Président Jovenel Moise (Wikimedia Commons)
Le 7 juillet 2021, le président haïtien Jovenel Moïse est assassiné chez lui à Port-au-Prince par des hommes armés. Cette prose poétique se veut un hommage à cette tragédie, un cri de douleur et de résilience pour un peuple marqué par la violence et l’injustice.
Dans la nuit, le silence a été joviellement déchiré par la détonation. Un cri étouffé par le fracas des balles, et la terre d’Haïti s’est alors teintée de sang, rouge sombre, rouge profond, rouge de deuil. Trois ans ont passé, et le sang n’a toujours pas séché. Les blessures béantes suintent encore de douleur. Les balles ont laissé des trous dans la mémoire, des échos de violence qui résonnent sans fin.
À Port-au-Prince, les rues murmurent encore le nom de Jovenel, président déchu. Son corps criblé, son esprit dissous, des rêves envolés dans un souffle de poudre. Un futur arraché par la morsure du métal. Le vent chuchote des lambeaux de vérité, des fragments de justice éparpillés. Dans chaque goutte de sang, un cri, un appel muet pour une paix introuvable. Le sol sacré, témoin impuissant, absorbe les larmes, les hurlements. Les âmes errantes des victimes de la nuit cherchent des réponses dans le chaos. Des visages se tournent vers le ciel, des prières se heurtent aux nuages, mais les balles ne répondent pas. Elles se taisent, complices de l’ombre.
La nuit s’étire, interminable, et chaque étoile est une goutte de sang, chaque ombre une blessure béante, chaque souffle une plainte de douleur. Haïti, île de feu et de sang, tes veines ruissellent des cris étouffés, des espoirs jovennelés par des bottes sans âme, des vies fauchées par des balles traîtresses. Trois ans ont passé, et le temps semble jovennelé. Les blessures sont des gouffres béants, le sang ne cesse de crier vengeance, les balles murmurent des secrets de mort. Et dans ce chaos, une lueur vacille, un espoir ténu, fragile comme la vie, que les balles se transforment en fleurs, que le sang devienne fleuve de paix.
Port-au-Prince, ville de douleurs et de souvenirs, où les cicatrices des Têtes Kalés sont encore visibles dans chaque rue. Trois ans après, la tête de l’État a été kalé, dénudée de ses illusions. Les promesses sont tombées comme des cheveux sous une lame cruelle, laissant la ville exposée, vulnérable. Les citoyens pleurent encore, leurs cœurs alourdis par la peur et la tristesse. Chaque jour, ils cherchent à comprendre, à trouver une lueur d’espoir dans les ténèbres.
Ils se rappellent les moments où Jovenel, Nèg Bannan nan, a tenté de changer les choses, où il a parlé de justice et de progrès. « Suivez mon regard » disait-il, mais aujourd’hui, on suit les larmes. Le reste des ressources est pour le peuple « Ti rès la, se pou pèp » la clamait-il, mais il semble que même le reste soit parti avec lui. Haïti a été agritransformée, mais les fruits de cette transformation sont amers.
Un jour viendra où la terre d’Haïti ne sera plus un champ de bataille, où les balles seront des souvenirs, et le sang, une mémoire sacrée. Mais aujourd’hui, les cicatrices sont fraîches, le deuil est une plaie ouverte, les balles continuent de résonner, et le sang coule, rouge et vibrant. Trois ans après, nous nous souvenons des promesses brisées, des vies volées, des balles traîtresses, du sang versé.
Nous pleurons avec une douleur sans fin. Nous portons le deuil d’un homme, d’un rêve assassiné en pleine nuit. Chaque goutte de sang, chaque blessure, est un testament de notre résilience et de notre douleur. Jovenel, le nom qui résonne comme une plaie ouverte, un écho dans la mémoire collective.
Les blessures jovennelées,
les espoirs jovennelés,
et les promesses jovennelées
À Port-au-Prince, sous le spectre des Têtes Kalés, les souvenirs sont criblés de balles, les espoirs fauchés par des rafales, et la douleur est une ombre qui ne quitte jamais les rues. Haïti, île résiliente, cherche encore la lumière. Les citoyens lèvent les yeux vers un avenir incertain, espérant que les cicatrices se transforment en forces, que les blessures deviennent des leçons. Port-au-Prince, malgré la douleur, garde espoir, rêve de jours où la paix remplacera la violence, où le sang et les balles ne seront que des souvenirs lointains.
Thélyson Orélien
07-07-2024
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