mon blog, à l’instar de la question épineuse du Bien et du Mal, qui reste insaisissable. Non pas pour lancer un débat polémique, mais pour offrir à mes lecteurs une réflexion plus large. Intermède : « Lorsque le Sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt. » (Proverbe chinois)** Lorsque le Sage explique que son doigt n’a aucune importance et que seule la lune est digne d’intérêt, l’imbécile se perd dans l’éloquence du Sage. (Variante moderne de ce proverbe.) Lorsque le Sage insiste pour que l’imbécile fixe cette « maudite lune », l’imbécile, pris de peur, refuse de lever la tête. (Variante très moderne de ce proverbe.) Lorsque le Sage, à bout de patience, abandonne l’idée de parler de la lune et se résout à évoquer son doigt, l’imbécile se réjouit, trouvant le Sage éminemment compréhensible, capable de traiter même les sujets les plus incongrus, comme les doigts. (Variante encore plus moderne.) Lorsque le Sage est mort, l’imbécile se demande : « Mais au fait, de quoi voulait bien nous parler le Sage quand il dressait si haut son doigt ? » (Variante définitive.) À vous maintenant de décrypter les non-dits de ces variantes… Dans Paradis sur mesure, Werber a pris soin de citer quelques-uns de ses maîtres : Edgar Allan Poe, Jules Verne, Stefan Zweig, H.P. Lovecraft, Dino Buzzati, A.E. Van Vogt, Frederic Brown, Isaac Asimov, Stephen King, et surtout Philip K. Dick, qui semble avoir hanté de nombreuses nuits de l’auteur, avec ses récits finement ciselés. Je me dois de terminer la lecture de ces 400 pages parues chez Albin Michel, mais d’après ce que j’ai déjà parcouru, sans prétendre jouer au critique, je trouve que Werber parvient à captiver et à émerveiller, même si ses idées peuvent parfois paraître excentriques. Je ne suis pas un critique littéraire, mais un lecteur passionné, et je m’assume pleinement dans ce rôle, sans aucune prétention. Notes : Le Grand Collisionneur de Hadrons (LHC) est un gigantesque instrument scientifique situé près de Genève, à la frontière franco-suisse, à environ 100 mètres sous terre. Cet accélérateur de particules permet aux physiciens d’étudier les composants fondamentaux de la matière. Paradis sur mesure de Bernard Werber, Éditi Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 13 ans et 2 mois
Que faire quand des inversions sont devenues banales
Que faire quand le cirque quotidien du secteur public haïtien se transforme en un carnaval permanent de rires et de moqueries ? Les 10, 11 et 12 février 2013, au Cap-Haïtien, bien que nous n’y étions pas, nous avons saisi l’essence de cette comédie nationale. Mikhail Bakhtine, le grand philosophe russe de la théorie littéraire, dans une de ses études sur la culture populaire, a examiné le carnaval sous un angle unique : sans frontières entre acteurs et spectateurs, tous plongés dans une même farce vivante. Parmi mille définitions possibles, le carnaval peut être ce subtil terrain de jeu, parfois sarcastique, où l’on exprime son ras-le-bol avec joie, anticipant les réjouissances populaires contre une culture officielle, hégémonique et répressive, à l’image grotesque d’un régime autoritaire. Historiquement, le carnaval remonte aux fêtes païennes de l’Antiquité. Ces fêtes célébraient les dissolutions temporaires des différences entre riches et pauvres, effaçant les frontières entre le beau et le grotesque, le sacré et le profane à travers des masques de toutes natures. Les participants adoptaient d’autres identités, offrant une échappatoire à la monotonie quotidienne. Le carnaval était donc le royaume des inversions. Mais que faire quand ces inversions deviennent la norme quotidienne ? Quand tout est dit et fait pour le rire, quand la moquerie, le ridicule, et le risible sont les acteurs principaux de la vie nationale et des affaires de l’État, on pourrait penser que le carnaval en Haïti est un spectacle sans fin, se déroulant “Non-Stop” toute l’année. Inutile de dresser la longue liste des absurdités spécifiques, il suffit de suivre l’actualité haïtienne pour en avoir une idée aussi lucide qu’objective. Le carnaval devrait être une fête véritablement démocratique dans ce pays, offrant pour la première fois une liberté d’expression totale, sans censure, pour ceux qui aiment dire la vérité telle qu’elle est, ceux qui en profitent, ou même ceux qui préfèrent garder le silence. Les folies sont aussi essentielles pour ceux qui dansent au rythme des musiques préfabriquées des trois jours gras, que pour ceux qui ont besoin d’une pause dans ce carnaval perpétuel. Certaines personnes croient que la politique est un antagonisme entre l’amitié et l’inimitié, que la dissidence et l’opposition sont des fins en elles-mêmes, plutôt que des moyens d’exprimer des opinions divergentes pour le bien commun. Le but ultime de la dissidence n’est pas de prouver qu’une faction possède la vérité, mais de réaliser le bien commun. En Haïti, cette vision de la politique est souvent déformée. Seuls ceux qui aiment véritablement le pays peuvent surmonter leurs différences et s’unir pour le bien de tous. Pour atteindre cet objectif, le pays a besoin d’unité autour de la foi civique dans la liberté commune et du pluralisme, d’accords et de désaccords constructifs. Le leader qui s’oppose au pluralisme et instaure la censure s’oppose à la démocratie elle-même. Pour une année plus rose, espérons plus de respect mutuel et de liberté d’expression, pour le bien-être des danseurs, des chanteurs, des musiciens, et du pays tout entier ; afin de retrouver la joie rafraîchissante et la vivacité des s Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 13 ans et 2 mois
Le prochain pape devrait être plus jeune
Les cardinaux étaient tous dans la Cité du Vatican le 11 février dernier. Ils pensaient qu’ils allaient se réunir dans la salle du Consistoire afin d’entendre parler de canonisations imminentes. Au contraire, ils ont été abasourdis par l’annonce du pape Benoît XVI à propos de sa démission de la papauté à partir du 28 février. L’ancien cardinal Joseph Ratzinger est devenu le chef du Saint-Siège le 19 avril 2005. Il est le premier pape à démissionner depuis Grégoire XII en 1415, qui avait mis un terme au Grand Schisme d’Occident, une crise pontificale qui a touché le catholicisme au tournant des XIVe et XVe siècles (1378-1417), divisant pendant quarante ans la chrétienté catholique en deux obédiences. Une autre démission remarquable a eu lieu en 1294, lorsque Célestin V, en réponse à son propre sentiment d’inadéquation face aux charges politiques et financières de la papauté, a publié un décret autorisant le pape à démissionner. Le motif du pontife actuel est qu’il n’a plus les forces de l’esprit et du corps nécessaires pour l’exercice adéquat du ministère pétrinien. La démission du pape ouvre la porte à un ministère vacant, mais comme le pontife n’est pas mort, c’est le Collège des cardinaux qui choisira en toute légitimité le successeur de Benoît XVI. Ils n’auront pas à tenir leur élection dans l’intervalle habituel compris entre 15 et 20 jours. Le conclave pourrait en théorie avoir lieu très peu de temps après la date butoir du 28 février. En tout cas, le cardinal supérieur prendra le relais du pape en fonction jusqu’à l’élection. Après sa démission, Benoît XVI ne jouera plus aucun rôle dans l’Église. Il va probablement se consacrer à l’étude et au repos. Son héritage, néanmoins, sera presque bouleversé. Il a été élu après un discours très conservateur lors du conclave en 2005. Comme pape, il a lutté contre les éléments libéraux de l’Église et a également freiné l’œcuménisme, mouvement visant à rassembler les Églises chrétiennes en une seule. Beaucoup plus controversé, cependant, à la tête du corps qui maintient la discipline parmi les prêtres, il a, sur le témoignage de certaines lettres présentées devant les tribunaux américains, entrepris au nom de l’Église de demander pardon pour les abus sexuels sur des mineurs perpétrés par des prêtres catholiques. Sur d’autres questions, il s’est opposé à la contraception, y compris l’utilisation du préservatif pour prévenir la transmission du VIH dans le mariage, à l’avortement en toutes circonstances et à la fécondation in vitro. Quant à son successeur, l’idée gagne du terrain que le prochain pape devrait être africain ou latino-américain, mais le vote pourrait bien être influencé par le fait que la moitié du Collège des cardinaux est européenne, même si la majeure partie des pratiquants, parmi les 1,1 milliard de catholiques, vivent dans les pays en voie de développement. En tout cas, beaucoup de cardinaux ont été nommés par Benoît XVI lui-même. Ainsi, l’Église de Rome est peu susceptible de voir des changements rapides au niveau doctrinal. Cela dit, le prochain pape, aux yeux de la plupart des catholiques, devrait être plus jeune et être un meilleur communicateur ou quelqu’un capable de répondre aux défis moraux et œcuméniques posés Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 13 ans et 3 mois
Il nous faut beaucoup d’imagination pour affronter une révolution
Pour Fabian Charles, En réponse à La Révolution Anonyme Il nous faut beaucoup d’imagination pour affronter une révolution, car son cours n’obéit pas à une trajectoire régulière ou actuelle. Elle avance par saccades, reculs et bonds en avant. Elle se manifeste par des sauts d’énergie et des renversements dialectiques. Convenons d’abord que nous nous approchons à pas de géant d’un stade entièrement nouveau d’une révolution au-delà des évolutions éco-techniques – de stades super-industriels – pourrions-nous alors percer un jour la signification de notre époque ? Acceptons donc l’hypothèse révolutionnaire et nous pourrons donner libre cours à notre imagination de manière à être capables d’affronter l’avenir. À nous autres, petits gens, l’avenir est la Grande Cause. Notre révolution est une révolution de la Paix. C’est notre victoire sur l’avenir. Espérons-le… Toute révolution est synonyme de nouveauté. Elle fait couler à flots l’inconnu dans la vie d’individus innombrables en les mettant en présence d’institutions inhabituelles et de situations inédites. Les changements qui nous guettent nous atteindront jusqu’au cœur de notre vie personnelle, car ils métamorphoseront les structures familiales et les attitudes sexuelles traditionnelles, feront voler en éclats les rapports conventionnels entre les jeunes et les vieux, pulvériseront les valeurs qui s’attachent actuellement à l’argent, au succès et modifieront les travaux, l’éducation jusqu’à les rendre méconnaissables. Bien plus, tout cela se déroule au milieu de ces progrès scientifiques spectaculaires, brillants et pourtant terrifiants. Rien ne dure… les choses changeront ou sont en train de changer, pour le meilleur ou pour le pire, seul l’éphémère est là pour rester, les éphémérides sont les premières clés pour notre société, notre nouveauté en est la seconde. Par-là, bien des membres de ce monde super-informatisé et modernisé ne se sentiront jamais chez eux. Semblables à des voyageurs qui, à peine installés dans un pays étranger, à peine leur adaptation terminée, découvrent qu’ils doivent le quitter pour un autre puis un autre encore, et un autre ensuite, ils finiront par avoir l’impression d’être des étrangers sur une terre étrangère. Le changement est à même d’éliminer la faim, la maladie, l’ignorance et la brutalité dans notre cité, sans être obligé de marcher dessus en simulacre de sud au nord. En outre, en dépit de toutes prophéties pessimistes des penseurs à œillères, il ne mutilera pas l’être humain, il ne l’écrasera pas dans un monde uniforme, pénible et grisâtre. Bien au contraire, il regorgera de possibilités nouvelles d’épanouissement personnel, d’aventure et de plaisir. Il sera haut en couleur et ouvrira un champ immense à l’originalité. Le problème n’est pas de savoir si nous pouvons survivre à l’embrigadement et à la standardisation, mais bien, comme nous le verrons, de découvrir s’il peut maîtriser notre propre liberté. Et pourtant, nous avons droit à une seule première et à une seule dernière fois pour trouver l’ultime place, réellement plonger dans ce monde grouillant de nouveauté. Vivre à un rythme accéléré, c’est une chose quand on a affaire à des situations plus ou moins non familières, mais c’en est une autre complètement différente quand il faut affronter des circonstances neuves, étranges et jamais rencontrées. En lâchant les forces de l’inconnu, nous nous catapultons dans le royaume de l’inhabituel et de l’imprévisible et, ce faisant, nous aggravons encore plus dangereusement les problèmes inhérents à l’adaptation, l’assimilation ou l’allégeance requise, car notre jeunesse si naïve, dépourvue d’âpreté de vie constitue un mélange explosif. Tout cela peut sembler discutable, certes ; aussi, il importe que nous examinions ensemble certaines des innovations à venir. En joignant à l’analyse rationnelle toutes les qualités d’imagination dont nous sommes capables, projetons-nous d’un coup d’aile dans nos révolutions sans noms, sans âges, sans craindre de nous égarer parfois – l’imagination n’est libre que lorsque la peur de l’erreur est momentanément écartée. Quand on spécule sur l’avenir, mieux vaut le faire par audace que par prudence. La raison en saute aux yeux dès qu’on commente le temps au présent. Thélyson Orélien Montréal, 27 Janvier 2013 Li Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 13 ans et 3 mois
L’investiture d’Obama : « une idée humaniste et des leçons d’audace pour le monde »
L’investiture du 44e président des Etats-Unis Barack Obama, qui a lieu ce lundi 21 janvier devant le Capitole, constitue l’un des temps forts de la vie politique américaine nous a appris le journal belge, Le Soir. Les engagements qu’il a pris au début de ce second mandat expriment son profond désir de radicaliser les politiques publiques dans l’intérêt des Américains. En abordant des questions controversées telles que la culture des armes dans la société qui l’a élu, la dégradation de l’environnement, les guerres, les droits des minorités, des homosexuels, des femmes et les préjugés auxquels font face certains immigrants irréguliers, Barack Obama s’est révélé être un humaniste hors du commun, unique parmi les hommes d’État du monde actuel. Dans un discours solennel d’une vingtaine de minutes, aux accents progressistes et rassembleurs, il a défendu des intentions qu’il espère transformer en actes concrets au cours des quatre prochaines années que son second mandat lui permettra d’accomplir. En assumant des valeurs profondément humanistes, Barack Obama a utilisé son investiture pour offrir des leçons audacieuses à chaque individu, non seulement aux Américains, mais aux citoyens du monde entier. Le président Obama a aussi abordé certains sujets spécifiques qui affectent la politique publique interne des États-Unis, comme les restrictions à imposer sur la possession d’armes. En peu de mots, la majorité des questions abordées par le président furent de grande envergure. Il est revenu sur des sujets clés, notamment au plus fort de la crise économique de 2008, pour essayer, sans doute, de poursuivre ses perspectives non abouties et ses actes manqués durant les quatre premières années, au moment où le système financier américain a besoin d’une certaine forme de contrôle. Il n’a pas omis de faire avancer des propositions courageuses, comme la fermeture de la prison de Guantanamo, considérée comme une aberration juridique internationale, en espérant réaliser partiellement la réforme du système de santé et de la sécurité du pays. Il y a sans doute des problèmes en suspens auxquels s’ajoutent de nouveaux défis. Ce qui importe dans l’ensemble des idées démocrates en substance, ce sont des questions complexes nécessitant des approches assez hardies. Espérons que les mentalités républicaines seront en accord avec ce que le président démocrate a promis, en ce moment crucial de grande détresse où les Américains et les Américaines (voire la population mondiale) espèrent une transformation des rhétoriques de la politique actuelle sur divers points, comme le dossier du réchauffement climatique ou la réduction des guerres via des interventions militaires externes. Car, quand l’Amérique tousse, le monde a la coqueluche. Il est également intéressant pour chaque personne de toutes nations démocratiques ou en conflit avec des gouvernements despotiques de défendre sans concession des valeurs que les Américains ont su préserver jusqu’à présent, telles que la liberté d’expression, le libre marché et la capacité à s’engager et à innover. Obama représente toutes ces vertus américaines, exaltées lors de la cérémonie d’investiture. Le président Barack Obama n’a pas fait de discours sur des généralités insignifiantes ou fantaisistes, mais sur des sujets spécifiques et précis, ce qui peut l’exposer, sans doute, à des accusations de plus en plus sévères à la fin de sa deuxième administration, dans un monde où les gestes de bonne volonté du gouvernement Obama-Biden, comme dans tout autre gouvernement de n’importe quelle région de l’Occident, peuvent paraître souvent trop vagues ou contradictoires avec des anciennes pratiques parfois très à droite. Sur les questions environnementales : “Nous réagirons à la menace du changement climatique, en gardant à l’esprit que ne pas le faire constituerait une trahison pour nos enfants et les générations futures”, a déclaré Obama face à une foule de plusieurs centaines de milliers de personnes. Contrairement à l’administration qui l’avait précédé, il a été clair et précis sur cette question que méprisent encore certains dirigeants de pays puissants. Mais en comparant 2009 à 2013, dans la foulée des gens qui venaient l’acclamer en répondant à l’appel de cette seconde prestation, il reconnaît déjà le sentiment de frustration que peuvent ressentir les citoyens américains (s’il échoue, bien entendu) comme si l’avenir dépendait directement de sa propre conduite. Thélyson Orélien M Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 13 ans et 3 mois
Trois ans depuis que la terre a tremblé sous nos pieds
Parler d’une catastrophe aussi dramatique et bouleversante que celle qui frappe le peuple haïtien, évoquer les morts, les blessés, les disparus, toute cette misère, ce n’est pas une affaire de style ni une quête pour décrocher la palme d’or du commentaire le plus émouvant. Ces déluges verbaux ne débouchent souvent sur rien, si ce n’est à satisfaire l’ego de leurs auteurs. Écrire : “Nous sommes tous des Haïtiens”, après avoir écrit il y a cinq ans, au lendemain du tsunami : “Nous sommes tous des Taïwanais ou des Sri-Lankais”, est un mensonge. – Alain Genestar La terre a tremblé ce mardi de janvier. Il était quatre heures cinquante-trois minutes dans l’après-midi, et il a suffi d’une vingtaine de secondes pour que tout bascule. Des gens ont péri écrasés autour de nous par des débris de béton. Des plaies ouvertes, des taches de sang, des rues jonchées de gravats, des ponts effondrés et le palais présidentiel en ruines. J’ai d’abord entendu des grondements, puis des effondrements. J’étais à l’intérieur de la seule maison restée encore debout dans un coin de l’Avenue Poupelard, au bas de Saint-Antoine de Padoue, en plein cœur de la destruction de Port-au-Prince. Une ville que j’ai appris à aimer. Une ville autrefois si belle, qui se tenait fièrement debout. Ce fut la première fois que j’ai entendu la terre crier sous mes pas, tel un coup de tonnerre venant de ses entrailles qui secoua violemment tout, même les plantes. Trois ans après, et nous ne cessons de trembler au rythme de notre existence. Haïti n’est pas un pays pauvre, c’est plutôt le pays le plus appauvri de l’hémisphère Nord. Au lendemain du douze janvier, l’éditorialiste de Radio France Internationale (RFI), Alain Genestar, a écrit dans son éditorial intitulé “Nous ne sommes pas tous des Haïtiens” : « Dans quelques semaines ou mieux, dans deux ou trois mois, nous serons passés à autre chose, à une autre émotion, une histoire chassant l’autre. Il y aura même des prétendus experts en cause humanitaire, qui nous expliqueront à coup sûr que finalement on en a beaucoup trop fait pour Haïti, qu’il y a trop d’argent et que de toute façon la corruption est telle que les fonds sont détournés… comme si nous, les riches, étions des petits saints, comme si nous n’avions pas exploité et sucé jusqu’à la moelle leurs ressources et asservi tout au long de l’histoire leurs pères et leurs enfants. » Il continue : « Compte tenu de tout ce que nous savons, de tout ce que nous avons fait, de tout le mal dont nous avons été autrefois les auteurs, puis plus tard les complices, ce n’est pas d’aide charitable, mais d’indemnité et de dédommagement dont ils ont besoin. Non, nous ne sommes pas tous des Haïtiens; nous sommes des Français, des Espagnols, des Américains qui doivent rendre leurs dettes au peuple d’Haïti. » Fin de citation. Il faut dire que le séisme n’a pas été la seule pire catastrophe qu’Haïti ait connue. Le poids de terribles drames la tiraille encore. Trois longues années d’apparences trompeuses et de faux semblants sous un ciel déchiré de nuages bouillonnants. La conjoncture haïtienne est embrouillée quotidiennement par la connivence des uns et l’incompétence des autres. Les interminables troubles politiques, entremêlés de tensions sociales, ne cessent d’occasionner des répercussions économiques critiques et graves sur le pays. La misère bat son plein, plongeant surtout la masse dans un état d’infortune lamentable, chaotique et révoltant. Le sinistre tableau de la société haïtienne, Hector Hyppolite et Jean René Gérôme l’auraient peint avec des larmes. Pas un acte concret n’a été posé pour régulariser cette triste réalité, sinon que des palabres à n’en plus finir. Il y a lieu de s’inquiéter et de se poser continuellement des questions quant à l’avenir d’Haïti : des interrogations qui concernent tous les Haïtiens et les Haïtiennes. Depuis janvier 2010, les fissures sont loin d’être réparées. La terreur des premières secousses est encore là. Mais Haïti, comme toujours, veut rester optimiste envers et contre tout. Car nager dans le pessimisme revient à choisir de ne pas apporter une pierre participative et à adopter une attitude de spectateur passif face à une situation très compliquée. Trois ans d’un impossible combat, et malgré tout, nous tenons bon. Mais il y a de quoi être sceptique quant à l’avenir, lorsque le présent est si critique. Un lendemain meilleur suppose d’abord des préparatifs de base. Il faut identifier ce qui nous empêche d’avancer. La devise « l’union fait la force » implique aussi de savoir avec qui s’unir pour sortir du bourbier une bonne fois pour toutes. Thélyson Oréli Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 13 ans et 4 mois
Un manque de responsabilité sociale et historique dans un moment de détresse ?
La principale bataille se déroule actuellement au Congrès américain. Les démocrates exigent une augmentation du taux d’imposition des ménages les plus riches pour financer des plans d’épargne sociale solides, mais l’opposition républicaine s’y oppose fermement. Les Américains se trouvent à quelques heures seulement d’un redoutable abîme fiscal, suspendu au-dessus de leurs têtes telle une épée de Damoclès. Le président Barack Obama a intensifié les négociations avec les dirigeants républicains, cherchant désespérément à éviter une nouvelle crise financière par le biais de mini-accords. Selon certaines sources au Congrès, l’accord en discussion prévoit une extension limitée des réductions d’impôts pour les familles gagnant moins de 250 000 dollars par an, une prolongation des prestations d’indemnisation du chômage, et des dispositions pour éviter les coupures de remboursement des médecins. Les experts prévoient également un report de certaines réductions budgétaires, probablement liées aux secteurs de la défense. L’objectif d’Obama est d’éviter une hausse générale des impôts accompagnée de fortes réductions des dépenses publiques, qui entrerait en vigueur dès le 1er janvier 2013 en l’absence d’accord. C’est une véritable partie de bras de fer où aucun camp ne veut céder. Toutefois, les prochaines 24 heures seront décisives pour déterminer si un compromis est possible. Il y a deux jours, le président américain a rencontré les dirigeants de la majorité démocrate et de la minorité républicaine au Sénat, Harry Reid et Mitch McConnell, le président républicain de la Chambre des représentants, John Boehner, et la chef de la minorité démocrate, Nancy Pelosi. Cependant, cette fin d’année que les dirigeants américains offrent à leur peuple est loin d’être sereine, particulièrement en raison de l’intransigeance de l’opposition républicaine, ancrée dans le fondamentalisme du Tea Party. La nouvelle année pourrait débuter avec une forte réduction des dépenses publiques et une augmentation générale des impôts, ajoutant jusqu’à 646 milliards de dollars qui s’abattraient sur une économie américaine en pleine relance, affectant par extension le reste du monde. « Selon une analyse de la Banque TD, si le fameux précipice fiscal se produisait en 2013, les États-Unis perdraient environ 3 % de leur croissance, ce qui comprimerait leur économie de 1 %. Par ricochet, l’économie canadienne devrait connaître une baisse située entre 1 et 1,8 %, selon le rapport de la TD, ce qui est assez radical. Toutefois, il semble que l’économie canadienne pourrait garder la tête hors de l’eau, même si ce n’est que de justesse. Cette prévision ne prend toutefois pas en compte les éléments humains comme la perte de confiance ou l’effet de panique qui pourraient aggraver la situation », rapporte une source d’Associated Press citée par Gérald Fillion, journaliste spécialisé en économie à Radio-Canada. Parmi les organismes gouvernementaux américains les plus touchés figurerait le ministère de la Défense, symbole de ces temps de crise, avec une perte de 55 milliards de dollars, un montant similaire affectant également le budget des programmes sociaux, y compris l’aide médicale pour les retraités et les chômeurs. Un exemple concret : les familles qui gagnent entre 4 000 et 6 000 dollars par mois, représentant la grande majorité du pays, verraient une augmentation de leur imposition moyenne de 2 500 dollars. Une telle charge est particulièrement lourde pour un pays qui se remet encore de la crise des prêts hypothécaires de 2008. Il est donc unanimement reconnu à Washington que le pays a besoin d’une réforme fiscale. Cependant, les républicains et les démocrates peinent à trouver un terrain d’entente en raison de leurs profondes divergences idéologiques. La question demeure : ce blocage traduit-il un manque de responsabilité sociale et historique en ce m Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 13 ans et 4 mois
La poésie serait parole d’espoir malgré tout
De toutes parts, résonne un son de cloche. Un son de cloche dont il m’est pénible de me faire ici l’écho, ayant toujours beaucoup aimé, et aimant encore les plaisirs que cette cloche condamne. À chaque instant, j’entends dire autour de moi : « Je ne lis plus de poésie. » Répété par tant de bouches dignes de considération, cela finit par impressionner fâcheusement des poètes de mon espèce, qui ne poursuivent guère dans la force des mots que leur agrément. Et voilà que maintenant mon ami, le libraire de la Côte-des-Neiges, me confirme cette triste réalité : « Faut-il donc se résigner à ne vendre que de rares recueils de poésie ? » me dit-il avec amertume. « Les gens ne lisent plus de poésie. » Je m’efforce de le rassurer, car si j’interroge, si je pousse davantage ceux qui prononcent cette condamnation, j’apprends qu’ils ne délaissent pas la beauté, les images et le pouvoir incantatoire des mots pour se jeter dans les voyages, les émotions et les imaginations. Je n’ai pas manqué de demander en chemin ce qu’ils recherchent dans leurs lectures – d’un usage plus relevé, sans doute, plus sérieux – et j’ai été surpris d’apprendre qu’ils n’aspirent qu’à satisfaire le goût de l’aventure et du dépaysement qu’offre totalement la poésie, la vraie, la bonne, en somme brimée par la vie courante dont la satisfaction faisait jusque-là le principal attrait. Nos contemporains sont donc réduits à chercher séparément dans trois genres différents ce que la poésie avait pour objet essentiel de leur fournir dans le même ouvrage et qui constituait proprement le message poétique. Cette constatation, je l’avoue, ne m’a pas rassuré sur moi-même, car il est toujours pénible de se croire une exception, mais elle m’a apporté un brin de consolation en ce qui concerne certaines poésies d’hier. Il est clair que sous quelques prétextes d’esthétique ou de style, la poésie est devenue, à quelques exceptions près, la proie de certains discoureurs ou de néophytes. Mais attention ! Il ne faut surtout pas confondre un jeune avec un néophyte, car, comme le dit Picasso, on met longtemps pour devenir jeune. Cela tient peut-être à ce qui est aussi le domaine quasi exclusif de ceux qui tendent à tout ramener à une forme qui leur est plus naturellement propre qu’à celle d’une méthode établie. On comprend que le public s’en détourne et refuse d’entrer dans un jeu qui n’est pas le sien et qui n’a plus rien de commun avec l’aventure qu’il recherche. Il se jette vers d’autres livres ou d’autres genres littéraires qui, malgré les étiquettes, parlent davantage à son imagination et à son cœur. La vie moderne est pleine de discours, notre temps quotidien en est de plus en plus encombré. Les ateliers, les bureaux, les boutiques, les rues sont remplis de beaux raisonneurs qui ont chacun leur explication de la crise, leur plan de réforme, leurs vues générales et définitives sur le monde. C’est une conséquence inévitable des régimes en place. Mais qu’au moins ceux et celles qui ont pris la charge de nous amuser ne nous entraînent pas dans les mêmes errements et ne viennent pas nous accabler de leur rhétorique quand il nous faudrait des émotions. Dans une de mes discussions toujours fructueuses et approfondies avec des lecteurs de La Parole En Îles-Monde, une lectrice m’a dit ceci : « Je ne suis pas poète, mais je pense que si j’en étais une, la poésie aurait pour moi plusieurs utilités : Tout d’abord, probablement comme dans tout type d’art, il y a dans un poème le moyen de faire passer un message, qu’il soit présenté sous la forme d’une métaphore, qu’il soit engagé ou non. Cela peut être également une invitation au voyage, qui nous emmène dans un ailleurs inexploré. Je trouve personnellement que la poésie sert principalement à procurer et transmettre des émotions au lecteur ». Oui, Amélie, tu as tout à fait raison, l’une des principales missions de la poésie est de transmettre des émotions. Il y a là, proprement, la difficulté et le secret peut-être de ce que certains appellent la défaillance de la poésie moderne. On dirait parfois que la poésie est faite pour les poètes, et à chaque fois que je rencontre une personne lisant ou achetant un recueil de poésie à la librairie de mon ami, je me dis : voici un poète. Cette poésie est là pour faire sentir et ramener des émotions. Aimant encore beaucoup les émotions fortes, il faut continuer de se rencontrer dans les cafés littéraires, les marchés de poésie, les nuits de poésie, les cabarets littéraires et les marathons de lecture pour ramener le chant qui peut narguer le son de cloche, ayant pour but de tout monopoliser. J’ai le désir de revoir un autre Tranströmer. Et puisque j’existe, j’ai le droit de penser que la poésie est loin d’avoir pour intention d’enfiler des idées et des raisonnements pour les assembler en un faisceau où seuls les poètes seraient entraînés. Elle répond aussi à des besoins personnels et sociaux de la société actuelle dans laquelle nous vivons, permettant de réfléchir aux thèmes universels. C’est également un moyen de communication et de fraternisation entre les peuples, une arme contre la violence et les guerres. Cocteau disait : « La poésie dévoile, dans toute la force du terme. Elle montre nues, sous une lumière qui secoue la torpeur, les choses surprenantes qui nous environnent et que nos sens enregistraient machinalement. » Et moi, je ne me fatigue pas de répéter : la poésie est parole d’espoir, malgré tout. De tous les avatars que nous traversons durant notre passage terrestre, que restera-t-il sinon ces paroles mille fois enroulées et déroulées, et quelques gestes qui nourriront les légendes ? La poésie peut être aussi ce coquillage où résonne la musique du monde, une épiphanie par essence, le lieu d’une véritable incantation et de charmes, où l’intimité peut devenir cette charnière de l’identité. J’ai recueilli à ce sujet les confidences d’un de mes amis poètes, un peu plus âgé que nous, qui passe à toute vitesse de la poésie au roman. Avec son talent de jeune romancier, il va probablement réussir brillamment dans le genre romanesque. « Je croise les doigts en son nom et je lui souhaite beaucoup de succès. » J’eus la joie de pouvoir le féliciter pour sa persévérance, car il voyait bien, indépendamment de ses passeurs, où se cachait le lièvre. Ce jeune écrivain, quand il commençait à se sentir le goût des fictions, m’avouait toute la peine qu’il se donnait et sa surprise de trouver plus de rigueur dans les faits que dans les idées, tant de résistance pour assembler et plier à quelque vraisemblance les actions et les sentiments. Ce sont les actions ou les faits d’une vie osée, les sentiments d’une existence étonnante, mais écrits sous une plume qui n’oublie pas sa poésie. Il est toujours bon d’être poète avant de devenir romancier. Mais à ce jeune homme, il reste beaucoup à apprendre. Dans un livre ancien intitulé Débats, rempli des plus nobles soucis de l’art, et dont je compte recommencer la lecture que je recommande à tous, son auteur Henri Massis, figure majeure de la scène intellectuelle française au commencement du XXe siècle, indique bien la cause de cette désaffection du public pour la poésie face au roman. Il faut bien prévoir que le lecteur s’en écartera aussi longtemps qu’il trouvera cette impression de désert ou de flanc battu, suivant que sa nature est plus sensible au vide qu’il constate ou à l’effort qu’il devine. Massis, l’inventeur du pathétique des idées et d’un certain romanesque de l’histoire, rappelle dans son ouvrage l’exemple de Barrès et la nécessité de ces hautes préoccupations spirituelles et morales qui ne sont plus de mise aujourd’hui et que nos écrivains semblent avoir perdues. Le vrai, dans les plus grandes comme dans les plus petites choses, me paraît inaccessible, sinon aux poètes dans leurs jeux, aux romanciers dans leurs histoires. Pour moi, je dois avouer que, comme dans la poésie, j’ai trouvé dans le roman et les essais savants quelques-unes des meilleures joies de mon existence, qui ne se plaît pas seulement aux images du passé, du temps où tout ce que nous aimions avait encore de l’importance, où les jours nous paraissaient moins bousculés et où la paix suffisante pour se plaire à ces divertissements de Continue Reading Thélyson Orélien a écrit un nouvel article il y a 13 ans et 4 mois
L’économie de l’éphémère
L’été dernier, sous le soleil ardent de juillet qui étouffait Montréal de sa chaleur oppressante, j’ai fait la rencontre d’un vieil homme, un ancien militaire des forces armées canadiennes. Notre échange, qui avait débuté par une conversation anodine dans un dépanneur près de la rue Sherbrooke Est, nous a menés au Van Houtte, un café voisin, où nous avons prolongé notre discussion. J’ai toujours eu une affection particulière pour les conversations avec ceux qui ont traversé les âges et qui comprennent que la jeunesse n’est ni une faute, ni un péché, mais plutôt une promesse. « Il fut un temps, me confia-t-il, où l’idéal était la continuité. Qu’il s’agisse de confectionner une paire de chaussures ou de bâtir une église, un homme consacrait toute son énergie à rendre son œuvre aussi durable que possible. Il travaillait avec la conscience aigüe des générations futures, se souciant de leur bien-être et de leur héritage. » Autrefois, dans une société où le changement se faisait rare, chaque objet avait une fonction bien définie, et l’économie favorisait la durabilité. Les biens, bien que plus coûteux, étaient conçus pour durer cinq à dix ans, et restaient plus rentables, même avec quelques réparations occasionnelles, que les produits bon marché et éphémères d’aujourd’hui. Cependant, avec l’accélération du rythme de vie et les transformations sociales, cette logique de la permanence a progressivement cédé la place à une économie de l’éphémère, où la nouveauté prime sur la durabilité. Premièrement, les avancées technologiques ont considérablement réduit les coûts de production, rendant la fabrication d’objets non seulement plus rapide mais aussi moins onéreuse que leur réparation, souvent artisanale. Remplacer un objet est devenu économiquement rationnel, même si sa durée de vie est moindre comparée à celle des objets réparables. Cette logique, bien que pragmatique, nous entraîne dans une spirale de consommation rapide et superficielle, où le jetable devient la norme. Deuxièmement, la technologie permet une amélioration continue des produits. Mon ordinateur actuel, bien que coûteux, surpasse de loin le précédent. La science et la technologie évoluent à une telle vitesse qu’il semble plus judicieux de fabriquer des objets pour une durée limitée, plutôt que de viser leur longévité. À Montréal, il n’est pas rare de voir des immeubles être démolis après seulement quelques années d’existence, car il est souvent moins coûteux de reconstruire que de moderniser ce qui existe déjà. Troisièmement, l’accélération de notre civilisation rend la prévision des besoins futurs de plus en plus incertaine. Nous devenons des architectes de l’éphémère, conscients du changement incessant, mais incapables de prévoir les exigences de demain. Cette incertitude nous pousse à privilégier des solutions à court terme, au détriment d’investissements durables qui pourraient mieux résister à l’épreuve du temps. Enfin, cette civilisation de l’éphémère engendre une chaîne de réactions, avec des objets conçus pour des usages temporaires, mais souvent multiples. Ces articles, bien que parfois coûteux, sont fabriqués pour être démontés, réassemblés, déplacés, dans une logique où la flexibilité prime sur la permanence. Alors que nous sirotions nos cafés au Van Houtte, le vieil homme poursuivit : « Il fut un temps où tout était relativement permanent, où un homme pouvait espérer que ses enfants et petits-enfants jouissent des mêmes choses que lui. Aujourd’hui, tout a changé. Les bureaux d’études nous abreuvent de constructions provisoires et réutilisables, d’un modernisme éphémère. » Ainsi, notre époque semble se redéfinir sans cesse, dans une quête perpétuelle de nouveauté et d’adaptation. Le temps, dans son essence même, n’est plus qu’une succession d’instants démontables, toujours en mouvement, toujours à la recherche d’une forme de modernité qui échappe pourtant, à chaque instan Continue Reading - En afficher davantage




















